lundi 25 novembre 2013

Yeruldelgger – Ian Manook – éditions Albin Michel- 2013.


Yeruldelgger – Ian Manook – éditions Albin Michel- 2013.


C'est avec grand intérêt que l'on découvre à travers ce roman la Mongolie, et sa capitale Oulan-Bator, pays gangrené par une occidentalisation «sauvage» de sa culture et dont la forte implantation chinoise attise les velléités nationalistes. Dès les premières pages, le ton est donné et oscille entre l'horreur des crimes commis, la description minutieuse des lieux -des plaines quasi-désertiques aux égouts comme lieu d'effroi- et un humour malgré tout présent. Avec Yeruldelgger, Ian Manook nous offre une vraie promesse de belle série policière.

mercredi 6 novembre 2013

Les enfants de Sitting Bull – Edmond Baudoin – éditions Gallimard / Bayou – 2013.


Les enfants de Sitting Bull – Edmond Baudoin – éditions Gallimard / Bayou – 2013.

Made in U.S. 2


Couma aco, Alph'art du meilleur album à Angoulême en 1992, avait été l'occasion pour Edmond Baudoin d'évoquer son grand-père du côté maternel, John Carney, personnage solitaire, charismatique et attaché à son arrière-pays niçois. L'auteur nous revient avec un ouvrage nous contant la vie de Félix Louis Baudoin, l'autre grand-père, du côté paternel, né en 1863 et parti à 12 ans vivre une vie d'aventure.

Cette histoire, les lecteurs de Baudoin la connaissent déjà en partie par le mini-album Made in U.S. publié en 1995, dans lequel le grand-père était étonnement nommé Joseph. Nombre d'éléments de cette vie trépidante étaient déjà là: le jeune homme attaché à un mât pour cause de variole, sa participation dans le creusement du canal de Panama, la construction du chemin de fer à travers l'Ouest, sa rencontre avec Buffalo Bill, sa présence à ses côtés lors de la reddition de Sitting Bull... Dans Les enfants de Sitting Bull, foule d'épisodes sont précisés: son poste de vigie à bord d'un baleinier, son travail en compagnie d'indiens Mohawks dans l'édification du pont de Brooklyn, son engagement dans la marine des États-Unis... Ses exploits, dignes des plus grands romans d'aventures, racontés par le père de Baudoin à ses deux fils, faisaient bien évidemment rêver le jeune Edmond et son frère Piero.

Dans les indispensables Entretiens avec Edmond Baudoin, publiés en 2001 aux éditions Mosquito, l'auteur avouait: «Je ne sais pas trop comment m'y prendre avec l'histoire de ce grand-père paternel qui est la plus dingue qui soit. Elle tient du gag. On croirait de l'affabulation». Si cette histoire fascine depuis longtemps Edmond Baudoin, elle l'interroge non seulement sur la véracité des faits, mais surtout sur l'écart possible entre cette mythologie et la réalité. C'est en faisant de ces questionnements son sujet que Les enfants de Sitting Bull se distingue et transcende son aîné Made in U.S.. Si des documents reproduits dans l'album corroborent les péripéties attribuées au grand-père, Edmond Baudoin, malgré son admiration, triture ces histoires, les interroge, en accepte la beauté tout en se refusant à occulter les «jours de rien», qui sans doute étaient loin de l'héroïsme affiché. Avec une terrible question en suspend: «pourquoi ces hommes, dans les semaines vides, auraient-ils été plus beaux que d'autres colonisateurs du monde?» (p63).

Entre ces deux albums, l'auteur a passé trois ans en Amérique, «dans le pays des Mowhaks», découvrant tous ces paysages avec un émerveillement d'enfant, mais également le choc de l'art inuit, et la rencontre avec l'histoire de la population amérindienne que l'on pousse à s'adapter ou à disparaître.

L'homme qui tua Liberty Valence se termine par cette célèbre phrase «Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende». Edmond Baudoin, en questionnant sa mythologie familiale, nous offre à la fois un album pétri d'enfance et d'aventure mais qui se refuse à occulter les à-côtés de cette légende et à en nier les implications contemporaines. Les enfants de Sitting Bull est un des sommets de l’œuvre d'un auteur dont la cohérence ne peut que forcer l'admiration. 

(Article à retrouver dans le prochain numéro de Page ...merci à eux.)

mardi 5 novembre 2013

Les visages de Victoria Bergman tome 1 -Persona - Erik Axl Sund - actes noirs - Actes Sud


Les visages de Victoria Bergman tome 1 -Persona - Erik Axl Sund - actes noirs - Actes Sud.

  
 Encore un écrivain suédois qui nous propose une trilogie qui a connu dans son pays un immense succès. Il ne s'agit pas simplement d'un nouveau policier suédois , mais bien d'une nouvelle orientation.
Une histoire impossible à raconter, car chaque élément doit être découvert à la lecture pour ne pas perdre l'effet de surprise. Disons que le symbole de cette histoire devrait être « le masque », tout le monde joue un autre jeu, et cache quelque chose, ; finalement, méfiez vous de tous les personnages, car que cachent-ils ? Nous pouvons simplement dire qu'il s'agit d'une psychothérapeute qui suit deux cas difficiles de personnalités multiples : un enfant soldat venu du Sierra Leone et Victoria Bergman, qui a subi les pires violences durant son enfance. En arrière-plan, le trafic d'enfants que l'on introduit clandestinement en Suède, de ce fait on retrouve des corps qui n'appartiennent à personne.
Qui est qui et qui devient qui ?

dimanche 3 novembre 2013

Goscinny et moi – José-Louis Bocquet- éditions Flammarion – 2007.


Goscinny et moi – José-Louis Bocquet- éditions Flammarion – 2007.



Goscinny et moi est un ouvrage regroupant de nombreux entretiens avec (principalement) des auteurs relatant leur relation avec René Goscinny. Pour n'en citer que quelques uns: Uderzo, Franquin, Morris, Fred, Jean Giraud, Cabu, Bretécher, Forest, Druillet... mais également pour les non-auteurs Anne Goscinny ou Pierre Tchernia.
Les entretiens réalisés par José-Louis Bocquet -déjà responsable avec Marie-Ange Guillaume d'une passionnante biographie consacrée à René Goscinny- font preuve d'une grande connaissance du travail de l'auteur. On y découvre un Goscinny auteur, mais aussi homme de «pouvoir» au sein du journal Pilote. Le portrait est complet et ne tourne jamais à la célébration. Les contentieux y sont parfois présents, notamment par l'évocation omniprésente de la célèbre «réunion» de certains auteurs du journal Pilote en 1968, parfois avec des griefs sans doute justifiés (Jean-Claude Forest), mais chacun semble vouer un grand respect vis-à-vis de l'homme et de son œuvre. Le livre est remarquable par cette évocation de toute une époque de la bande dessinée et de l'un de ses acteurs clé : René Goscinny.
Au-delà de ce travail «historique», le livre se révèle au fur et à mesure de sa lecture véritablement bouleversant. L'entretien avec Philippe Druillet est à ce titre remarquable.

vendredi 1 novembre 2013

The Main – Trevanian – éditions Gallmeister – 2013 (1976).


The Main – Trevanian – éditions Gallmeister – 2013 (1976).



Dans The Main, on découvre le personnage du Lieutenant Claude Lapointe, enquêtant sur ce qu'il considère comme son territoire: le boulevard Saint-Laurent. Tous les ingrédients «classiques» du polar sont là: un personnage charismatique mais vieillissant, la découverte des drames qui ont ponctuées son existence, sa réticence face à toute hiérarchie, son accompagnement par un jeune flic fraîchement sorti des écoles... Le second personnage de ce roman, c'est la vie grouillante du Main (autre nom donné au boulevard Saint-Laurent) composée de marginaux, de laissés-pour-compte et d'êtres luttant pour survivre.
L'écriture de Trevanian s'y révèle à son meilleur. Non seulement il parvient à rendre tangible le monde qu'il décrit, mais il le transcende et le charge d'une force émotionnelle et poétique peu vue dans le roman noir.

«La neige s'écrase contre la vitrine sombre d'une poissonnerie dans laquelle on aperçoit un aquarium aux parois verdies par les algues. Une carpe solitaire glisse de long en large dans un désespoir halluciné.»