lundi 5 décembre 2016

Satanie – Fabien Vehlmann / Kerascoët – éditions Soleil / collection Métamorphose – 2016.


Satanie – Fabien Vehlmann / Kerascoët – éditions Soleil / collection Métamorphose – 2016.



«Savez-vous qu’à ce jour, aucun savant n’a su expliquer la disparition de l’homme de Néandertal, contemporain de notre aïeul, l’Homo-sapiens? Ces êtres avaient pourtant un cerveau plus développé que le nôtre, une musculature d’athlète, une culture déjà élaborée...qu’a-t-il pu leur arriver? La théorie de Constantin est précisément qu’ils se sont exilés sous terre, par esprit d’exploration ou pour échapper à la glaciation qui s’abattait sur l’Europe!»

Constantin, jeune scientifique à l’origine de cette théorie, a disparu depuis plusieurs mois dans les entrailles de la terre, dans lesquelles il s’est plongé afin d’apporter la preuve que cette branche de l’évolution, ayant évolué sous Terre, existe. Ce territoire, il l’assimile à l’Enfer: la «Satanie».

Mué par le désir de le retrouver, mais aussi par la volonté de certain de prouver à leur tour l’existence de ce monde inconnu, une équipe s’enfonce à nouveau dans des profondeurs jamais atteintes. Très vite, ils y découvriront un monde oscillant entre le civilisé, le sauvage mais où règne un constant émerveillement.

Fabien Vehlmann et le duo Kerascoët, poursuivent enfin leur Voyage en Satanie, laissé inachevé en 2011, afin de nous proposer une somptueuse version intégrale de 126 pages.

Satanie est un livre au scénario immensément riche, qui fait une grande place en l’imaginaire et au romanesque. C’est en s’appuyant sur des failles de nos connaissances scientifiques, que Fabien Vehlmann, profite du moindre interstice pour évoquer un monde imaginaire, onirique, grouillant, et finalement porteur de réalité. Le fantastique se déploie, en parallèle à notre monde sans jamais oublier de conserver sa part de mystère, de véracité possible.

Faisant confiance au graphisme des Kerascoët, le récit mêle aventure, exploration, survie, quête initiatique...et purs moments de sidération visuelle. Car le voyage intellectuel est sans cesse doublé par un parcours sensoriel. Il n’est pas rare de s’arrêter un instant afin d’explorer, de se laisser absorber par la contemplation d’un paysage, d’une créature, d’une image dans son ensemble. Ce monde enfoui, en constante mutation, traversé par des accès de violence, mais vivant chaque instant comme unique, est rendu tangible avec grâce par le  duo de dessinateurs.

Reste à remercier la collection Métamorphose, dirigée par Barbara Canepa et Clotilde Vu, de nous avoir permis d’enfin achever cet inoubliable voyage en Satanie.






vendredi 2 décembre 2016

Le remarquable et stupéfiant MONSIEUR LEOTARD – Eddie Campbell & Dan Best – traduction de Martin Richet - éditions Çà et là – 2016.


Le remarquable et stupéfiant MONSIEUR LEOTARD – Eddie Campbell & Dan Best – traduction de Martin Richet - éditions Çà et là – 2016. 

Le nom d’Eddie Campbell est souvent associé à Alan Moore avec qui il a réalisé l’immense livre From Hell. Pour autant, limiter son importance à cette collaboration serait une erreur. Car depuis le début des années 80, Eddie Campbell, dessinateur et scénariste, a inventé certaines des bandes dessinées les plus enthousiasmantes de ces dernières années. Outre deux ouvrages adaptées de spectacles d’Alan Moore, La coiffe de naissance et Serpents et échelles, dans lesquelles il parvient à inventer un élan narratif inédit, on pense bien évidemment à l’autobiographique Alec, réalisée entre 1981 et 2002 et qui est selon nous une des œuvres majeures de l’autobiographie en bande dessinée, un véritable classique dont le champ d’investigation ne cesse de fasciner. Il faut citer aussi Le dramaturge, mêlant classicisme, humour et invention visuelle constante. Chacun de ces livres, publiés en France par les indispensables éditions Çà et là, ne cesse de fasciner par leur propos, mais aussi par leur imposante liberté formelle.

Le remarquable et stupéfiant MONSIEUR LEOTARD est la nouvelle œuvre d’Eddie Cambell. Il nous y raconte la vie rocambolesque d’Étienne, jeune homme ayant revêtu l’identité de son oncle Jules Léotard, trapéziste d’exception à l’importante notoriété. Le récit évoquera dans un élan ininterrompu les crimes de Whitechapel, le conflit franco-prussien, le naufrage du Titanic, l’île du diable ou la création de Superman. Monsieur Léotard et les membres de sa compagnie de cirque, aux étonnants pouvoirs, ne cessent de s’inventer des vies romanesques et aventureuses. A la fois marginaux et super-héros, ils se révèlent fascinants et emplis d’humanité.

Malgré l’extravagance de ce qui nous est conté, on a le sentiment que le livre est sous tendu par la réalité qui mêle faits historiques et romanesques en une même composante. Tout nous y émerveille, mais ne cesse de nous parler de notre monde.

Le graphisme d’Eddie Campbell n’a jamais semblé aussi libre. Travail sur la typographie, mise en page, utilisation des marges, production de fac-similés, couleurs fluides et expressives... tous les moyens offerts par son médium sont exploités avec envie et goût du jeu. Tout comme son héros, il se livre à un numéro d’acrobatie d’une élégance et d’une prouesse rare.