mardi 30 avril 2013

Les voleurs de Carthage – tome 1 : Le serment du Tophet- Appollo / Tanquerelle – éditions Dargaud 2013.


Les voleurs de Carthage – tome 1 : Le serment du Tophet- Appollo / Tanquerelle – éditions Dargaud 2013.




Carthage va tomber sous les assauts des romains. Au sein de la cité se trouve le temple de Tanit empli d'un immense trésor. Sous l'impulsion de Tara, Horodamus – un Gaulois- et Berkan – un Numide- vont tenter de s'emparer de ce butin.
Appolo est le scénariste brillant d'albums tels que La grippe coloniale, Ile Bourbon 1730 ou Biotope. Tanquerelle est le dessinateur des indispensables: La communauté, Les Faux Visages, La vierge froide et autres racontars... Tous deux s'unissent aujourd'hui pour nous conter ce rocambolesque casse fait d'aventures, d'humour et de sensualité. Le récit est habillement construit, alternant avec joie scènes de batailles, conspirations au coin du feu, déambulations. Le dessin est parfait,alliant l'humour (les trognes proposées par Tanquerelle restent inégalées), à un souci du détail nécessaire à tout « péplum » (costumes, décors...). Le tout invente un album enthousiasmant, pas si éloigné du plaisir enfantin de se déguiser ou de s'inventer des histoires, qui réconcilie avec un « genre » trop souvent dévoué à une pédagogie pompeuse ou à un imaginaire guerrier.

lundi 29 avril 2013

Tout va bien ! - Mana Neyestani - éditions çà et là.



  Tout va bien ! - Mana Neyestani - éditions çà et là.





Nous avions découvert l'auteur avec Une métamorphose iranienne, bande dessinée angoissante et poignante relatant ce qu'est vivre en Iran aujourd'hui. Mais Mana Neyestani est avant tout un dessinateur de presse. C'est cette activité qui le contraindra à l'exil. Aujourd'hui, parait Tout va bien !, recueil rassemblant des illustrations réalisées entre 2007 et 2013.
Il est peu de dire que la lecture de cet ouvrage est un choc. Non seulement les dessins de l'auteur ont une beauté formelle incontestable, mais il nous rappelle ce que peut être un dessin de presse. Les thèmes sont dérangeants, la violence sourde. Le sujet ne suffit jamais à faire l'illustration. Il est relayé par la puissance imaginative de l'auteur qui en fait une proposition qui ne pourrait exister sous une autre forme. L’œuvre de Mana Neyestani est unique et nécessaire et semble nous rappeler que "oui" un dessin, s'il ne peut changer le monde, peut le bouleverser, le mettre à jour.


lundi 22 avril 2013

Quelques questions à Philippe Nicloux pour revenir sur le beau Terra Australis.


 

  Le 13 Mars 2013 est paru Terra Australis, bande dessinée passionnante et foisonnante, dont nous avons dit le plus grand bien ici : Terra Australis coin limule

Cette œuvre nous paraît d'une telle richesse -graphique et narrative- qu'il nous est venu à l'idée de poser quelques questions à Philippe Nicloux, le dessinateur de l'album. C'est avec beaucoup de gentillesse que celui-ci a accepté notre demande.
Voici donc un petit entretien qui, nous l'espérons, vous donnera encore plus envie de plonger dans cette aventure.



5 questions à Philippe Nicloux concernant Terra Australis :

  • De quand date le projet ? Le scénario était-il construit entièrement depuis le début puis vous avez effectué un découpage comme si vous adaptiez un roman ou avez-vous travaillé de concert en faisant évoluer le projet progressivement ?
LFB* a commencé à réfléchir à son scénario à partir de 2007. A partir de toute la doc et de toutes les anecdotes accumulées, il en a tiré un synopsis, qui aurait fait dans les 800 pages. Ensuite, il a écrit chapitre par chapitre. Car au départ, les 3 livres étaient découpés en chapitres. Cette idée a été abandonnée pour des raisons de fluidité. En cours de route, LFB a abandonné certains épisodes prévus, puis a recentré son script sur quelques personnages récurrents qui nous ont servi de fil rouge.
  • Tu sortais de trois albums (Rashomon, Otomi et Tropique de l'agneau) assez éloignés de cet univers maritime. As-tu toujours eu une passion pour cet univers ou as-tu dû te documenter pour l'album (photographies / documents historiques) ?
J'ai toujours aimé l'art du XVIIIème siècle, la peinture, l'architecture ou la musique. Mais en l'occurrence, l'art n'est pas très présent dans Terra Australis. Je pensais aussi très fort aux peintures de marine de cette période lors du livre II, et évidemment l'ombre de Bourgeon et des passagers du vent flottait comme un idéal inaccessible au dessus de ma tête. J'ai bien sûr cherché beaucoup de documents (gravures, peinture), même s'il n'était pas question d'atteindre le degré de détail et de précision de Bourgeon, justement.
  • J'ai trouvé ton trait d'une grande élégance. Peux-tu nous dire quelle est la technique employée (ou quelles sont les techniques employées) ?
Merci pour l'élégance. Mais de mon point de vue, je trouve le style de dessin de Terra Australis parfois rêche et brutal. C'est le trait qui s'est imposé pour décrire cet univers de prisons, d'enfermement et de violence. Même en Australie, si dessiner la nature était un réel plaisir, c'est aussi une nature hostile et sauvage.
Après avoir commencé à dessiner sur des planches papier, à l'encre de Chine, je n'étais pas satisfait du résultat. J'ai donc basculé sur la palette graphique, après avoir trouvé
un logiciel génial, "my paint", qui m'a permis d'obtenir cet effet de peinture-aquarelle assez naturel.
  • Aviez-vous décidé dès le départ que Terra Australis serait un imposant volume unique (508 pages) et non une série ? Qu'est-ce qui a motivé ce choix au final ?
LFB, au départ, pensait sans doute faire une série de 8 ou 10 livres. Mais très vite, dès les premières discussions avec l'éditeur, la solution du volume unique s'est imposée, qui correspondait bien avec l'esprit de la collection Mille feuilles. Je crois qu'une partie de la force de Terra Australis réside dans le fait de suivre cette aventure d'un seul tenant.
  • J'ai trouvé que l'épilogue est une grande réussite, notamment avec la mise en page d'une grande fluidité. J'ai pensé à Will Eisner. As-tu des modèles, des influences parmi les auteurs de BD ? Et peux-tu nous parler de ton prochain projet ?
Oui, ce découpage s'est imposé à moi quand j'ai réfléchi au moyen de quitter, littéralement, tous ces personnages qui m'ont occupé pendant tout ce temps. Malgré le soulagement de finir le livre, je savais que j'allais terminer une expérience qui risque de ne pas se reproduire de sitôt... Il y a vraiment une sorte de tristesse qui émane de l'épilogue, une tristesse que devait ressentir LFB quand il a mis le point final de ce livre si important pour lui.
 En tant que lecteur, j'apprécie beaucoup les livres "expériences", ceux qui creusent et explorent les possibilités du médium bande dessinée. Alors je lis beaucoup Chris Ware, Alan Moore, Trondheim les recherches de l'OuBaPo, par exemple. Il y a beaucoup d'auteurs dont j'admire l'oeuvre, comme Run, Ledroit, Goossens, Pierre La Police... Avec au sommet du panthéon, les Grands Anciens de Métal Hurlant, et le Grand «Stratéguerre Bicéphale Suprême», Moebius/Giraud. Bref, ça part dans tous les sens, mais je ne crois pas que ces influences/admirations se ressentent dans mon travail.
Actuellement, je considère ne pas avoir de style, parce que jusqu'à présent, chaque livre que j'ai fait commandait un style différent. Par exemple, et pour répondre à ta question des prochains projets, l'un d'eux se passera au Japon, dans les années 90. Donc, il va falloir que j'adapte encore mon dessin à un univers moderne et urbain. Il va falloir changer de costume, c'est comme du théâtre, en fait.



* LFB : Laurent-Frédéric Bollée, scénariste de Terra Australis.

mardi 16 avril 2013

Le royaume des perches – Martti Linna – éditions Gaïa polar – 2013


Le royaume des perches – Martti Linna – éditions Gaïa polar – 2013


  Pour les amateurs de littératures venues du nord. Ceux qui ont découvert le suédois Mankell, puis Indridason l'islandais. Un nouveau venu, de Finlande cette fois-ci : Mutti Linna. Auteur d'une série policière dont le héros est le capitaine Sudenmaa de la criminelle. Nous avons avec le royaume des perches la première traduction en français.
Le personnage principal de ce roman se prénomme Ilpo dont le but dans la vie est la pêche à la perche , solitaire, sur un lac quasi perdu.
«  Dans les pays orientaux, ils ont le yoga, la position du lotus et le feng-shui. Chez nous on peut tremper du fil dans un trou de glace ou pêcher au lancer pour se confronter à des questions existentielles. On parle de méditation là... » et plus loin :  « Il s'agit de recueillement. De questions existentielles. Et dire que l'église luthérienne se prive d'un tel état en n'incluant pas la pêche sur lac gelé dans ses retraites monastiques. »
Ilpo est dérangé en pleine pêche par un appel de sa femme qui disparaît juste après. Que s'est-il passé ? Tout tourne autour de trois couples : Ilpo, sa femme disparue et son ex-femme qui est aussi sa belle-sœur puis le couple propriétaire du lotissement de pêche, couple proche du divorce, avec un fils Osmo qui n'est pas sans problème. Le troisième couple enfin, c'est le policier Sudenmaa, chargé de l'enquête, avec une femme alcoolique, complètement paumée, et une fille adolescente qu'il a en charge.
Trente-neuf chapitres, courts, très courts, parfois moins d'une page. Une construction très serrée où rien n'est de trop. Trois couples, un lac, le silence, les souvenirs :
«  Les souvenirs sont un peu comme l'eau qui goutte d'un robinet fatigué. On peut essayer de leur barrer le passage, on peut ajouter un joint d'étanchéité à l'endroit qui fuit, mais d'une manière ou d'une autre, ils parviennent à contourner l'obstacle. »
Une tragédie au sens antique du terme, dont le choeur seraient les bancs de perches.

lundi 15 avril 2013

2013, année Jacques Ferrandez: Arrière-Pays ( 1982) / Nouvelles du pays (1986) / Intégrale(2003) - Jacques Ferrandez – éditions Casterman.



Arrière-Pays ( 1982) / Nouvelles du pays (1986) / Intégrale(2003) - Jacques Ferrandez – éditions Casterman.


En 1978, les éditions Casterman commencèrent l'aventure du mensuel (A suivre). Durant les 19 années d'existence de cette publication, on apprit à découvrir (ou redécouvrir) des auteurs aussi variés et importants que Tardi, Pratt, Comès, Munoz et Sampayo, Schuiten et Peeters, Auclair... dont le point commun était de proposer des récits amples, à la pagination éloignée du carcan des 48 pages. C'est là que beaucoup découvrirent le travail de Jacques Ferrandez avec sa fresque Les Carnets d'Orient. Mais dès 1981, l'auteur rejoint l'équipe du mensuel avec Arrière -Pays. Dans ce récit, il s'attache à nous faire partager le quotidien de la population d'un village de l'arrière-pays niçois. On y suit tout particulièrement Julien, jeune agriculteur, dévoué à sa terre mais se sentant enlisé dans cette vie à l'écart du monde. Le désir de plus de modernité, de confort, et surtout d'une présence féminine, ne cesse de le tourmenter. Chaque anecdote, chaque visage semble porteur d'une charge de réalisme. Arrière-Pays (et Nouvelles du pays qui le compléteront par la suite à travers une foule de nouveaux récits de vies) n'est pas à proprement parler une BD autobiographique ou de reportage telle Les ignorants de Davodeau, mais c'est sans avoir recours à l'artifice d'une intrigue qu'elle nous parle du quotidien de ces hommes et femmes peu mis en avant dans la BD au début des années 80. 

dimanche 14 avril 2013

Manuele Fior - L'entrevue - éditions Futuropolis – 2013.


Manuele Fior - L'entrevue - éditions Futuropolis – 2013.


Alors qu'album après album, l’œuvre de Manuele Fiore gagne en originalité, en intensité et en cohérence, aujourd'hui sort L'entrevue chez Futuropolis. L'attente est grande tant aucun faux pas n'est décelable chez cet auteur indispensable pour quiconque a succombé aux charmes de son œuvre.

On connaît le travail de Manuele Fior depuis quelques années maintenant. On l'avait découvert grâce à l'album intitulé Les gens le Dimanche (2004), suivi d'Icarus (2006) et sa fascinante bichromie. Deux albums, édités par les orfèvres suisses d'Atrabile, au ton unique, mêlant des récits sobres à des recherches graphiques passionnantes. En 2009, il y eut Mademoiselle Else, adapté de Schnitzler et publié chez Delcourt. En 2010, dans un retour magistral chez Atrabile avec Cinq mille kilomètres par seconde, prix du meilleur album incontesté d'Angoulême 2010, Manuele Fior nous racontait la relation entre Piero et Lucia à différents instants de leur vie. Le graphisme y était époustouflant de beauté, tandis que l'histoire faisait preuve de sensibilité, de retenue et d'émotion.
Le grand auteur, déjà prometteur, était confirmé.
Dans cet album, Raniero, psychologue, conduit sa voiture de nuit, lorsqu'il est surpris par une apparition mystérieuse dans le ciel de formes pyramidales et lumineuses. Accaparé, il en oublie la route et s'accidente dans le fossé. Ceci n'est qu'une des premières apparitions auxquelles va devoir se confronter la population. Suite à cet accident dont est victime Raniero, Valter, un de ses amis, lui glisse un « Franchement, les accidents de la route c'est un truc du siècle dernier ». Car j'oubliais de dire que nous sommes en 2048, et que cet album peut éventuellement à ce titre rentrer dans le genre « science fiction ». Pourtant, nulle trace dans les vêtements de notre personnage principal, ni dans la majorité des décors urbains : on y voit bien souvent une Italie telle que nous la connaissons, avec ses places, ses terrasses et ses sculptures antiques. Certes, il y est question de « Nouvelle convention », la ville est fermée de 22h à 5 h afin d'en repeupler le centre, on y parle « d'émeutes » antérieures, il y existe des voitures téléguidées... mais le cadre nous est intimement familier.
Non, cet album ne peut se limiter à un genre. Ce que nous offre Manuele Fiore, c'est un bouleversant voyage dans les sensations de ses personnages. On y voit des êtres épuisés, dévorés de désir, apeurés, hilares, abattus... vivre tout simplement. Le récit est fait de cet agglomérat de sentiments et d'errance.
Cette « promenade » des sens est rendue possible grâce à la fluidité dont fait preuve la narration de l'auteur. Rarement on a vu des cases s'enchaîner avec autant d'aisance et d'inventivité. Quant au dessin de Manuele Fiore, il est juste confondant de beauté. Que ce soient les visages, les corps, les paysages... tout dans son dessin fait preuve de délicatesse, de retenue et d'une stupéfiante sensualité. Un simple mouvement de main d'un personnage peut à tout moment, grâce à sa tension et son élégance, provoquer votre émerveillement.
Cette parfaite fusion entre récit et graphisme est une fois de plus, de la part de Manuele Fiore, la preuve de ce que peut être une grande bande dessinée.



jeudi 11 avril 2013

2013, année Jacques Ferrandez


2013, année Jacques Ferrandez:





Le 12 Avril 2013 sort en librairie l'Etranger d'Albert Camus, adapté en bande dessinée par Jacques Ferrandez aux éditions Gallimard BD. Cette parution coïncidera avec l'anniversaire de la naissance de l'écrivain.
On connaît le travail de Jacques Ferrandez depuis maintenant de nombreuses années. Son œuvre est intimement liée à cette Algérie si souvent décrite par Albert Camus. On pense à son adaptation, déjà en 2009, de l'Hôte du même Albert Camus, mais également aux Carnets d'Orient, sa grande œuvre ou plus récemment à Alger la Noire d'après Maurice Attia. Qui plus que Jacques Ferrandez n'était habilité à nous raconter ce grand roman qu'est l'Etranger ?
Si cette année 2013 est marquée par de nombreuses commémorations autour de l'écrivain, il nous est apparu légitime de mettre en avant l'oeuvre désormais imposante de Jacques Ferrandez lui-même. 33 ans d'albums de haute volée dans lesquels se révèle toujours un même amour pour ses personnages.
Tout au long de l'année, nous proposerons de redécouvrir des albums de Jacques Ferrandez. Car si l' Etranger se révèle un nouveau sommet dans l'oeuvre de l'auteur, on ne peut oublier que sa carrière en est jalonnée.

mercredi 10 avril 2013

François Guérif, Du polar – Entretiens avec Philippe Blanchet- éditions Payot – 2013.


François Guérif, Du polar – Entretiens avec Philippe Blanchet- éditions Payot – 2013.


« -La littérature policière, c'est quoi ?
  • Dorothy B. Hugues : De la littérature. »
    in Polar, printemps 1983
Dès cette citation d'ouverture à ces entretiens avec François Guérif, le ton est donné. Pour quiconque ne sait pas comment expliciter son amour pour le polar, la lecture de cet ouvrage est salutaire. Tout y est dit, et surtout le directeur de collection sait nous transmettre son amour pour cette littérature parfois encore sous estimée. Après lecture de l'ouvrage, on a tout simplement envie -à nouveau – d'être curieux, de fouiner, de se laisser aller à découvrir de nouveaux romans susceptibles de changer votre vie. Tous les ouvrages dont nous parle François Guérif sont emplis d'une histoire, d'un contexte, d'une aventure humaine, qu'il ait connu les auteurs par sa profession (bouquiniste, rédacteur en chef, directeur de collection...) ou qu'il ait appris à les aimer par leur lecture. Tour à tour, on y découvre un Léo Malet touchant, un Ellroy fidèle, un Robin Cook déchirant et sincère. La liste est longue et passionnante. Au delà de ces auteurs qu'il nous raconte ( de Conan Doyle à Westlake, de Siniac à Emily St John Mandel...), ce que nous propose Guérif, c'est une curiosité insatiable, un appétit sans cesse renouvelé. De bout en bout de ces entretiens, il nous embarque avec lui, et parvient à aiguiser notre désir de littérature. On sort de ce livre débordant d'envie, de désir et d'émotion...et ce n'est pas négligeable.


François Guérif à propos de Robin Cook :
« (…) il est pour moi le meilleur écrivain de romans noirs anglais du XX° siècle...Le personnage lui même était fantastique (…) Robin était obsédé par le mal. Il ne supportait pas l'existence du mal dans le monde. Il n'était pas naïf pour autant. Juste il ne supportait pas. »


mardi 9 avril 2013

Cet élan est à moi – Oliver Jeffers – éditions Kaléidoscope – 2013.


Cet élan est à moi – Oliver Jeffers – éditions Kaléidoscope – 2013.



Un jour Wilfried découvre un élan. Il nomme se dernier Marcel et décide de lui expliquer les règles que doit observer un bon animal de compagnie.
Un livre pour enfant au charme incroyable. Les dessins des personnages sont stylisés et extrêmement drôles, tandis que les décors sont eux de véritables peintures « réalistes ». Le contraste n'en a que plus de charme. Une seule envie à la sortie de cet album : adopter soi-même un élan et partir se promener tous deux.

dimanche 7 avril 2013

Terra Australis – Laurent-Fréderic Bollée / Philippe Nicloux – éditions Glénat (1000 feuilles) – 2013.


Terra Australis – Laurent-Fréderic Bollée / Philippe Nicloux – éditions Glénat (1000 feuilles) – 2013.


A la fin du 18° siècle, alors que Londres est ravagée par la misère et la criminalité, l'Angleterre souhaite développer son empire colonial. Ainsi germe l'idée d'enrôler 1500 hommes et femmes sur onze navires afin d'installer une colonie sur ce territoire qui deviendra l'Australie. Tous ces individus sont condamnés à des peines plus ou moins longues, et ne possèdent qu'un espoir : que cette nouvelle terre se révèle par la suite celle du renouveau. Mais avant cela, 24000 km à parcourir à travers les océans, faits de rencontres, de tempêtes, de famine, de mutinerie, de désirs et de larmes.
C'est cette incroyable épopée que nous raconte Terra Australis, un imposant album de 512 pages mêlant avec fluidité données historiques et densité humaine. A aucun moment, la pédagogie ne prend le pas sur l'attrait qu'exerce sur nous les nombreux personnages. Chacun d'entre eux a sa propre existence (le jeune John Hudson, Caesar...) et parvient à nous émouvoir, à nous passionner. Tous sont enclin à la violence, mais ont également le désir d'une autre vie. Ni les gardiens, ni les prisonniers ne sont enfermés dans leur rôle. 
Mais Terra Australis n'est pas uniquement cette passionnante fresque sur la déportation d'une frange de la population, puis la découverte d'un pays inconnu, elle est également une magnifique bande dessinée d'aventure passant avec un bonheur égal de scènes dans les bas-fonds de Londres à une plongée dans l'univers carcéral, aux cales des navires, à la rencontre de quelques animaux marins puis terrestres... Répétons-le : le récit est tout dévoué à la joie de la lecture et de la découverte, à aucun moment il ne se fait édifiant.
Une partie de ce plaisir de lecture est dû au fait que les auteurs eux-mêmes semblent s'être embarqués dans ce projet fou comme un seul homme, redoublant ainsi l'aventure des personnages. Le dessin de Philippe Nicloux oscille entre caricature à la Baru et élégance des coups de pinceau. Les décors sont confondant de beauté, tandis que la mise en page se plie sans cesse au récit. A ce titre, les dernières planches, qui présentent le devenir des protagonistes de l'histoire, semblent se dérouler dans un fondu enchaîné proche des innovations de mise en page de Will Eisner.
Terra Australis est la preuve de ce que peut être la bande dessinée lorsque scénariste, dessinateur et éditeur sont animés par le même désir de produire un grand ouvrage. Que tous trois en soient remerciés.

jeudi 4 avril 2013

Lester Bangs – Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués – éditions Tristram 1987/2013.


Lester Bangs – Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués – éditions Tristram 1987/2013.


«  Je suis entouré de psychotiques. Parfois je me soupçonne d'en être un. Ensuite certains disques sortent et je sais que je ne suis pas seul. »

 

mercredi 3 avril 2013

Fred de son vrai nom Frédéric Othon Théodore Aristidès ( 1931 / 2013) ...des larmes .


« Tout ce que je fais vient de là : de ce personnage en porte-à-faux qui essaie de survivre et ne comprend rien à rien. C'est ce frisson-là, entre le rire et les larmes que j'essaie toujours de retrouver. »


 Fred in L' Histoire d'un conteur éclectique -propos recueillis et rédigé par Marie-Ange Guillaume – éditions Dargaud – 2011.

 

"a va ? 
-oui, mais Fred est mort."


  

lundi 1 avril 2013

La promo 49 – Don Carpenter – éditions Cambourakis – 1985 / 2013.


La promo 49 – Don Carpenter – éditions Cambourakis – 1985 / 2013.





En cette année 1949, les étudiants s'apprêtent à vivre leurs derniers moments de lycéens. Après les examens, chacun connaîtra une nouvelle existence qui sera universitaire, militaire ou autre. Ce qui est certain, c'est qu'elle se déroulera majoritairement dans une autre ville et avec d'autres amitiés. La promo 49 nous raconte ce moment charnière où la vie d'adolescent bascule vers l'âge dit « adulte ».
Les éditions Cambourakis nous avaient éblouis l'an dernier avec la publication de l'immense Sale temps pour les braves (1956). On y découvrait un grand romancier américain, à l'écriture rugueuse et ample. Etait-il l'homme d'un seul roman ?
Aujourd'hui sort La promo 49, toujours aux éditions Cambourakis : roman court (137 pages) découpé en de nombreux chapitres, ou plutôt séquences, qui se complètent l'une l'autre. Dès les premières pages, on est séduit par le ton de la narration, on a de l'empathie pour ces lycéens. On s'immerge dans ces portraits qui s'enchaînent de façon a priori désordonnée, mais qui au final dressent un instantané de cette promotion 49 d'une grande complexité. Chacun des protagonistes y acquiert une véritable autonomie, passant de sujet principal à secondaire selon les chapitres. Tous nous deviennent familier et parviennent à nous émouvoir. Aucun n'est exempt de défaut, chacun vit cette fin d'adolescence comme un moment d'ouverture de « possibles », mais également comme un instant de grande souffrance.
Le roman possède une parenté avec Elephant, le film de Gus Van Sant de 2003, non pas dans la tragédie qu'il racontait, mais dans la construction chorale du récit, et dans sa description passionnante de cet entre-deux-âges. Pour qui se souvient du film, un des personnages fait irrémédiablement penser à un bouleversant chapitre du livre intitulé Alice Quelquechose, chapitre de seulement une page à la beauté éblouissante, qui montre tout l'art de la concision et de l'émotion dont est capable Don Carpenter.
La promo 49 se révèle un véritable joyau à la beauté diffuse, et dont chaque page semble traversée d'un sentiment de vérité. Jamais rien n'y est surjoué ou artificiel. Don Carpenter n'est pas l'auteur d'un unique roman. Don Carpenter fait partie de ces auteurs capables d'accompagner votre vie, de vous parler de votre existence, mais également de vous émouvoir de celle des autres. On ne peut qu'être reconnaissant envers les éditions Cambourakis de nous permettre de poursuivre cette découverte.

« Ils burent et roulèrent jusqu'à ce que quelqu'un suggère d'aller voir le coucher de soleil sur Rocky Butte, et quand il fut pleinement visible et que tous furent tristes et soûls, puis plus malheureux du tout, ils «échangèrent des poignées de main formelles, se dirent au revoir, remontèrent en voiture et chacun rentra chez soi. »