samedi 2 décembre 2017

L’enfant et le maudit – Nagabe – éditions Komikku - 2017



L’enfant et le maudit – Nagabe – éditions Komikku -2017 
  
La cohabitation entre deux êtres qui ne devraient pas pouvoir se rencontrer est le principal enjeu de ce manga de Nagabe. Une petite-fille humaine est protégée par un être maudit, sorte de créature sombre arborant des bois majestueux. Tentant d'isoler l’enfant des dangers qui l’entourent, il s’évertue à l’accompagner, à la mettre en garde, tout en sachant que le danger vient autant des autres que de lui-même.

Le récit inventé par Nagabe sait tout à la fois nous subjuguer par sa beauté, tout en nous laissant pressentir une menace constante. C’est cette même dichotomie que l’on retrouve dans son graphisme : parfois dépouillé, fragile, puis soudainement saturé de noir, gorgé de zones d’ombres. Constamment, à l’image de la narration entre beauté et effroi, ces deux sensations semblent lutter. Si on ne sait vers quelle extrémité se conclura L’enfant et le maudit, ce que l’on sait par contre, c’est que sa lecture nous aura offert une émotion constante.

« -Pardonne-moi petite…un jour je devrais tout te révéler…pardonne-moi d’être un lâche priant pour que ce jour vienne le plus tard possible… »

vendredi 1 décembre 2017

Imbattable, Justice et légumes fruits - Pascal Jousselin – éditions Dupuis - 2017

Imbattable, Justice et légumes fruits - Pascal Jousselin – éditions Dupuis - 2017

 

Apparu dans le numéro 3920 du journal Spirou en 2013, Imbattable, pour peu qu’on y jette un œil trop superficiel, s’apparente à une bande dessinée humoristique mettant en scène un drôle de super-héros bedonnant. Le trait est rond, souple. La colorisation est agréable, vive mais pas trop. On commence à lire la première page dans laquelle Imbattable « saute » au secours d’une mère et de son enfant en proie à deux voleurs. Il y saute littéralement d’une case à une autre et parvient à les assommer en s’attaquant à eux de toutes parts, ou plutôt de toutes cases. Car là est le super-pouvoir, et pas le moindre, de ce nouveau super-héros : il peut évoluer comme bon lui semble au sein de la page – ou des pages - dans lesquelles il se trouve. Si à la lecture de toute page de bande dessinée, notre œil peut « flâner » avant d’entamer la lecture proprement dite, permettant de connaître en amont des éléments à venir dans la narration, Pascal Jousselin en fait le principe même de son travail : la même page devra être lue plusieurs fois, dans différents sens, avant d’avoir révélé tous ses mécanismes. Ce dispositif, proche voisin de l’Oubapo proposé par des auteurs des éditions l’Association dès 1993, va se complexifier de page en page afin d’obliger le lecteur à être constamment actif dans son expérience de lecture. Le tour de force de Pascal Jousselin est de se saisir de ce point de départ a priori théorique pour inventer une bande dessinée ludique, drôle et grand public.


dimanche 19 novembre 2017

La saga de Grimr – Jérémie Moreau – éditions Delcourt

La saga de Grimr – Jérémie Moreau – éditions Delcourt -2017


L’histoire de l’Islande est marquée par une longue succession de périodes colonisatrices. C’est ainsi que si le pays fut indépendant du Xème au XIIIème siècle, il fut par la suite sous domination de la Norvège, puis du Danemark. La République d’Islande ne naîtra qu’en 1944.
C’est à la fin du XVIIIème siècle que démarre le récit de la vie de Grimr, islandais né sur un sol qui ne lui appartient pas et en proie non seulement à la violence des colons, mais aussi à la pauvreté et à la violence des éléments naturels. C’est ce contexte hostile qui va modeler Grimr tout au long de son parcours.
Avec La saga de Grimr, Jérémie Moreau décide de situer son récit dans un pays dont l’histoire nous est souvent peu connue. Le destin malmené de Grimr semble épouser avec clarté les sinuosités du pays dans lequel il vit. Le peuple islandais, non souverain, y semble malmené par les affres d’un climat chaotique, menant à une famine et à des conditions d’existence indubitablement précaires. A cette survie permanente s’ajoute le mépris des représentants danois, ne souhaitant en faire qu’un peuple d’exécutant. C’est cette histoire que nous raconte Jérémie Moreau avec force et retenue. Au didactisme qui aurait pu accompagner ce projet, l’auteur préfère nous offrir une aventure épique, charnelle et sensorielle. C’est la lutte incessante des corps contre les éléments qui semble animer chacun des personnages. Les paysages Islandais y sont magnifiés, porteurs de tout autant de splendeurs que d’effrois. L’hommage rendu à ce peuple en lutte n’en est que plus bouleversant. 


vendredi 17 novembre 2017

Calypso – Cosey – éditions Futuropolis -2017.

Calypso – Cosey – éditions Futuropolis  

Avec Calypso, Cosey nous offre son premier ouvrage publié en noir et blanc. Quiconque a contemplé les planches pourtant en couleur des deux derniers Jonathan que sont Atsuko (2011) et Celle qui fût (2013), ne pourra qu'être surpris de la maîtrise acquise dans ce domaine par l'auteur. Son trait, ces dernières années, ne s'est jamais appauvri mais a su se synthétiser jusqu'à l'essentiel. Se confronter à la pureté du noir et blanc semblait donc comme une évidence dans ce parcours graphique. Chez Cosey, le noir et blanc n'est jamais expressionniste, démonstration technique ou jaillissement, il est captation des vides, maîtrise des équilibres de la composition, variation des motifs. Une simple ligne dessine l'horizon. Une vibration dans le trait en suggère le mouvement. Tout y semble mesuré avec minutie, expérience et joie de l'acte. Contempler le fruit des gestes de Cosey est une véritable source de délectation. La narration, à l'image des personnages qu'elle met en scène, avance par tâtonnement, prenant le temps de fixer visages et paysages. S'autorisant des libertés inattendues, tels les motifs de la robe de Georgia Gould qui ne cessent de se métamorphoser d'une case à l'autre, Cosey mêle astucieusement mélancolie et ludisme. Cette évocation de ces adultes vieillissants voulant rester fidèles à leurs engagements de jeunesse, devenant hors-la-loi par esprit de jeu et d'amitié, n'en est que plus touchante.

jeudi 9 novembre 2017

Gens de Clamecy - Edmond Baudoin / Mireille Hannon - éditions l'Association - 2017.

Gens de Clamecy - Edmond Baudoin / Mireille Hannon - éditions l'Association - 2017.

A travers le portrait de la ville de Clamecy et de ses habitants, Edmond Baudoin nous propose une réflexion sur l'engagement et les aspirations qui peuvent animer une partie de la population française aujourd'hui.

Dans le département de la Nièvre se trouve la ville de Clamecy. Celle-ci a longtemps été "la capitale du flottage du bois de chauffage coupé dans les forêts du Morvan et transporté par voie d'eau en passant par Clamecy jusqu'à Paris". Mais Clamecy s'est aussi distinguée entre 1848 et 1851, durant la deuxième République, par son aspiration à participer au débat démocratique. Des associations, des clubs sont constitués, en relation avec la capitale, afin d'inventer une société nouvelle. Mais le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte, alors président de la République, dissout l'Assemblée et organise le coup d’état qui instaurera le Second Empire. Démarre alors une forte période de répression face à une ville qui s'insurge et n'hésite pas à dresser des barricades. Dans Gens de Clamecy, Edmond Baudoin -aidé de Mireille Hannon- n'a pas oublié l'histoire de la ville et s'est muni de son pinceau. Le dessinateur propose aux habitants d'aujourd'hui d'échanger un portrait contre une simple réponse à la question: "Qu'est ce que serait pour vous une société idéale?" 


Depuis longtemps, les livres d'Edmond Baudoin naissent des rencontres qu'il se plaît à provoquer. On peut penser aux récents Le goût de la terre (l'Association -2013) ou Viva la vida (l'Association -2012) réalisés en collaboration avec Troub's, mais aussi au plus confidentiel Portraits, Faux-la-Montagne (éditions Repas - 2016). En fait, chacun des livres de l'auteur semble traversé de ce même désir non seulement d'aller vers l'autre, mais aussi de conserver intacte cette part de rêve, d'utopie collective et ce même en baignant parfois dans la plus grande noirceur. La beauté du geste de Baudoin est là: accepter de regarder en face une histoire composée d'erreurs, de défaites, mais aussi de moments de bravoure, tout en s'évertuant à se donner les moyens de croire encore en l'humain. "Oui c'est important l'histoire" écrit-il en tout début d'ouvrage, comme l'affirmation de la nécessité d'une inscription dans une histoire collective. Mais à un attachement figé à des luttes passées, il préfère leur garder toute leur intensité en cherchant dans le présent les raisons d'espérer un monde meilleur. Comme Edmond Baudoin l'écrit lui-même: "La question d'aller dans nos rêves est toujours devant." 
Chronique également disponible sur Planète BD.com
 

dimanche 15 octobre 2017

Quelques questions à Aude Mermilliod concernant Les reflets changeants- éditions Lombard 2017.

 Quelques questions à Aude Mermilliod concernant Les reflets changeants- éditions Lombard 2017.


Dans Les reflets changeants, Aude Mermilliod invente  une narration toute en délicatesse dans laquelle tout semble irrigué par un véritable sentiment de vie. Du quotidien ordinaire, elle parvient à extraire une dramaturgie à l'intensité constante. Si l'été du pays niçois irradie le récit de sa langueur et de sa monotonie, c'est dans la captation des détails -souvent silencieux- que naissent les plus belles émotions: une ombre sur un visage,un corps s'essayant à la séduction, un paysage parcouru... Durant l'ouvrage, il sera question d'existences blessées, de rancœurs nées de la guerre d'Algérie, d'attentes déçues, d'incapacités à devenir celui qu'il faudrait être. Mais ce que parvient par dessus tout à orchestrer Aude Mermilliod, c'est le ballet incessant des corps qui semblent, à l'image de la couverture, s’évertuer à atteindre un état d'apesanteur tant espéré. Jamais l'ouvrage ne s’embarrasse d'explications ou de jugement. Les personnages y vivent au risque de s'y perdre. Les reflets changeants fait partie de ces livres rares qui vous rappellent que la beauté existe, même dans la plus apparente banalité.

C'est avec une grande générosité, et gentillesse, qu'Aude Mermilliod,  a accepté de répondre à nos questions. 


1° Vous proposez depuis quelques années un blog consacré au voyage intitulé La fille voyage. Les reflets changeants est votre première bande dessinée publiée. Pouvez-vous nous dire s’il s’agit de votre première « envie » de réalisation d’une bande dessinée ? De par son côté contraignant, solitaire, le fait de réaliser une bande dessinée peut sembler assez éloigné d’une vie de « globe-trotter ». Avez-vous pu mener de front les deux activités ?

Bonjour ! Alors non, j'avais déjà fait quelques planches avant de me lancer dans Les reflets changeants. Mais rien de bien bien sérieux, c'était plus des laboratoires personnels. Le premier vrai projet, c'est vraiment ce premier album. 
Concernant les voyages, ils en ont pris un sacré coup depuis que je suis devenue autrice à temps plein ! Ce n'est malheureusement pas possible de concilier mon mode de voyage, à savoir assez lent, et le fait de faire une bande dessinée dans un temps donné. Effectivement, on est bien plus seule face à ses planches que dans la blogosphère, où les retours et les échanges sont permanents. 

Les reflets changeants se déroule sur la Côte d’Azur, de Nice à Villars-sur-Var. A la différence de beaucoup de bandes dessinées, ce lieu géographique est représenté avec méticulosité (paysages, mais aussi rues, commerces…) sans jamais tomber dans la vision « touristique » attachée à cette région. Pour peu que l’on connaisse celle-ci, le cheminement des personnages semble totalement vraisemblable. Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a amené à situer votre histoire dans cet espace géographique ?

La genèse de ce livre est la fin de vie de mon grand-père, et lui et ma grand-mère vivaient à Cannes. Je me suis alors replongée dans mes souvenirs d'enfance, j'ai mélangé tout ça avec des voyages plus récents à Nice, et peut-être que mon vécu de voyageuse qui prend son temps pour regarder a fait le reste. C'était de toutes façons bien plus naturel de dessiner la Côte d'Azur que n'importe quel autre lieu, mes racines viennent de là-bas.


3° On découvre à la fin de l’ouvrage que «cette histoire est librement inspirée de la vie de mon grand-père, ce sont ses mots qui figurent dans le journal intime d’Émile». Pour autant, votre livre, nourrit de ce vécu, est une fiction dont la narration est élégamment construite. Avez-vous envisagé de proposer une autobiographie, en tout cas une véritable biographie de votre grand-père avant d’avoir recours à la fiction ? Pourquoi ce choix ?

Ce sont surtout les circonstances de la fin de vie de mon grand-père qui m'ont semblé avoir un potentiel narratif fort, mais surtout en y ajoutant des regards différents, venant d'époques différentes. Un drame ordinaire vu et vécu par trois personnes qui n'ont rien en commun. Mais mon grand-père ferait à lui seul un très bon personnage, avec de l'empathie on peut faire de chacun un héros ou un anti-héros. 

4° Une des grandes beautés de votre livre –outre de laisser le temps à la contemplation- est le travail non seulement sur la gestuelle des personnages, mais aussi –ce qui est plus rare- sur la grâce ou la pesanteur des corps. La couverture du livre en étant une élégante illustration. Avez-vous conscience de l’importance de ce fait dans votre travail ? En partagez-vous l’analyse ? Réalisez-vous nombres de croquis préparatoires –d’après modèles ou non- afin de vous accaparer vos personnages avant la réalisation proprement dite ?

Merci beaucoup de cette remarque ! Pour moi il était primordial que les personnages soient crédibles, qu'ils soient beaux dans leurs impuissances et leurs puissances. Je ne suis pas émue par les personnages dont les corps sont trop parfaits, trop jolis, il me faut un peu de rugosité. C'est par une foule de petits détails que l'émotion arrive jusqu'au lecteur, les corps sont le véhicule de tout ça.



5° Une lecture récente vous a-t-elle particulièrement séduite ?

La bande dessinée que j'ai lu récemment et qui m'a particulièrement plu est Bâtard, de Max de Radiguès. Il réussit dans ce livre à se servir de tous les éléments du film road-movie américain, mais grâce à son trait et justement aux personnages nuancés et complètement crédibles, on ne s'ennuie pas une minute, on est touchés, ça fonctionne super bien. 


vendredi 6 octobre 2017

L'inconnu - Anna Sommer - éditions Cahiers dessinés - 2017

L'inconnu - Anna Sommer - éditions Cahiers dessinés - 2017 


Une femme alerté par des pleurs découvre un bébé abandonné. Elle décide de ne pas prévenir la police et de l'élever à l'abri des regards. De ce geste inattendu, Anna Sommer parvient à développer un récit fait d'intrigue et de séduction.
Le quotidien d'Hélène est bouleversé lorsqu'un jour dans une cabine d'essayage de sa boutique de vêtements, elle découvre un nourrisson en pleurs, laissé là à l'abandon. Contre-toute attente, elle décide non seulement de conserver le bébé, mais de le cacher à son entourage en s'en occupant dans son arrière boutique. Lorsque le soir, elle rejoint son compagnon Antoine, elle ne peut se décider à lui confier ce qui est devenu son secret. Au moment où tout prétexte est l'occasion de rendre visite au nouveau né, il est hors de question de bouleverser cette relation privilégiée qui va s'installer jour après jour entre la femme et le bébé. De toute manière, Antoine ne souhaite plus être père. Il prétend même que: "dans le fond, je ne suis pas malheureux d'être resté sans enfant! Il ne nous manque rien, je trouve...au contraire" . Ce qu'omet de raconter Antoine, c'est que lui-même vit une double vie: professeur, il se plaît à consommer une relation adultère avec une de ses jeunes élèves.
Nous avions eu la joie de découvrir le travail d'Anna Sommer avec l'inaugural Remue-ménage publié par l'Association en 1992, s'en suivi d'autres publications au sein des passionnantes éditions des Cahiers dessinés depuis 2002. A chaque fois, elle associait avec talent une dissection sans fioriture des sentiments les plus intenses à un graphisme incisif et totalement maîtrisé. Il est peu de dire qu'en quelques ouvrages l'auteure nous était devenue indispensable. Avec L'inconnu , Anna Sommer nous offre une bande dessinée dont le scénario méthodiquement construit, à la violence sourde est contrebalancé par un trait bien plus arrondi qu'à son habitude. La séduction opère tout au long d'un livre qui semble se déployer sans effort, ni accroc, à l'image des cases qui s'effacent pour laisser respirer chacune des planches proposées. L'art de la mise en page mis en œuvre ici ne peut que prêter à l'admiration. Si l'auteur semble chercher la juste ligne, essayant sans cesse de réduire son intervention à l'essentiel, elle parvient à incarner totalement ses deux personnages principaux que sont Vicky et Hélène. Toutes deux s'écartent d'une morale convenue pour devenir des êtres de chair et d'émotion. La véritable prouesse du livre est là: parvenir à embrasser dans un même geste une recherche graphique exigeante et un récit totalement fascinant. 
Chronique également disponible sur Planète BD.com



mercredi 20 septembre 2017

Idéal standard - Aude Picault - éditions Dargaud- 2017

Idéal standard - Aude Picault - éditions Dargaud- 2017

 

Claire, infirmière en néonatologie, est une jeune femme indépendante et dynamique. Seule ombre à cette existence : la difficulté à rencontrer le véritable amour, celui qui lui donnera envie de s'essayer à construire un couple. La vie amoureuse de Claire n'est que suite de rencontres sans lendemain. Mais un jour, en la personne de Franck, elle s'imagine enfin accéder à ce standard de vie qu'elle a si souvent désiré. 
Si la carrière d'Aude Picault a démarré avec la publication de Moi je dès 2005, elle est un auteur qui compte depuis l'important Papa publié par l'Association en 2006. De Transat, en passant par Fanfare ou Parenthèse Patagone, nombre des parutions de l'auteur ont été dès lors source d'enthousiasme et d'émerveillement. Dans Idéal Standard, l'auteur parvient à dérouler son récit avec une fluidité peu commune. De même que les vignettes s'exemptent de cadre, la narration toute entière semble s'enchaîner avec grâce et délicatesse. Les notes colorées (jaune, rose, bleu) sont utilisées avec parcimonie et dessinent une partition qui entraîne notre lecture. Les décors succincts (parfois en pleine page) parviennent à esquisser des lieux habités, hautement sensoriels. Quant à la gestuelle des personnages, elle est emplie d'humour, mais aussi d'élégance et de sensualité, fruit des heures passées sans doute à chercher le "juste mouvement" pour des personnages que l'on devine aimés. Livre après livre, le trait d'Aude Picault s'apparente de plus en plus à une écriture. Elle en possède la rigueur et la souplesse. Son récit - chronique d'une jeune femme d'une trentaine d'années - a la clairvoyance de ne jamais se heurter à un projet trop balisé. Tout y semble pensé, réfléchi, répété, tout en conservant dynamisme et spontanéité. Souvent, Aude Picault parvient à y allier des contraires telle la mélancolie et l'humour, la fougue et la fragilité. C'est par une invention constante dans son trait et dans la conception de son scénario que l'auteur nous offre un des plus savoureux moments qu'il soit.
 
 

mardi 19 septembre 2017

Intempérie - Javi Rey - d'après le roman de Jesus Carrasco - éditions Dupuis - 2017

Intempérie - Javi Rey - d'après le roman de Jesus Carrasco - éditions Dupuis - 2017


Dans une Espagne désertique où le soleil et la lumière semblent réduire en poussière la moindre trace de vie, un jeune garçon fuit, sans but. "Il s'éloignait du village, de l'alguazil et de son père. cela lui suffisait". L'alguazil, c'est le représentant de l'ordre lancé à ses trousses entouré de ce qui semble être une meute d'hommes affamés. En chemin, l'enfant rencontrera un vieux berger, peu disert, qui le nourrira, le soignera et lui apprendra certaines règles élémentaires de survie. Malgré le risque encouru, jamais il ne cherchera à savoir le pourquoi de cette chasse à l'homme.

Si le récit prend comme décor l'Espagne rurale, il la désincarne ou plutôt il la réinvente en espace quasi abstrait, au plus près de l'os. Une terre aride, exsangue qui ne porte plus que les stigmates d'une vie passée. Les rares individus qui la peuplent sont devenus des chasseurs en proie à la plus effroyable des bestialités. L'humanité n'y est présente que par la relation qui s'établit progressivement entre le vieil homme et l'enfant. Aux corps boursouflés, amincis, contusionnés répond la délicate mais infime attention portée à la gestuelle des deux fugitifs. Mêlant avec brio la splendeur des couleurs à un graphisme d'une netteté ciselée, Intempérie nous évoque par son récit un autre grand livre de l'année, La terre des fils de Gipi. Tous deux semblent hantés par un même monde déshumanisé, sombrant dans une brutale et terrifiante violence, et dont les victimes seront nos enfants.


In Undertow - Alvvays - 2017.

dimanche 10 septembre 2017

Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée – Sonny Liew – éditions Urban – 2017.

Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée – Sonny Liew – éditions Urban – 2017.


Mêlant documents d'époque et narration d'une grande fluidité, la  biographie  d'un des plus grands auteurs de bande dessinée de Singapour nous permet non seulement de découvrir l'histoire d'un homme mais aussi celle d'un pays.

Charlie Chan Hock Chye est né en 1938 à Singapour et a mené toute sa vie durant une existence marquée du sceau de la bande dessinée. S’il a aujourd’hui dépassé les 75 ans, son amour pour le médium reste intact, et c’est avec une véritable jubilation que nous parcourons la trajectoire de cette histoire parallèle d’une bande dessinée encore trop méconnue. La biographie de l’auteur, mise en forme par Sonny Liew, mêle avec brio extraits des publications d’époque, peintures, photographies et autres esquisses afin de nous dresser le portrait le plus complet de celui qui fut « peut-être (…) destiné à devenir le plus grand dessinateur de BD de Singapour. ». A l’image des chefs-d’œuvre autobiographiques de Tezuka ou Mizuki, au-delà du destin individuel, c’est le récit de l’histoire d’un pays tout entier qui va se révéler à la lecture de l’ouvrage. Un pays où la liberté d’expression n’a cessé d’être remise en cause et où le travail d’auteur de bande dessinée consiste aussi à témoigner des situations les plus critiques.
La vie de  Charlie Chan Hock Chye, de par sa persévérance, son abnégation et sa foi en la bande dessinée, est un bouleversant témoignage. De l’influence inaugurale de Tezuka au strip animalier en passant par le récit de super-héros, la science-fiction, l’autobiographie… toute sa création a accompagné les multiples ramifications du « 9ème art ». Chacune de ses publications, si elle se soumettait à la loi du divertissement, n’omettait jamais d’intégrer un second niveau de lecture plus social ou politique. Il est délectable que les clés de chacun des récits nous soient offertes par des mises en perspective des multiples documents d’époque. Cette Vie dessinée est d’autant plus impressionnante qu’elle n’est en fait qu’un faux inventé avec talent par l’auteur malaisien Sonny Liew. Non, Charlie Chan Hock Chye n’a jamais existé et pourtant il prend vie avec force dans cet ouvrage.  Avec une méticulosité inouïe et une palette graphique étonnante, Sonny Liew parvient à agrémenter le parcours de son personnage en l’illustrant avec nombre de faux documents dont la patine, la texture, semble prouver leur existence. On est souvent émerveillé par la découverte d’une couverture d’un fascicule d’époque sur lequel le temps semble avoir laissé ses traces. De l’hommage à l’histoire de la bande dessinée (Tezuka, Spider-man…), en passant par une description minutieuse des changements politiques qui ont jalonné l’existence de Singapour, l’auteur parvient avant tout à créer un récit dont le rythme, à l’image de l’appétence de son personnage, ne s’amoindrit jamais. 
Chronique également disponible sur Planète BD.com

 

samedi 9 septembre 2017

Le coin de la BD, Rencontre avec Fred Bernard

Le coin de la BD, rencontre avec Fred Bernard, mardi 26 septembre à 18h.


 
Immense auteur de livres pour enfants (La reine des fourmis a disparu, La comédie des ogres …) récompensés par des prix prestigieux (Prix sorcières, prix Goncourt jeunesse…), Fred Bernard nous offre également depuis presque 15 ans des bandes dessinées faites d’aventure, d’érudition, de sensualité et de goût du voyage. Fil rouge de sa carrière, la saga de Jeanne Picquiny ne cesse de nous enchanter à  chaque relecture. Récemment, l’auteur s’est également essayé avec succès à la bande dessinée « documentaire » avec notamment l’autobiographique Chroniques de la vigne, conversations avec mon grand-père. Alors qu’il publie en cette rentrée un nouvel opus intitulé Gold star mothers (scénario de Catherine Grive), venez rencontrer Fred Bernard afin d’évoquer une œuvre déjà riche et attachante.

Ados-Adultes/
Gratuit/
(arriver 5 min à l'avance, durée 1h environ)

Le SingulierS Médiathèque
3, BOULEVARD JOSEPH ROSSELLI, 69220 Belleville (Rhône)


mercredi 6 septembre 2017

Les reflets changeants - Aude Mermilliod - éditions Lombard - 2017

Les reflets changeants - Aude Mermilliod - éditions Lombard - 2017
 
Sous le soleil estival de la Côte d'Azur, les vies d'Elsa, Jean et Emile, n'ont que peu de chance de se croiser... et pourtant! Une chronique du quotidien toute en grâce offerte par la lauréate du Prix Raymond Leblanc de la jeune création 2015.
Elsa, jeune fille d'une vingtaine d'années, s'interdit de vivre des moments simples tant elle veut croire en une histoire d'amour qui pourtant semble sans issue. Jean, lui, est conducteur de train, et parvient à prendre goût à la vie uniquement lorsqu'il a la garde de sa fille. Mais même ce rôle lui paraît parfois dénué de sens. Quant à Emile, il avoisine les 80 ans, vit avec sa femme aimante et évolue dans un suffocant silence depuis qu'une chute pendant la guerre d'Algérie lui a ôté l'audition. Rien ne semble unir les destins de chacun de ces protagonistes, si ce n'est un espace géographique proche: la Côte d'Azur, de Nice en passant par Cannes et le village de Villars-sur-Var. Mais, de quai de gare en déplacement ferroviaire, inexorablement, les personnages vont être amenés à se croiser, à partager un instant la déambulation de l'autre. Tous cherchent un déclic à une existence qui leur semble avoir perdu toute signification.

D'un récit choral, parfois si usité, Aude Mermilliod réussit à extraire une narration toute en délicatesse dans laquelle tout semble irrigué par un véritable sentiment de vie. Du quotidien ordinaire, elle parvient à extraire une dramaturgie à l'intensité constante. Si l'été du pays niçois irradie le récit de sa langueur et de sa monotonie, c'est dans la captation des détails -souvent silencieux- que naissent les plus belles émotions: une ombre sur un visage,un corps s'essayant à la séduction, un paysage parcouru... Durant l'ouvrage, il sera question d'existences blessées, de rancœurs nées de la guerre d'Algérie, d'attentes déçues, d'incapacités à devenir celui qu'il faudrait être. Mais ce que parvient par dessus tout à orchestrer Aude Mermilliod, c'est le ballet incessant des corps qui semblent, à l'image de la couverture, s’évertuer à atteindre un état d'apesanteur tant espéré. Jamais l'ouvrage ne s’embarrasse d'explications ou de jugement. Les personnages y vivent au risque de s'y perdre. Les reflets changeants fait partie de ces livres rares qui vous rappellent que la beauté existe, même dans la plus apparente banalité.
Chronique également disponible sur Planète BD.com
 

mardi 5 septembre 2017

GOLD STAR MOTHERS - Catherine Grive / Fred Bernard - éditions Delcourt - 2017

GOLD STAR MOTHERS - Catherine Grive / Fred Bernard - éditions Delcourt - 2017 


Au début des années 30, le Congrès américain organise des pèlerinages à destination de la France afin de permettre à des femmes de se rendre sur la tombe de leurs époux ou de leurs fils morts sur le sol français durant la première guerre mondiale. C'est ce voyage empli de mélancolie que nous conte Gold Star Mothers à travers les personnages de Jane Smith, Anna Platt, Clara Throckmorton, Mrs Hartfield et tant d'autres femmes unies dans un même deuil. 
Le livre se découpe en quinze journées durant lesquelles on suit l'avancée inexorable des protagonistes vers ce recueillement tant souhaité.

Le tour de force de l'ouvrage, au-delà de la découverte d'un fait historique, est de ne jamais sombrer dans une douleur exacerbée. Toutes ces femmes dans cette traversée semblent être emplies d'une même dignité, d'une même tenue. L'absence des êtres célébrés peut sembler lourde et douloureuse mais elle s'accompagne constamment d'un sentiment de temps suspendu, d'attente, où chaque sensation est palpable. C'est cette parenthèse, mêlant aventure collective et individuelle, que parviennent à nous conter avec élégance Catherine Grive et Fred Bernard. 

mercredi 23 août 2017

Michel Plessix (1959 /2017)

Michel Plessix (1959 /2017)
 
J’ai découvert le travail de Michel Plessix en 1991- lors du festival de bande dessinée de Solliès-Ville. J’avais alors 14 ans et étais passionné par la bande dessinée. Ma première dédicace fut sur le premier tome de la série Julien Boisvert intitulé Neêkibo. J’eus la chance par la suite de faire dédicacer les deux tomes suivants : Gris noir et Jikuri. A chacune de ces –brèves- rencontres, Michel Plessix prenait non seulement le temps de réaliser une superbe dédicace, mais également d’échanger avec le dessinateur de BD amateur que j’étais. A l’époque, j’ai été marqué par ces dédicaces : Michel Plessix traçait tout d’abord un cadre rectangulaire dans lequel il dessinait avec méticulosité un personnage en premier plan, se découpant devant un vaste panorama. Puis, d’une belle écriture, il parachevait son geste d’une courte phrase  ponctuée de sa signature. Comme je le disais, j’éprouvais tant d’admiration pour ses dédicaces que je recopiais moi-même ce schéma lorsqu’une rare personne de ma classe de lycée souhaitait que je lui donne un de mes propres dessins.
Car oui, Julien Boisvert est avant tout pour moi un souvenir de lycée.  Outre le fait qu’avec ce personnage, je découvrais un personnage bien plus complexe que ses allures de boy scout ne pouvaient laisser imaginer, j’y découvrais aussi des histoires d’amitié, d’amour, d’abandon, de rapport au père et de trahison. Le tout était servi par un graphisme qui, sous les mêmes apparences bonhommes que son récit, se révélait grouillant de vie, de détails, de désir. Ne se figeant jamais, Michel Plessix ne cessait de faire évoluer son trait, de le perfectionner, de se confronter à de nouveaux effets de mises en pages jusqu’à atteindre une forme d'aboutissement dans le dernier opus. Je me souviens encore des échanges avec mon ami Fred lors de la sortie de cet ouvrage. Nous l’avions lu chacun de notre côté puis nous nous retrouvions pour décortiquer avec enthousiasme chacune des pages qui le constituait.
Dans Le vent dans les saules, puis Là où vont les fourmis, si je ne pouvais qu’admirer l’élégance de son trait,  je regrettais un peu cette noirceur et ce graphisme mouvant qui animait avec tant de vigueur Julien Boisvert.
Michel Plessix est décédé ce lundi 21 août 2017. S’il fait partie de ces auteurs qui auront eu une belle place dans mes souvenirs de lecteur, il occupe une place encore plus rare, celle de ceux qui auront véritablement accompagné un moment de ma vie.



lundi 19 juin 2017

Aquaviva tome 2 - Guillaume Trouillard - éditions de la Cerise - 2017



Aquaviva tome 2 - Guillaume Trouillard - éditions de la Cerise - 2017

Dans une ville ravagée, un homme déambule avec comme seul objectif celui de subsister. Une énième improvisation sur un thème classique qui parvient à nous éblouir par son innovation graphique constante. 


Réfugié au sommet d’un immense pylône électrique, un jeune homme blond, vêtu d’un simple maillot de bain sur lequel est inscrit « Aquaviva », tente d’échapper à ce qui s’apparente à une hyène à l’affut de la moindre nourriture à dévorer. Surplombant un monde détruit et entièrement composé de ruines et de fragments d’objets, il est le témoin d’une civilisation effondrée. Désireux de reprendre son exploration, il rencontrera au cours de son errance, outre les meutes d’animaux affamés, des hommes meurtris, d’autres formant des hordes qui succombent à une inquiétante sauvagerie. Seule parenthèse contemplative et amicale, le regard d’une femme permet d’imaginer encore un monde plus apaisé. Mais dans ces temps nouveaux où la survie est l’unique dessein, le danger n’est jamais loin et réserve constamment des confrontations inattendues. 

Le récit post-apocalyptique a offert à la bande dessinée des œuvres marquantes tels Simon du Fleuve, Jérémiah ou récemment le somptueux La Terre des fils de Gipi. Avec ce dernier, Aquaviva partage le goût pour un monde qui aurait non seulement été victime d’une destruction dont on ne connaît pas les tenants, mais qui en outre aurait perdu son ancien langage. Là où Gipi inventait une langue qui se serait appauvrie, Guillaume Trouillard lui substitue des sons illisibles, jusqu’à faire de son récit une aventure muette. Pourtant, les mots sont partout présents au sein des décors composés avec minutie par l’auteur. Chaque image est le fruit de l’agencement des matériaux les plus hétéroclites : photographies, lettrages, bandes de papiers, tâches, salissures… et le résultat est d’une confondante beauté. On connaissait la maestria graphique de l’auteur de Colibri ou de La saison des flèches mais ici, il se surpasse en nous offrant un rendu des plus inédits, frôlant constamment l’abstraction. La grande beauté du livre est que le récit n’en devient jamais désincarné mais tout au contraire semble se nourrir de ces éléments disparates. C'est par sa puissance visuelle, sa faculté à proposer de l’inédit que Guillaume Trouillard invente un monde, le rend tangible. Aquaviva est une expérience de lecture inespérée comme seul peuvent nous offrir les grands artistes. 

Aquaviva est diffusée exclusivement sur le site des Éditions de la Cerise. Le tirage est limité à 475 exemplaires numérotés et signés.
Chronique également disponible sur planetebd.com

Atelier Initiation au Fusain


L’image contient peut-être : une personne ou plusAtelier Initiation au Fusain

Le fusain souvent s'effrite quand on l'emploie. Il salit parfois autant la feuille que la main. Pourtant, il est un outil idéal pour apprendre à dessiner. Venez-vous essayer à son utilisation.

vendredi 9 juin 2017

Le coin de la BD "Musique"


"Le coin de la BD" "La musique dans la BD".
A l'occasion de la fête de la Musique, venez découvrir "La musique dans la BD" lors de la prochaine séance du Coin de la BD qui aura lieu le 20 juin à 17h30.

Le SingulierS Médiathèque, BOULEVARD JOSEPH ROSSELLI, Belleville (69)

mercredi 7 juin 2017

Mickaël ou le mythe de l’homme des bois, Fabien Grolleau, éditions Six Pieds sous Terre, 2017.


Mickaël ou le mythe de l’homme des bois, Fabien Grolleau, éditions Six Pieds sous Terre, 2017. 


Mickaël, garde forestier, voit sa vie s’écrouler lorsqu’il assiste -impuissant- à la mort d’un grand cerf dont il avait la charge. Démarre alors une errance au sein de la forêt Noire. Un voyage contemplatif empli de vivacité et d’émotion.

Mickaël, garde forestier œuvrant au sein de la forêt Noire, vit en parfaite harmonie avec la nature dans laquelle il a grandi. Sa présence est tolérée par les animaux, mais aussi par les braconniers repentis ou les bûcherons. Tout comme sa demeure « l’office de la Forêt Noire » imbriquée au sein des arbres, il ne semble faire qu’un avec un environnement qu’il s’efforce de protéger des agressions extérieures. Mais un matin, alors que Mickaël contemple cette nature dont il est garant, il assiste, impuissant, à la mise à mort du grand cerf par un braconnier en jogging. Saisi d’effroi face à la dépouille de cet ami agonisant qui lui affirme « Moi, je suis de la forêt », le garde-forestier démissionne et erre inlassablement. Non seulement il a échoué dans sa mission, mais il a compris que lui, ne serait jamais un élément de la forêt. « La forêt est la terre des bêtes sauvages. Nul homme n’y sera jamais le bienvenu. C’est comme ça, c’est la règle ancestrale de la forêt Noire ». Commence alors pour Mickaël un voyage introspectif et fantastique.

En 2016, Fabien Grolleau nous avait offert en tant que scénariste le somptueux Sur les ailes du monde, Audubon consacré à Jean-Jacques Audubon, naturaliste et peintre ayant sillonné les États-Unis au début du 19ème siècle. C’est ce même gout pour la nature, et sa sauvagerie, que l’on retrouve aujourd’hui dans Mickaël ou le mythe de l’homme des bois, projet sans doute le plus personnel de l’auteur et dont les prémisses étaient lisibles en ligne dès 2007. A la lecture du sous-titre de l’ouvrage, on pourrait imaginer être confronté à une thématique purement contemplative et naturaliste ou encore à une nouvelle ramification du livre Walden ou la vie dans les bois de Henry David Thoreau. Tout cela est vrai. Mais Fabien Grolleau réussit à s’émanciper de ses modèles en privilégiant dans son récit la fantaisie. On sera surpris à chaque instant d’y découvrir une nature qui parle, se réunit, disserte, une nature où les bûcherons ressemblent à s’y méprendre aux Pieds Nickelés, une nature qui évoque parfois l’expressionnisme des scènes nocturnes de La nuit du chasseur, plus que la retranscription contemplative d’un récit de voyage. Le trait de Fabien Grolleau s’apparente à une écriture faite de liberté et de vivacité. Quant aux lavis utilisés pour la mise en couleur, ils permettent d’évoquer des zones enfouies sans jamais les préciser. Au final, le plaisir de lecture est immense tant pour les yeux que par l’ingéniosité de l’écriture.
Chronique également disponible sur planetebd.com