samedi 17 septembre 2016

Quelques questions à Max de Radiguès à propos de Weegee, serial photographer Max de Radiguès / Wauter Mannaert – éditions Sarbacane – 2016).


Quelques questions à Max de Radiguès à propos de Weegee, serial photographer Max de Radiguès / Wauter Mannaert – éditions Sarbacane – 2016).

Weegee, serial photographer met en scène une partie de la vie de Weegee (1899-1968), photographe connu pour ses vues des nuits de New York. Une partie de son œuvre présente des faits divers sordides avec une certaine complaisance. On pense souvent à la vue de ses clichés aux grands romans et films noirs.

La biographie en bande dessinée est un genre en vogue et ne conduit pas toujours aux albums les plus passionnants. Cependant, les récentes réussites du Glen Gould de Sandrine Revel ou le
Sur les ailes du mondes consacré à Audubon de Grolleau / Royer nous ont convaincu que dans ce torrent de publications biographiques réside d'authentiques lieux de rencontres entre auteurs. Wegee Serial photographer est de ceux là. Sans doute parce qu'il ne se sent pas obligé ne nous fournir une chronologie exhaustive de la vie du photographe. Mais aussi parce qu'il a comme parti pris de faire de la frénésie de la ville son héroïne. Bien sûr il y a de l'ambiguïté dans l'ambition de Weegee, dans sa volonté de mettre en scène les événements les plus effroyables afin d'obtenir le cliché le plus esthétique et vendeur. Au cours d'une page, une réplique de l'intéressé " C'est les gens de mon quartier qui s'entretuent... Il faut bien que quelqu'un en ait quelque chose à foutre" laisse imaginer une intention plus noble et viscérale. Entre insatisfaction chronique, goût pour le sordide, et malgré tout fulgurances poignantes, le portrait dressé par le scénariste Max de Radiguès se révèle une réussite. Quant à la mise en images offerte par Wauter Mannaert, elle parvient à la fois à rendre hommage au photographe tout en dressant une virée sensible dans ce New York désormais mythique.

C'est avec une grande générosité, et gentillesse, que Max de Radiguès, dont nous apprécions particulièrement les livres, a accepté de répondre à nos questions.


1° Comment s'est faite la rencontre avec l’œuvre et la vie de Weegee?

En 2009, j’ai fait un 24h de la bande dessinée à quatre mains avec mon ami Alec Longstreth. On s’était donné comme contrainte de faire un récit qui se passait dans le New York des années 40. On a pris pleins de livres de photos à la bibliothèque dont un de Weegee. Son travail m’a tout de suite surpris par sa violence mais aussi par son humour. J’ai reçu un an plus tard son autobiographie et j’ai tout de su que je voulais essayer d’en faire quelque chose.

2° Il existe actuellement une "mode" de la biographie en bandes dessinées. La vôtre s'en distingue, notamment en évitant la représentation exhaustive du personnage. L'autobiographie de Weegee (éditions Table ronde - 2009) offrait un matériel suffisant pour parler de son enfance, de ses différents métiers... pourquoi ce parti pris de nous conter seulement un "épisode" de la vie du photographe?

J’ai fait énormément de versions du scénario. Dans certaines, je parlais de toute sa vie en ordre chronologique, dans d’autres, j’avais intégré des flashbacks. Mais au final, j’ai décidé de prendre de la distance par rapport à tout ce que j’avais lu et d’essayer d’écrire un récit et non une biographie. Je ne suis d’ailleurs pas trop attiré par les biopics en BD, ce qui m’intéresse c’est de raconter des histoires. Je me suis donc concentré sur la partie de sa vie qui me semblait la plus riche et j’ai écrit un scénario d’après ce que j’avais lu mais sans retourner vérifier mes dires. Je voulais me réapproprier le personnage. Je précise au début du livre que c’est une fiction inspirée par la vie du photographe.

3° Weegee semble partagé entre un "amour" pour sa ville et une volonté démesurée de notoriété. De même, votre livre est à la fois un portrait de cet homme ambigu mais aussi une déambulation majestueuse -et nocturne- dans la ville. Était-ce contenu dès votre scénario initial ou la rencontre avec le graphisme de Wauter Mannaert a transformé votre projet ?



Dés le début, la ville de New York, particulièrement la nuit, était un personnage du livre. Et Wauter s’est emparé de l’ambiance du Lower East Side et de ses habitants avec brio.

4° Pouvez-vous nous expliquer comment se déroule votre travail de scénariste? Avez-vous écrit préalablement un texte très complet à destination de Wauter Mannaert ? Le récit s'est-il modifié progressivement ? Avez-vous participé à l'élaboration du découpage ?...


Comme je le disais précédemment, j’ai fait de multiples versions du scénario (16 versions ?). Au début, je faisais un découpage dessiné que je ne montrais pas à Wauter, je retapais tout à l’ordinateur pour qu’il puisse s’approprier le rythme du récit. Après quelques versions du scénarios, je ne devais plus passer par l’étape dessinée et tapais le tout directement à l’ordinateur.


Depuis une dizaine d'années vous publiez des bandes dessinées pour lesquelles vous êtes à la fois dessinateur et scénariste. A ma connaissance, Weegee est le premier livre où vous endossez uniquement le rôle de scénariste. Ce choix de ne pas réaliser la partie graphique est-il venu de votre propre intention ?

Au tout début, j’ai fait des essais de dessins pour le récit et je me suis vite rendu compte que je perdais beaucoup de la richesse de l’ambiance avec mon dessin qui est très épuré. Il s’est vite imposé à moi-même que si je voulais raconter cette histoire, je devais avoir un dessinateur qui pouvais faire justice au scénario. Wauter est en atelier avec moi et ça s’est fait très naturellement.


6° Vos ouvrages précédents apparaissent pour moi comme des sortes de cousins à ceux de Michel Rabagliati, Pascal Girard... Pouvez-vous nous parler des bandes dessinées qui ont fait que vous avez eu vous-même envie de devenir un auteur ? La bande dessinée d'Amérique du Nord a-t-elle fait partie de votre parcours ?


Une des bandes dessinées qui a été importante pour moi est Shenzen de Guy Delisle. C’est le premier livre de l’Association que j’ai lu et il m’a ouvert la porte vers la bande dessinée indépendante. Et puis, il y a eu la découverte d’auteurs bruxellois du milieu du fanzine comme David Libens. Et enfin, par son intermédiaire, la découverte de la bande dessinée indépendante américaine avec en tête de fil John Porcellino. J’ai aussi vécu 1 an dans le Vermont dans un petit village où se trouve le Center for Cartoon Studies. J’y ai fait plein de rencontres et de découvertes. J’ai d’ailleurs traduit certaines de ces découvertes à l’employé du Moi comme Alec Longstreth, Ken Dahl, Charles Forsman et Joseph Lambert.

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