lundi 19 juin 2017

Aquaviva tome 2 - Guillaume Trouillard - éditions de la Cerise - 2017



Aquaviva tome 2 - Guillaume Trouillard - éditions de la Cerise - 2017

Dans une ville ravagée, un homme déambule avec comme seul objectif celui de subsister. Une énième improvisation sur un thème classique qui parvient à nous éblouir par son innovation graphique constante. 


Réfugié au sommet d’un immense pylône électrique, un jeune homme blond, vêtu d’un simple maillot de bain sur lequel est inscrit « Aquaviva », tente d’échapper à ce qui s’apparente à une hyène à l’affut de la moindre nourriture à dévorer. Surplombant un monde détruit et entièrement composé de ruines et de fragments d’objets, il est le témoin d’une civilisation effondrée. Désireux de reprendre son exploration, il rencontrera au cours de son errance, outre les meutes d’animaux affamés, des hommes meurtris, d’autres formant des hordes qui succombent à une inquiétante sauvagerie. Seule parenthèse contemplative et amicale, le regard d’une femme permet d’imaginer encore un monde plus apaisé. Mais dans ces temps nouveaux où la survie est l’unique dessein, le danger n’est jamais loin et réserve constamment des confrontations inattendues. 

Le récit post-apocalyptique a offert à la bande dessinée des œuvres marquantes tels Simon du Fleuve, Jérémiah ou récemment le somptueux La Terre des fils de Gipi. Avec ce dernier, Aquaviva partage le goût pour un monde qui aurait non seulement été victime d’une destruction dont on ne connaît pas les tenants, mais qui en outre aurait perdu son ancien langage. Là où Gipi inventait une langue qui se serait appauvrie, Guillaume Trouillard lui substitue des sons illisibles, jusqu’à faire de son récit une aventure muette. Pourtant, les mots sont partout présents au sein des décors composés avec minutie par l’auteur. Chaque image est le fruit de l’agencement des matériaux les plus hétéroclites : photographies, lettrages, bandes de papiers, tâches, salissures… et le résultat est d’une confondante beauté. On connaissait la maestria graphique de l’auteur de Colibri ou de La saison des flèches mais ici, il se surpasse en nous offrant un rendu des plus inédits, frôlant constamment l’abstraction. La grande beauté du livre est que le récit n’en devient jamais désincarné mais tout au contraire semble se nourrir de ces éléments disparates. C'est par sa puissance visuelle, sa faculté à proposer de l’inédit que Guillaume Trouillard invente un monde, le rend tangible. Aquaviva est une expérience de lecture inespérée comme seul peuvent nous offrir les grands artistes. 

Aquaviva est diffusée exclusivement sur le site des Éditions de la Cerise. Le tirage est limité à 475 exemplaires numérotés et signés.
Chronique également disponible sur planetebd.com

Atelier Initiation au Fusain


L’image contient peut-être : une personne ou plusAtelier Initiation au Fusain

Le fusain souvent s'effrite quand on l'emploie. Il salit parfois autant la feuille que la main. Pourtant, il est un outil idéal pour apprendre à dessiner. Venez-vous essayer à son utilisation.

vendredi 9 juin 2017

Le coin de la BD "Musique"


"Le coin de la BD" "La musique dans la BD".
A l'occasion de la fête de la Musique, venez découvrir "La musique dans la BD" lors de la prochaine séance du Coin de la BD qui aura lieu le 20 juin à 17h30.

Le SingulierS Médiathèque, BOULEVARD JOSEPH ROSSELLI, Belleville (69)

mercredi 7 juin 2017

Mickaël ou le mythe de l’homme des bois, Fabien Grolleau, éditions Six Pieds sous Terre, 2017.


Mickaël ou le mythe de l’homme des bois, Fabien Grolleau, éditions Six Pieds sous Terre, 2017. 


Mickaël, garde forestier, voit sa vie s’écrouler lorsqu’il assiste -impuissant- à la mort d’un grand cerf dont il avait la charge. Démarre alors une errance au sein de la forêt Noire. Un voyage contemplatif empli de vivacité et d’émotion.

Mickaël, garde forestier œuvrant au sein de la forêt Noire, vit en parfaite harmonie avec la nature dans laquelle il a grandi. Sa présence est tolérée par les animaux, mais aussi par les braconniers repentis ou les bûcherons. Tout comme sa demeure « l’office de la Forêt Noire » imbriquée au sein des arbres, il ne semble faire qu’un avec un environnement qu’il s’efforce de protéger des agressions extérieures. Mais un matin, alors que Mickaël contemple cette nature dont il est garant, il assiste, impuissant, à la mise à mort du grand cerf par un braconnier en jogging. Saisi d’effroi face à la dépouille de cet ami agonisant qui lui affirme « Moi, je suis de la forêt », le garde-forestier démissionne et erre inlassablement. Non seulement il a échoué dans sa mission, mais il a compris que lui, ne serait jamais un élément de la forêt. « La forêt est la terre des bêtes sauvages. Nul homme n’y sera jamais le bienvenu. C’est comme ça, c’est la règle ancestrale de la forêt Noire ». Commence alors pour Mickaël un voyage introspectif et fantastique.

En 2016, Fabien Grolleau nous avait offert en tant que scénariste le somptueux Sur les ailes du monde, Audubon consacré à Jean-Jacques Audubon, naturaliste et peintre ayant sillonné les États-Unis au début du 19ème siècle. C’est ce même gout pour la nature, et sa sauvagerie, que l’on retrouve aujourd’hui dans Mickaël ou le mythe de l’homme des bois, projet sans doute le plus personnel de l’auteur et dont les prémisses étaient lisibles en ligne dès 2007. A la lecture du sous-titre de l’ouvrage, on pourrait imaginer être confronté à une thématique purement contemplative et naturaliste ou encore à une nouvelle ramification du livre Walden ou la vie dans les bois de Henry David Thoreau. Tout cela est vrai. Mais Fabien Grolleau réussit à s’émanciper de ses modèles en privilégiant dans son récit la fantaisie. On sera surpris à chaque instant d’y découvrir une nature qui parle, se réunit, disserte, une nature où les bûcherons ressemblent à s’y méprendre aux Pieds Nickelés, une nature qui évoque parfois l’expressionnisme des scènes nocturnes de La nuit du chasseur, plus que la retranscription contemplative d’un récit de voyage. Le trait de Fabien Grolleau s’apparente à une écriture faite de liberté et de vivacité. Quant aux lavis utilisés pour la mise en couleur, ils permettent d’évoquer des zones enfouies sans jamais les préciser. Au final, le plaisir de lecture est immense tant pour les yeux que par l’ingéniosité de l’écriture.
Chronique également disponible sur planetebd.com