mercredi 29 avril 2015

Mana Neyestani le 23 Mai 2015 à 15 h à la librairie Cadran Lunaire (Mâcon).


   Mana Neyestani le 23 Mai 2015 à 15 h à la librairie Cadran Lunaire (Mâcon).


Né à Téhéran en 1973, Mana Neyestani a une formation d’architecte, mais il a commencé sa carrière en 1990 en tant que dessinateur et illustrateur pour de nombreux magazines culturels, littéraires, économiques et politiques. Il devient illustrateur de presse à la faveur de la montée en puissance des journaux réformateurs iraniens en 1999.
 En 2000, il publie son premier livre d’illustrations, Kaaboos (Cauchemar). Le héros, M. Ka, est aussi le personnage principal de Ghost House (2001) et M. Ka’s Love Puzzle (2004). Catalogué comme dessinateur politique, Neyestani est ensuite contraint de faire des illustrations pour enfants. Celle qu’il a faite en 2006 a conduit à son emprisonnement et à sa fuite du pays. Entre 2007 et 2010, il vit en exil en Malaisie, en faisant des illustrations pour des sites dissidents iraniens dans le monde entier. Dans la foulée de l’élection frauduleuse de 2009, son travail est devenu une icône de la défiance du peuple iranien.
Mana Neyestani a remporté de nombreux prix iraniens et internationaux, plus récemment, le Prix du Courage 2010 du CRNI (Cartoonists Rights Network International). Membre de l’association Cartooning for Peace, il a reçu le Prix international du dessin de presse, le 3 mai 2012, des mains de Kofi Annan. Mana Neyestani est réfugié politique en France depuis 2011 et vit à Paris avec sa femme.
(source: éditions çà et là).

mercredi 22 avril 2015

Petit manuel du parfait réfugié politique – Mana Neyestani – éditions Çà et Là / Arte éditions – 2015.


Petit manuel du parfait réfugié politique – Mana Neyestani – éditions Çà et Là / Arte éditions – 2015.
Trois ans après le désormais classique Une métamorphose iranienne, Mana Neyestani nous revient avec une nouvelle bande dessinée à l'apparence volontairement plus humoristique, au graphisme plus arrondi, moins inquiétant. Pourtant, sous cette joyeuse apparence se cache un récit empli de douleur et d'incompréhension. Ce que l'auteur nous y raconte, c'est son arrivée à Paris en 2011, après avoir fui le régime iranien, et son difficile chemin pour obtenir enfin le statut de réfugié politique tant espéré. Comme il le précise lui même dans l'avant propos : «(…) mon expérience de la procédure de demande d'asile fut plus simple que dans la plupart des cas. Mon dossier était documenté et connu. J'étais entré en France à l'invitation de la ville de Paris, qui m'a pris en charge; je n'ai donc pas eu à me soucier de trouver un hébergement. Je travaillais régulièrement en tant que dessinateur de presse pour de nombreux médias iraniens sur internet, ce qui me permettait d'être indépendant et je n'ai donc pas sollicité l'aide financière publique. De ce fait, j'ai eu beaucoup moins de paperasseries à remplir que la plupart des réfugiés. Mais j'ai vécu certaines choses, comme tout demandeur d'asile (…) ce livre est essentiellement inspiré de mon histoire, ainsi que des personnes de mon entourage que j'ai interviewées pour mon Petit Manuel». L'auteur s'éloigne alors de l'autobiographie stricto sensu afin de nous conter, sans se départir de son humour, les étapes que ces hommes et femmes qui ont quitté leur pays pour «fuir des problèmes comme la guerre ou les régimes totalitaires» doivent franchir auprès de l'administration française. Les cartouches de textes emploient la deuxième personne du pluriel afin de nous indiquer chacune des démarches à suivre (par exemple: «En attendant votre entretien à l'OFPRA, vous allez devoir renouveler votre «récépissé» tous les trois mois à la préfecture»), afin d'être au plus près du Petit manuel annoncé. Tout ceci est accompagné et contrebalancé par les dessins de Mana Neyestani dans lesquels il se met en scène dans un style souvent drôle et décalé. Cependant, il n'est pas rare que pointe l'émotion mais aussi la lassitude face à cette douloureuse situation d'exilé, avec cette bouleversante question qui semble nourrir le récit : «Où suis-je à ma place?».


mardi 21 avril 2015

Tout va bien ! - Mana Neyestani - éditions Çà et Là / Arte éditions- 2013.


  Tout va bien ! - Mana Neyestani - éditions Çà et Là / Arte éditions- 2013.

Il est peu de dire que la lecture de cet ouvrage est un choc. Non seulement les dessins de l'auteur ont une beauté formelle incontestable, mais il nous rappelle ce que peut être un dessin de presse. Les thèmes sont dérangeants, la violence sourde. Le sujet ne suffit jamais à faire l'illustration. Il est relayé par la puissance imaginative de l'auteur qui en fait une proposition qui ne pourrait exister sous une autre forme. L’œuvre de Mana Neyestani est unique et nécessaire et semble nous rappeler que "oui" un dessin, s'il ne peut changer le monde, peut le bouleverser, le mettre à jour.


lundi 20 avril 2015

Une métamorphose iranienne – Mana Neyestani – éditions Çà et Là / Arte éditions - 2012.


Une métamorphose iranienne – Mana Neyestani – éditions Çà et Là / Arte éditions - 2012.


En 2006, Mana Neyestani publie au sein d'un hebdomadaire iranien un dessin humoristique destiné à un public enfantin. Il y représente un enfant discutant avec un cafard. Ce dernier emploie l'expression «Namana», qui, selon l'auteur, est une formule du langage courant : «On dit ça tout le temps quand on ne trouve pas les mots.» Sauf que ce terme est d'origine azéri, peuple d'origine turque vivant en Iran. Certains azéris, déjà victimes de nombreuses mises à l'écart de la part du régime, se sentent offensés une fois de trop et décident de se révolter. Mana Neyestani est alors désigné comme l'unique coupable de cette atteinte à l'ordre public malgré qu'il n'ait «transgressé aucune loi dans cette affaire». Il est alors mené à la prison d'Evin, au Nord de Téhéran, dans le bâtiment 209, centre de détention du Ministère de l'Intérieur. Démarre alors une longue suite d'interrogatoires psychologiquement éprouvants et de détention arbitraire.
C'est avec Une métamorphose iranienne que nous avons découvert Mana Neyestani en France. Ouvrage bien évidemment indispensable par sa description saisissante d'une sinistre réalité, par sa valeur de reportage, mais qui a l'intelligence de s'écarter de cette simple narration des faits pour accéder à une dimension plus universelle. La référence à Kafka contenue dans le titre mais également dans la figure du cafard infuse l'ensemble de l'ouvrage. Au-delà de ses vertus autobiographique et informative, c'est un immense livre sur l'absurdité, l'angoisse et le manque. Dans L'homme de Kiev, roman publié en 1966, Bernard Malamud mettait ces mots dans la bouche de son personnage principal Yakov Bok: «Une chose que j'aurai apprise, songea-t-il, c'est que personne ne peut se permettre d'être apolitique (…). Puis il pensa: là où l'on ne se bat pas pour la liberté, elle n'existe pas.». On sort d' Une métamorphose iranienne abasourdi et bouleversé.

dimanche 19 avril 2015

Billie Holiday – Munoz et Sampayo – éditions Casterman – 1991 (2015).


Billie Holiday – Munoz et Sampayo – éditions Casterman – 1991 (2015).

Edité une première fois en 1991, après avoir été pré-publié dans le mensuel (A suivre) l'année précédente, le tandem Munoz et Sampayo nous y offrait un subtil portrait de la chanteuse Billie Holiday. Mêlant avec limpidité leurs thématiques habituelles à une biographie détaillée, les auteurs parvenaient à proposer une œuvre faite d'authenticité et d'émotion. Les éditions Casterman réédite de la plus belle manière cette œuvre centrale du duo argentin. Le temps de se replonger avec délectation dans des pages indispensables pour quiconque se passionne pour la bande dessinée.

Les noms de Muñoz et Sampayo sont irrémédiablement liés. Chacun d'eux a réalisé quelques albums avec d'autres complices, comme Fats Waller de Igort et Sampayo ou Pana Maria de Charyn et Muñoz. Bien que ces albums soient, eux aussi, en tout point remarquables, ce que ces deux auteurs ont réalisé ensemble reste sans équivalent dans l'histoire de la bande dessinée. Le seul fait d'évoquer la juxtaposition de leurs deux noms suffit à créer une émotion chez le lecteur fidèle. Ce n'est pas un nouvel album, ce sont des retrouvailles. En cela, le grand prix d'Angoulême remis à José Muñoz en 2007, même s'il était amplement mérité, avait un petit goût d'inachevé.

Les deux auteurs parviennent à proposer une œuvre qui se construit comme un palimpseste, dans laquelle chaque nouvelle parution vient enrichir les précédentes. La série emblématique à ce titre est Alack Sinner : elle naît en 1975, se prolonge jusqu'en 2006, et on espère bien évidemment une suite pour prendre des nouvelles d'Alack et de son entourage. Si les premières histoires nous plongeaient dans le quotidien d'un détective privé, ex-flic de New-York, dans une ambiance que l'on pourrait rapprocher des grands polars cinématographiques de cette même décennie comme ceux de Sidney Lumet, très vite la série va révéler toute sa singularité. Car album après album, Alack vieillit, se transforme physiquement et psychologiquement. Ce n'est pas un vieillissement feint, mais réel, et le temps semble être le même pour les personnages et pour nous. Par exemple, alors que dans Rencontres (1984), Alack découvre qu'il est le père d'une fille prénommée Cherryl, 22 ans après, dans L'Affaire USA (2006), il s'apprête à devenir grand-père.

Cet enrichissement n'est bien évidemment pas lié qu'au héros principal. Muñoz et Sampayo parviennent à inventer une géographie intime à la série. Nous croisons puis perdons de vue certains personnages. Nous nous y attachons (on peut citer Enfer ou Sophie parmi les plus beaux personnages féminins de la bande dessinée...), et sommes soulagés d'avoir de leurs nouvelles de temps en temps, d'apercevoir un des dits personnages au fond d'une case, attablé à un bar. Comme si les personnages avaient leur propre vie, leur propre existence. Les albums de la série Le Bar à Joe sont représentatifs de cette idée: les personnages s'y croisent, sont parfois principaux, parfois secondaires... Alack deviendra ainsi en 1991 une sorte de fil conducteur au récit de Billie Holiday, l'ancrant avec toujours plus de subtilité dans le réel.

En 2002, dans Dans les Bars, on assiste à un des moments les plus forts de l’œuvre des deux auteurs: à proximité du bar à Joe, les deux tours du World Trade Center sont les victimes des actes terroristes. Une case suffit à vous bouleverser. On y devine, parce qu'on les connaît après tant d'années, les visages prostrés de Joe (le tenant du bar) et d'Alack, avec un simple texte "Deux vieux amis consternés ." A ce moment-là, la bande dessinée provoque une émotion comme rarement ressentie. En une case, les auteurs mêlent l'actualité brûlante avec le bouleversement que celle-ci provoque en nous et dans la vie de ces personnages de papier. L'émotion est d'autant plus forte que ces «deux vieux amis consternés» sont sans doute aussi Muñoz et Sampayo eux-mêmes.



vendredi 17 avril 2015

Les rêveurs lunaires – Quatre génies qui ont changé l'histoire – Cédric Villani / Edmond Baudoin – éditions Gallimard/Grasset-2015.


Les rêveurs lunaires – Quatre génies qui ont changé l'histoire – Cédric Villani / Edmond Baudoin – éditions Gallimard/Grasset-2015.


Cédric Villani et Edmond Baudoin nous offrent avec Les rêveurs lunaires un voyage à travers les existences de quatre personnalités : Werner Heisenberg, Alan Turing, Leo Szilard et Hugh Dowling, chacun scientifique ou militaire ayant joué un rôle fondamental durant la Seconde Guerre Mondiale.
Si l'ouvrage démarre par la mise en scène d'une discussion entre Cédric Villani et Edmond Baudoin dans lequel le mathématicien lui fait part de son désir de raconter l'histoire de Turing, très vite on comprend que ce livre ne se complaira pas dans la seule narration biographique. Ce que tous deux visent, ils nous l'exposent : «-Pour toi, commencer un livre, c'est comme une aventure. -Comme un voyage.», et c'est véritablement ces aventures scientifiques mais immensément humaines qu'ils vont partager avec le lecteur.
«Dans ce récit, nous allons rencontrer quelques-uns de ces héros dont l'histoire parle si peu. Leur pouvoir individuel, démultiplié par l'action collective, a fait basculer ou aurait pu faire basculer le destin de la guerre. Pourtant, leur rôle n'est pas dit dans les cours d'histoire, leur action est connue seulement des initiés. Le monde peut tourner sans eux. Mais ils ont encore un dernier combat à mener. Le dernier combat d'après la guerre, le Ragnarök des dieux nordiques. Celui de leur conscience.»
Le livre est divisé en quatre parties. Chacune est consacrée à l'une des personnalités, souvent narrée par l'intéressé lui-même, le tout entrecoupé par des échanges entre les deux auteurs, sorte de souffle au milieu d'un contenu fascinant et dense.
Cédric Villani parvient avec passion et pédagogie à nous exposer les théories et les possibilités scientifiques portées par chacun de ces hommes. Si le propos peut parfois pour le non-initié frôler l'abstraction -à ce titre Baudoin l'interpelle avec humour «Oui, c'est quoi l'Enigma? C'est de la poésie que tu me fais écrire dans les bulles… une belle poésie, mais dans une langue inconnue.» - il nous permet sans cesse de mieux appréhender l'importance des enjeux mis en cause. Ce désir de découverte, de progrès, partagé par les quatre protagonistes est sans cesse traversé par la difficile notion de responsabilité. «Le progrès est toujours ambivalent. Même la réaction en chaîne servira peut-être, un jour, à résoudre les problèmes énergétiques du monde» font-ils dire à Leo Szilard.
Plus qu'un exposé brillant nous permettant de «mieux comprendre» l'importance de ces quatre chercheurs, Les rêveurs lunaires fascine dans sa propension à ne jamais se dispenser de l'humanité inhérente à chacune de ces personnalités. On est régulièrement ému, voire bouleversé, par l'exposition de ces vies et par les interrogations profondes qu'elles suscitent en nous. En cela, le livre s'inscrit avec force dans l’œuvre réflexive et mouvante d'Edmond Baudoin. Chaque planche est magnifiée par un désir constant de nous offrir un contrepoids à la densité du propos. Edmond Baudoin s'y révèle d'une liberté narrative confondante et nous offre un livre d'une élégance rare. 

 

Edward Said, conversations avec Tariq Ali – Galaade éditions – 2014.


Edward Said, conversations avec Tariq Ali – Galaade éditions – 2014.


«-Pourquoi vivez-vous à New York, Edward?
- Je ne pourrais pas vivre ailleurs en Amérique. New York est une ville d'exilés. Elle est sans pitié. Je ne suis pas propriétaire de mon appartement, j'habite un immeuble de location. J'ai le sentiment d'être en transit. D'une certaine manière New York me garantit cela: on ne peut pas vraiment s'y sentir chez soi. Et j'aime ça.»


jeudi 16 avril 2015

Journal, 1966/1974 – Jean-Patrick Manchette – éditions Gallimard/ Folio – 2008 (2015).


Journal, 1966/1974 – Jean-Patrick Manchette – éditions Gallimard/ Folio – 2008 (2015).



«A l'évidence, le choix professionnel que j'ai fait s'est toujours accompagné de l'espérance qu'un jour viendrait assez vite où il me suffirait d'écrire cinq cents pages par an pour vivre dans le luxe. Ce n'est pas encore le cas, et même les succès partiels rendent plus amère l'insuffisance générale.»


mercredi 15 avril 2015

Le grand méchant renard – Benjamin Renner – éditions Delcourt (Shampoing) – 2015.


Le grand méchant renard – Benjamin Renner – éditions Delcourt (Shampoing) – 2015.



Un renard est la risée de tout le poulailler voisin tant il ne parvient pas à effrayer ceux qu'il voudrait pour proies. Un jour, en plein doute quant à sa capacité à faire peur, il croise le menaçant loup. Tous deux vont échafauder un plan pour bientôt effectuer un somptueux repas.
Sur ce point de départ extrêmement simple, Benjamin Renner parvient à mêler avec virtuosité dialogues savoureux et dessins vifs mais d'une grande précision quant à la description des attitudes et expressions de ses personnages. Le tout nous offre un ouvrage hilarant qui, s'il apparaît avant lecture comme enfantin, se plaît à inventer les situations les plus absurdes et les retournements de genre les plus savoureux. Maîtrisé de la première à la dernière page, Le grand méchant renard possède de surcroît la qualité immense de rendre l'ensemble de ses personnages attachants. Il sera difficile en cette année 2015 de découvrir une bande dessinée plus divertissante que celle-ci.


mardi 14 avril 2015

Dédicace de Matthias Lehmann sur Les larmes d'Ezéchiel (Actes Sud BD, 2009), en attendant la parution de La Favorite en Avril 2015.

Dédicace de Matthias Lehmann sur Les larmes d'Ezéchiel (Actes Sud BD, 2009), en attendant la parution de La Favorite en Avril 2015.


Le rare Matthias Lehmann est un auteur majeur dont chaque parution est un véritable choc visuel et narratif. Son nouvel album intitulé La Favorite est annoncé en avril chez Actes Sud BD.




mercredi 1 avril 2015

En introduction aux Rêveurs lunaires d'Edmond Baudoin et Cédric Villani - éditions Gallimard/Grasset-2015.

Les Rêveurs lunaires, la nouvelle proposition d'Edmond Baudoin, réalisée avec Cédric Villani, est un nouveau sommet dans la carrière déjà riche de l'auteur. Il s'y présente sous un jour inédit, où chacune de ses réflexions graphiques semble habitée par un désir, une tension. Avant de revenir plus tard sur ce livre déjà important, il nous tenait à cœur de republier un article de 2012 dans lequel nous racontions notre passion pour son travail.



Je suis né à Nice. En 1986, mon père m'offre une bande dessinée pour mes 10 ans. L'album se nomme Un rubis sur les lèvres aux éditions Futuropolis. Malgré mon jeune âge,l'album me fascine... non par son histoire, mais par son graphisme. J'y découvre qu'un auteur a la possibilité d'utiliser tous les moyens dont il dispose pour raconter une histoire : écritures comme des notes, journaux, espaces blancs plus importants que les traits qui s'y dessinent, taches qui deviennent oiseaux... Tout cela me paraît d'une liberté incroyable.
En 1991, avec Couma aco toujours chez Futuropolis, je me prends de plein fouet l'histoire. Je découvre que l'autobiographie peut être un sujet immense pour une bande dessinée. En 1992, Edmond Baudoin obtient le prix du meilleur album pour ce même ouvrage.
Depuis, j'ai découvert les anciennes parutions de cet auteur, ainsi que celles qui ont suivi. Régulièrement, un nouvel album de Baudoin produit en moi un nouveau choc, une nouvelle excitation. Je me souviens ainsi de la lecture de Piero, Terrains Vagues, Travesti ou l'Arleri.
Raconter un album de Baudoin, c'est avant tout raconter la relation que vous entretenez avec celui-ci. Dans ses livres, tout est abordé : le goût du dessin, des relations humaines, la paternité, l'amitié, l'amour, le temps... Parler d'un album de Baudoin, c'est parler de la vie.
Lorsqu'il adapte Travesti de Mircea Caratarescu (l'Association, 2007) dans un de ses albums les plus inventifs formellement, il se met lui-même en scène en train d'adapter l'ouvrage... Tous les personnages qui traversent l’oeuvre de l'auteur, que ce soient Victor, Paul ou le vieux peintre, semblent n'être qu'un : Edmond Baudoin. Si ce dernier nous raconte des épisodes de son parcours (son enfance à Villars-sur-Var, son grand-père, ses relations de dessin avec son frère, sa mère...), c'est toute son œuvre qui transpire son être et sa vie. Comme l'écrit Edmond Baudoin dans Eloge de la poussière (l'Association, 1995) : "J'ai toujours l'impression de faire le brouillon d'une œuvre à venir".
La marginalité de Baudoin dans le monde de la bande dessinée vient de cette particularité. Ses textes, tout comme son dessin, épousent la vie en en rendant sa flamboyance et sa mouvance . Son style évolue sans cesse : comparez Un rubis sur les lèvres(1986) avec l'Arléri (2008) pour vous en faire une idée. Dans ce dernier album, il nous parle du rapport du peintre avec son modèle, mais aussi de désir, de sentiment amoureux... Son travail graphique y est exaltant et semble gorgé de cette passion et de cette vie qu'il insuffle dans son texte.
Un des moments forts de l’œuvre de Baudoin se trouve dans Terrains Vagues (l'Association, 1996). Dans une case ouverte d'une simplicité confondante, Baudoin dessine deux traits parallèles : un au pinceau, plein d'aspérités, de pertes, d'irrégularités ; l'autre, droit, régulier, constant. Un texte accompagne ces deux traits. Le premier est : « POURQUOI CE TRAIT EST PLUS BEAU. » Le second est : « QUE CELUI CI. »  Une partie de la clé de l’œuvre de Baudoin est inscrite dans cet exercice métaphorique.

Bruno