lundi 26 septembre 2016

L'essentiel des Gouines à suivre , 1987 - 1998 - Alison Bechdel - éditions Même pas mal - 2016.


L'essentiel des Gouines à suivre , 1987 - 1998 - Alison Bechdel - éditions Même pas mal - 2016.
 

Il faut remercier les éditions Même pas mal de nous faire découvrir aujourd'hui cette série réalisée par Alison Bechdel entre 1983 et 2008, relatant le quotidien de Mo, libraire lesbienne militante et de ses amies. Si l'entame de lecture nous laisse imaginer une suite de "strips" humoristiques autour de son personnage, très vite le livre acquiert une rare cohérence. A l'inverse des livres acclamés d'Alison Bechdel que sont Fun Home (2006, denoël graphic) ou C'est toi ma maman? (2013, Denoël Graphic), construits et pensés afin d'accéder à une perfection narrative "close", L'essentiel des Gouines à suivre parvient à utiliser le meilleur de la forme qu'est le feuilleton, en y puisant un souffle et une progression dans le récit d'une immense liberté. Le quotidien des jeunes femmes nous est conté avec une apparente simplicité, un humour constant mais la force des portraits ainsi que le propos s'enrichit page après page. Tout au long de quelques 200 pages, il sera question de la vie au quotidien, d'amour, de fidélité, de sexualité, d'homosexualité, d'homoparentalité,de mariage, de racisme, de militantisme...des sujets qui interpellent des personnages, toujours attachants, que vous croiserez tout au long de cet ouvrage mouvant. Ce que parvient à saisir Alison Bechdel, au delà de ce désir, commun à nous tous, de pouvoir mener l'existence que l'on souhaite, c'est la vie et le passage du temps. En cela, L'essentiel des Gouines à suivre est sans doute le plus beau livre d'Alison Bechdel.

vendredi 23 septembre 2016

Le suppléant - Fabrizio Puccinelli - éditions Héros-Limite - 2016 (1972) / Vessies et lanternes - Alain Chany - éditions de l'Olivier - 2016 (L'Ordre de dispersion ,1972- Le Cirque d'hiver,1979- Une sécheresse à Paris,1992).


Le suppléant - Fabrizio Puccinelli - éditions Héros-Limite - 2016 (1972) / Vessies et lanternes - Alain Chany - éditions de l'Olivier - 2016 (L'Ordre de dispersion ,1972- Le Cirque d'hiver,1979- Une sécheresse à Paris,1992).


Deux livres qui n'ont de prime abord peu de liens. L'un est italien est n'a jamais été traduit jusqu'à aujourd'hui, tandis que l'autre est français et se compose de l'ensemble de l'oeuvre d'Alain Chany datée de 1972 à 1992. Pourtant, la lecture de ces deux ouvrages éveille vite une proximité. Si tous deux privilégient le format court, ils invoquent tous deux la même nécessité de les lire avec attention, avec assiduité. Non seulement parce qu'ils ne répondent à aucun schéma narratif balisé: l'un semble se construite au fil des rencontres et des lieux, tandis que l'autre se laisse irriguer, et diriger, par sa langue. Mais aussi parce que la beauté de l'écriture qui les anime fait que l'on s'arrête souvent pour la contempler. Car oui, on la contemple, on l'observe, on la répète à haute voix tant elle procure un plaisir évident. Pour autant, elle est de part en part gorgée de sens, d'émotion, et de mélancolie. A aucun moment elle ne se contente de sa propre forme, de n'être que jeu. Avec des registres différents, Fabrizio Puccinelli nous délecte par sa simplicité et son attention au détail, tandis qu'Alain Chany embrasse la grâce et le cynisme dans un même mouvement, les deux écrivains nous offrent d'incroyables instantanés d' eux et de l'époque dans laquelle ils habitent. Sans savoir répondre de façon raisonnée à la question: qu'est-ce que l'écriture?, la lecture de ces deux ouvrages nous en aura laissé entrevoir un magnifique aperçu. 



jeudi 22 septembre 2016

Duel Graphique Blutch vs Catherine Meurisse - 17 Septembre - 2016

Comme l'ombre qui s'en va - Antonio Munoz Molina - éditions Seuil - 2016

Comme l'ombre qui s'en va - Antonio Munoz Molina - éditions Seuil - 2016

Comme l'ombre qui s'en va alterne deux récits ayant comme cadre géographique la ville de Lisbonne. Dans l'un d'eux, Antonio Munoz Molina nous narre son entrée dans l'écriture et un second où il revient sur le parcours de James Earl Ray assassin de Martin Luther King qui se cacha un temps dans cette même ville. Ni roman policier, ni ouvrage "enquête" sur un homme, le livre est avant tout un magnifique hommage à la littérature. L'auteur y décortique son amour pour cette discipline (l'écriture mais aussi la lecture) , l'analyse, la fait vibrer, afin de le rendre tangible et de lui rendre toute sa nécessité. Les passages consacrés au meurtrier en deviennent quant à eux la brillante mise en application. L'écrivain nous laisse entrevoir une psychologie fictive du personnage, transformant des faits réels en éblouissante oeuvre littéraire. Captivant, émouvant, Comme l'ombre qui s'en va est un de ces ouvrages emplis d'instants de grâce, et qui ne peut être le fruit d'un immense auteur dont la croyance en son médium reste intacte.

mardi 20 septembre 2016

Matteo a perdu son emploi - Gonçalo M. Tavares - éditions Viviane Hamy - 2016.

Matteo a perdu son emploi - Gonçalo M. Tavares - éditions Viviane Hamy - 2016.


Surprenant et divertissant, Matteo a perdu son emploi , peut se lire comme un exercice de style dans lequel on ne cesse de tenter d'en découvrir la clé. A travers la mise en scène de personnages dont l'entrée en scène se fait dans l'ordre alphabétique de leur nom, l'auteur joue à tisser des liens entre chacune des histoires qui nous est contée. Chacune faisant partie d'un grand tout, et chacune nous laissant entrevoir la possibilité d'un champ infini de lecture. A la fin de l'ouvrage l'auteur écrit: " Matteo a perdu son emploi pourrait commencer n'importe où. Ce qui ne serait pas possible (...) La hiérarchie par l'alphabet n'est donc pas un jeu d'enfant. Elle peut représenter le salut (ils ont déjà passé ma lettre), une condamnation (c'est moi!), ou encore le temps de la menace suspendu (ils n'en sont pas encore à ma lettre)." Le livre au final se présente comme un petit essai revigorant quant aux possibles de la littérature.

lundi 19 septembre 2016

Cartel - Don Wislow - éditions Seuil - 2016.

Cartel - Don Wislow - éditions Seuil - 2016.


Don Wislow nous revient avec cette suite à La griffe du chien paru en 2007. Pour le lecteur non initié, il convient de préciser que ce nouvel opus peut se lire de façon autonome. On y retrouve les personnages d'Adan Barrera et d'Art Keller, ennemis mortels, dans un Mexique dévasté par la lutte pour le pouvoir entre narco-trafiquants.
Cartel ne se résume pas à ses personnages, tant il apparaît comme un roman monde, fou, brassant histoires individuelles, explications géopolitiques... et de poignants portraits de femmes osant seules se dresser face à cette mainmise de la violence. Si le roman se révèle éprouvant à la lecture, notamment certaines scènes de tortures, il est habité d'une
même beauté, d'un même lyrisme, d'une même lassitude que son lointain cousin cinématographique qu'est L'impasse de Brian de Palma.
Quand le roman noir est à son sommet, il est de la grande littérature.

samedi 17 septembre 2016

Quelques questions à Max de Radiguès à propos de Weegee, serial photographer Max de Radiguès / Wauter Mannaert – éditions Sarbacane – 2016).


Quelques questions à Max de Radiguès à propos de Weegee, serial photographer Max de Radiguès / Wauter Mannaert – éditions Sarbacane – 2016).

Weegee, serial photographer met en scène une partie de la vie de Weegee (1899-1968), photographe connu pour ses vues des nuits de New York. Une partie de son œuvre présente des faits divers sordides avec une certaine complaisance. On pense souvent à la vue de ses clichés aux grands romans et films noirs.

La biographie en bande dessinée est un genre en vogue et ne conduit pas toujours aux albums les plus passionnants. Cependant, les récentes réussites du Glen Gould de Sandrine Revel ou le
Sur les ailes du mondes consacré à Audubon de Grolleau / Royer nous ont convaincu que dans ce torrent de publications biographiques réside d'authentiques lieux de rencontres entre auteurs. Wegee Serial photographer est de ceux là. Sans doute parce qu'il ne se sent pas obligé ne nous fournir une chronologie exhaustive de la vie du photographe. Mais aussi parce qu'il a comme parti pris de faire de la frénésie de la ville son héroïne. Bien sûr il y a de l'ambiguïté dans l'ambition de Weegee, dans sa volonté de mettre en scène les événements les plus effroyables afin d'obtenir le cliché le plus esthétique et vendeur. Au cours d'une page, une réplique de l'intéressé " C'est les gens de mon quartier qui s'entretuent... Il faut bien que quelqu'un en ait quelque chose à foutre" laisse imaginer une intention plus noble et viscérale. Entre insatisfaction chronique, goût pour le sordide, et malgré tout fulgurances poignantes, le portrait dressé par le scénariste Max de Radiguès se révèle une réussite. Quant à la mise en images offerte par Wauter Mannaert, elle parvient à la fois à rendre hommage au photographe tout en dressant une virée sensible dans ce New York désormais mythique.

C'est avec une grande générosité, et gentillesse, que Max de Radiguès, dont nous apprécions particulièrement les livres, a accepté de répondre à nos questions.


1° Comment s'est faite la rencontre avec l’œuvre et la vie de Weegee?

En 2009, j’ai fait un 24h de la bande dessinée à quatre mains avec mon ami Alec Longstreth. On s’était donné comme contrainte de faire un récit qui se passait dans le New York des années 40. On a pris pleins de livres de photos à la bibliothèque dont un de Weegee. Son travail m’a tout de suite surpris par sa violence mais aussi par son humour. J’ai reçu un an plus tard son autobiographie et j’ai tout de su que je voulais essayer d’en faire quelque chose.

2° Il existe actuellement une "mode" de la biographie en bandes dessinées. La vôtre s'en distingue, notamment en évitant la représentation exhaustive du personnage. L'autobiographie de Weegee (éditions Table ronde - 2009) offrait un matériel suffisant pour parler de son enfance, de ses différents métiers... pourquoi ce parti pris de nous conter seulement un "épisode" de la vie du photographe?

J’ai fait énormément de versions du scénario. Dans certaines, je parlais de toute sa vie en ordre chronologique, dans d’autres, j’avais intégré des flashbacks. Mais au final, j’ai décidé de prendre de la distance par rapport à tout ce que j’avais lu et d’essayer d’écrire un récit et non une biographie. Je ne suis d’ailleurs pas trop attiré par les biopics en BD, ce qui m’intéresse c’est de raconter des histoires. Je me suis donc concentré sur la partie de sa vie qui me semblait la plus riche et j’ai écrit un scénario d’après ce que j’avais lu mais sans retourner vérifier mes dires. Je voulais me réapproprier le personnage. Je précise au début du livre que c’est une fiction inspirée par la vie du photographe.

3° Weegee semble partagé entre un "amour" pour sa ville et une volonté démesurée de notoriété. De même, votre livre est à la fois un portrait de cet homme ambigu mais aussi une déambulation majestueuse -et nocturne- dans la ville. Était-ce contenu dès votre scénario initial ou la rencontre avec le graphisme de Wauter Mannaert a transformé votre projet ?



Dés le début, la ville de New York, particulièrement la nuit, était un personnage du livre. Et Wauter s’est emparé de l’ambiance du Lower East Side et de ses habitants avec brio.

4° Pouvez-vous nous expliquer comment se déroule votre travail de scénariste? Avez-vous écrit préalablement un texte très complet à destination de Wauter Mannaert ? Le récit s'est-il modifié progressivement ? Avez-vous participé à l'élaboration du découpage ?...


Comme je le disais précédemment, j’ai fait de multiples versions du scénario (16 versions ?). Au début, je faisais un découpage dessiné que je ne montrais pas à Wauter, je retapais tout à l’ordinateur pour qu’il puisse s’approprier le rythme du récit. Après quelques versions du scénarios, je ne devais plus passer par l’étape dessinée et tapais le tout directement à l’ordinateur.


Depuis une dizaine d'années vous publiez des bandes dessinées pour lesquelles vous êtes à la fois dessinateur et scénariste. A ma connaissance, Weegee est le premier livre où vous endossez uniquement le rôle de scénariste. Ce choix de ne pas réaliser la partie graphique est-il venu de votre propre intention ?

Au tout début, j’ai fait des essais de dessins pour le récit et je me suis vite rendu compte que je perdais beaucoup de la richesse de l’ambiance avec mon dessin qui est très épuré. Il s’est vite imposé à moi-même que si je voulais raconter cette histoire, je devais avoir un dessinateur qui pouvais faire justice au scénario. Wauter est en atelier avec moi et ça s’est fait très naturellement.


6° Vos ouvrages précédents apparaissent pour moi comme des sortes de cousins à ceux de Michel Rabagliati, Pascal Girard... Pouvez-vous nous parler des bandes dessinées qui ont fait que vous avez eu vous-même envie de devenir un auteur ? La bande dessinée d'Amérique du Nord a-t-elle fait partie de votre parcours ?


Une des bandes dessinées qui a été importante pour moi est Shenzen de Guy Delisle. C’est le premier livre de l’Association que j’ai lu et il m’a ouvert la porte vers la bande dessinée indépendante. Et puis, il y a eu la découverte d’auteurs bruxellois du milieu du fanzine comme David Libens. Et enfin, par son intermédiaire, la découverte de la bande dessinée indépendante américaine avec en tête de fil John Porcellino. J’ai aussi vécu 1 an dans le Vermont dans un petit village où se trouve le Center for Cartoon Studies. J’y ai fait plein de rencontres et de découvertes. J’ai d’ailleurs traduit certaines de ces découvertes à l’employé du Moi comme Alec Longstreth, Ken Dahl, Charles Forsman et Joseph Lambert.

jeudi 15 septembre 2016

L'échange - Eugenia Almeida - éditions Métailié - 2016.


L'échange - Eugenia Almeida - éditions Métailié - 2016.


A la suite d'une altercation avec un inconnu, une jeune femme se suicide. Simple fait divers selon la police, mais qui plonge le journaliste Guyot dans une quête obsessionnelle afin de comprendre ce qui a sous tendu ce geste.
Avec L' échange, Eugenia Almeida nous offre un portrait de l'Argentine contemporaine marquée par l'obligation de ne pas convoquer son passé récent, celui d'une effroyable dictature. Chaque individu semble l'outil d'un ensemble, d'un système, qui le dépasse et qu'il ne faut surtout mettre en lumière . "C'est une partie d'échecs, quelqu'un qui observe et découvre que son adversaire est particulièrement maladroit, qu'il ne voit pas la totalité du plateau, qu'il n'a pas de stratégie et qu'il perd des pièces" . On cherche sans cesse à se construire son histoire, mais les zones d'ombres paraissent encore inexpugnables. L'équilibre tout entier d'un pays semble alors reposer sur cette volonté de faire silence. L'échange est un roman paranoïaque passionnant dans lequel la fiction devient documentaire, tant elle nous dévoile par des chemins de traverse la réalité la plus constitutive, et la plus enfouie, d'un pays.


mercredi 14 septembre 2016

Weegee, Serial photographer – Max de Radigues / Wauter Mannaert – éditions Sarbacane – 2016


Weegee, Serial photographer – Max de Radigues / Wauter Mannaert – éditions Sarbacane – 2016


L’ouvrage proposé met en scène une partie de la vie de Weegee (1899-1968) photographe connu pour ses vues des nuits de New York. Une partie de son oeuvre, présente des faits divers sordides avec une certaine complaisance. On pense souvent à la vue de ses clichés aux grands romans et films noirs.

La biographie en bande dessinée est un genre en vogue et ne conduit pas toujours aux albums les plus passionnants. Cependant les récentes réussites du Glen Gould de Sandrine Revel ou le Sur les ailes du mondes consacré à Audubon de Grolleau / Royer nous ont convaincus que dans ce torrent de publications biographiques réside d'authentiques lieux de rencontres entre auteurs. Wegee Serial photographer est de ceux là. Sans doute parce qu'il ne se sent pas obligé ne nous fournir une chronologie exhaustive de la vie du photographe. Mais aussi parce qu'il a comme parti pris de faire de la frénésie de la ville son héroïne. Bien sûr il y a de l'ambiguïté dans l'ambition de Weegee, dans sa volonté de mettre en scène les événements les plus effroyables afin d'obtenir le cliché le plus esthétique et vendeur. Au cour d'une page une réplique de l'intéressé " C'est les gens de mon quartier qui s'entretuent... Il faut bien que quelqu'un en ait quelque chose à foutre", laisse imaginer une intention plus noble et viscérale. Entre insatisfaction chronique, goût pour le sordide, et malgré tout fulgurances poignantes, le portrait dressé par le scénariste Max de Radigues se révèle une réussite. Quant à la mise en images offerte par Wauter Mannaert, elle parvient à la fois à rendre hommage au photographe tout en dressant une virée sensible dans ce New York désormais mythique.

mardi 13 septembre 2016

Le verger de marbre - Alex Taylor - éditions Gallmeister - 2016.

Le verger de marbre - Alex Taylor - éditions Gallmeister - 2016.



Suite à une altercation survenue sur la barge sur laquelle il travaille, Beam tue un homme qu'il ne connaissait pas avant cette courte traversée. S'en suivra une course-poursuite avec la famille du défunt émaillée de nombreuses révélations quant au passé de Beam lui-même.
Roman noir à l'écriture rugueuse, Le verger de marbre vous séduit par la folie de ses personnages, qui semble irradier jusqu'aux paysages dans lesquels ils s'animent. Les thématiques somme toutes assez classiques dans la littérature américaine -filiation, rédemption...- sont magnifiées par une incarnation vénéneuse tout au long de ce terrifiant chant obscur.

lundi 12 septembre 2016

Nos âmes la nuit - Kent Haruf - éditions Robert Laffont / Pavillons - 2016.

Nos âmes la nuit - Kent Haruf - éditions Robert Laffont / Pavillons - 2016.


Un jour, Addie, se décide à aller parler à son voisin Louis afin de lui faire une étonnante proposition: pourquoi ne viendrait-il pas la rejoindre le soir afin de partager des moments ensemble, et surtout d'emplir cette solitude qui les accompagne depuis que chacun, désormais septuagénaire, vit le veuvage. Louis accepte. C'est ainsi, que se tisse lentement une relation entre eux, qui les amènera à devenir complice, à partager leurs quotidiens, mais aussi à raconter leur vie d'avant, avec celui/celle qui a partagé leurs vies pendant de si nombreuses années.
Ce dernier roman écrit par Kent Haruf avant sa disparition est une merveille de finesse autant qu'un bouleversant roman d'adieu. C'est avec pudeur et sensibilité que les deux personnages vont apprendre à se connaître, et à ré-envisager de se confier à l'autre. Livre bilan d'une vie, aussi bien qu'élan vital pour la poursuivre (malgré tout), Nos âmes la nuit est un de ces textes qui sous une apparente simplicité vous accompagne au point de devenir probablement un classique de votre bibliothèque.

samedi 10 septembre 2016

I need you - Nick Cave and the bad seeds - 2016.

Le poison - Charles Jackson - éditions Belfond - 2016 (1944).

 Le poison - Charles Jackson - éditions Belfond - 2016 (1944).

Publié en 1944 aux Etats-Unis, Le poison bénéficie aujourd'hui d'une réédition dans la belle collection Vintage chez Belfond. Charles Jackson y conte avec une acuité sidérante la dérive de Don Birman en proie aux affres de l'alcoolisme. S'éloignant de toute propension au romantisme, ou au lyrisme, qui pourrait naître de cette addiction, telles que lues dans les romans de Charles Bukowski, Dan Fante ou autres maîtres de la littérature américaine. L'auteur se centre sur son personnage et nous laisse vivre avec lui ses trahisons, ses manquements, ses lâchetés...et toutes ces choses qu'il sacrifie au nom de son désir d'ivresse. On quitte l'ouvrage écoeuré, désespéré par tout ce gâchis, mais avec l'intime conviction d'avoir lu un grand livre.


vendredi 9 septembre 2016

M pour Mabel - Helen Macdonald - Fleuve éditions - 2016.

M pour Mabel - Helen Macdonald - Fleuve éditions - 2016.


Submergée par l'annonce du décès de son père, Helen décide de réaliser son rêve d'enfance : acheter un autour, oiseau de proie prédateur. C'est cet apprentissage de la fauconnerie, notamment à travers l'évocation des ouvrages de T. H. White, ainsi qu'un véritable travail d'introspection auquel l'auteur va se livrer.
Étrange livre que ce M pour Mabel, tant il avance masqué. Derrière l'image du rapace choisie pour illustrer la couverture se cache un récit à tiroir, allant du documentaire au récit de deuil, le tout accompagné d'un véritable souffle qui ne se dément jamais. On est séduit et ému par ce portrait à nu, bouleversant témoignage de l'évolution de son auteur.

jeudi 8 septembre 2016

Station eleven - Emily st. John Mandel - éditions Rivages - 2016.

Station eleven - Emily st. John Mandel - éditions Rivages - 2016.


Étonnant livre que ce Station Eleven. On doit à son auteur un des plus beaux polars que l'on ait lu ces dernières années: Dernière nuit à Montréal en 2009. Puis, l'enthousiasme fut moins présent pour ces deux opus suivants: On ne joue pas avec la mort (2010) suivi de Les variations Sebastian (2013). On y retrouvait sa capacité à faire vivre ses personnages, et une atmosphère brumeuse si caractéristique de son travail. Mais au final, on était resté sur une impression un peu vaine dans l'utilisation de ces moyens.
On est donc enthousiaste et inquiet lorsqu'arrive ce nouveau titre.
La surprise vient tout d'abord du fait que l'on est face à un point de départ romanesque proche des films catastrophes américain: une pandémie de grippe s'étend sur l'ensemble de notre planète et provoque mort, désolation et effondrement des fondements mêmes de notre civilisation. Mais que les passionnés de récits narrant la fin du monde soient prévenus, ce livre est avant tout focalisé sur les liens entre les personnages, et sur leur intimité. Ce "cataclysme" apparait dès lors comme un jalon, un "an 1" vers autre chose. Il y a ceux qui se souviennent de l'avant (l'électricité, les avions, un certain confort...) et ceux qui sont nés après. Emily St. John Mandel tisse constamment des liens entre ces différentes périodes et parvient à s'extraire du simple récit de "survie" -même si les passages en questions sont une réussite- afin de nous offrir de beaux portraits d'hommes et de femmes en quête de repères.

mercredi 7 septembre 2016

L'été où nous sommes , nouvelles du Maine - Ann Beattie - éditions Christian Bourgois - 2016.

L'été où nous sommes , nouvelles du Maine - Ann Beattie - éditions Christian Bourgois - 2016.


Se plonger dans un livre d' Ann Beattie, s'est l'assurance de découvrir ce que peut nous offrir de mieux un recueil de nouvelles. Toutes se révèlent porteuses d'un monde en soi, d'une totale complétude, qui fait de chacun de ses ouvrages une véritable pièce d'orfèvre. Par ces portraits  toujours lumineux, quelles que soient les failles qui les animent, elles parvient à nous captiver tout en ne laissant jamais de côté la sociologie des personnages qui s'animent. Pas d'intrigue, ni de dénouement spectaculaire, juste l'assurance d'être au plus près des êtres et de leurs sentiments. La légèreté qui traverse l'ensemble des nouvelles est au final porteuse d'une immense émotion. 


mardi 6 septembre 2016

La sainte famille - Florence Seyvos - éditions de l'Olivier - 2016.

La sainte famille - Florence Seyvos - éditions de l'Olivier - 2016. 

Trois ans après le bouleversant Garçon incassable, Florence Seyvos nous revient avec un nouveau roman intitulé La sainte famille. A travers l'évocation des souvenirs d'enfance de Suzanne, l'auteur va nous offrir un texte d'une subtile beauté. On est sans cesse partagé entre un sentiment de confort, d'apesanteur, lié à ce survol d'années passées, et de douleur tant les liens entre chacun y ont parfois été fragiles. Le texte baigné de grâce d'un bout à l'autre parvient à camper des personnages inoubliables. Comme à son habitude, l'art de Florence Seyvos, est de faire confiance non seulement en la force de l'écriture, mais aussi en la capacité du lecteur d'aller au delà de ce qui est raconté. Ainsi, le roman d'apparence simple semble très vite se déployer vers une richesse émotionnelle intense et inexprimable.

Une sorte de cousin littéraire de la chanson Mon enfance de Barbara dans laquelle on entendait:

"Pourquoi suis-je donc revenue
seule au détour de ces rues?
J'ai froid, j'ai peur, le soir se penche.
Pourquoi suis-je venue ici,
où mon passé me crucifie?
Elle dort a jamais mon enfance. "

lundi 5 septembre 2016

Les bottes suédoises - Henning Mankell - Seuil 2016.

 Les bottes suédoises -  Henning Mankell - Seuil  2016.

                    « les arbres sont beaux en automne
                    mais l'enfant qu 'est il devenu
                    Je me regarde et je m'étonne
                    de ce voyageur inconnu
                    de son visage et ses pieds nus. »

                    J'arrive où je suis étranger - Louis Aragon


    Le dernier roman d' Henning Mankell, décédé en octobre dernier. Les amateurs de l'auteur suédois avaient salué la parution en  2009  de  les chaussures italiennes  ; roman que l'on pouvait qualifier d'existentiel, tournant autour de  Fredrik Wedlin, médecin retraité, suite à un grave incident professionnel, vivant sur un îlot plein nord, dans une petite maison construite par son grand  père. Les réflexions de Wedlin nous faisaient irrémédiablement penser à Mankell. Que mettait il de lui dans ce personnage à la fois rustre et attachant? On savait qu'il écrivait , ou écrirait, une suite à ce roman, et il nous l'offre à titre posthume. Une merveille d''écriture, de construction narrative...et d'humanité.
Wedlin a soixante-dix ans, sa maison sur l'île vient de brûler, détruisant tous les souvenirs d'une vie...ainsi que les chaussures italiennes. Moment propice à un retour sur sa vie et ce qu'il en reste : « cette broche appartenait à la merveilleuse paire de souliers que m'avait offerte autrefois Giaconelli, l'ami de ma fille , le maître bottier des fortes de Hälsingland. C'est à cet instant que j'ai compris que j'avais réellement  tout perdu. De mes soixante-dix ans de vie, il ne restait rien. Je n'avais plus rien. »

 Petit à petit le roman sa construit sur un dialogue entre un homme prenant conscience de son âge, ses premières faiblesses,  tant affectives que  physiques et  une enquête sur les causes de l'incendie .

On est à la fois surpris et heureux de la conclusion, surtout la phrase ultime de Mankell / Wedlin :

« L'automne serait bientôt là.mais l'obscurité ne me faisait plus peur. »

samedi 3 septembre 2016

Une comédie des erreurs - Nell Zink - éditions Seuil - 2016.

Une comédie des erreurs - Nell Zink - éditions Seuil - 2016. 


Dans cette Comédie des erreurs, Nell Zink nous fait découvrir les errances d'une famille qui se rêve un instant (relativement) classique avant d'imploser. "Relativement" parce que dès le départ, l'imagerie n'est pas respectée car elle est lesbienne et lui homosexuel affiché. Elle finira par enlever leur fille, laissant à lui le rôle d'élever leur fils. Le jeu de rôle ne s'arrête pas là, car afin de ne pas être retrouvé, elles vont usurper l'identité d'une femme noire et de sa fille. Pourtant elles sont blanches.
Le terme "comédie" est bien choisi pour qualifier ce roman tant le livre navigue dans des eaux qui pourraient heurter une Amérique bien pensante et blanche, et qui pourtant n'y attache aucune gravité. On est séduit par la vivacité de l'écriture et la sympathie qui anime chacun des personnages que l'on rencontrera en chemin. Sans doute nombre d'entre elles sont égarées, accumulent des erreurs et des mauvais choix, mais toutes nous emplissent de joie jusqu'au final à la hauteur d'une belle comédie.

vendredi 2 septembre 2016

La maison de vos rêves - Martti LINNA - Gaïa éditions - 2016.


 La maison de vos rêves - Martti LINNA -  Gaïa éditions - 2016.


La Finlande revient avec Martti Linna dont le premier roman,    Le royaume des perches , nous avait surpris agréablement On continue d' explorer l'univers symbolique finnois . Par delà toute la tradition culturelle, historique de la Finlande, liée au travail du bois, nous explorons au sens fort du terme ce que devient cette tradition au travers d'une entreprise s'inscrivant dans la mondialisation, qui conçoit des maisons en rondins et exporte ses réalisations dans le monde entier. Dès le début nous sommes entraînés dans un village Potemkine,construit pour attirer les acheteurs, dans un lieu idyllique près d'un lac. Village au nom de l'entreprise, marquée de l'humour de l'auteur: Haliwood. Deux frères dirigent cette entreprise Timo et Mauri Vuoliaisen. A deux reprises quelqu'un a essayé d'éliminer Mauri. Qui en veut à ce jeune chef d'entreprise et pourquoi? Nous retrouvons sur l'enquête l'inspecteur Sudenmaa, séparé de sa femme et toujours en charge de sa fille , adolescente et donc difficile aux yeux de son inspecteur de père :  « ce qui expliquerait. Peut être , pourquoi, le samedi soir, tant de gamins de douze ans sortaient en ville , une bouteille à la main et que des filles à peine pubères essayaient de se donner des allures de femmes fatales. La faute à l'effet de serre et au réchauffement climatique qui avaient changé les êtres humains en fruits. Arrivés à maturité, ils n'évoluaient plus. »
Dès le début de l'enquête, on comprend que Sudenmaa se méfie de l'aspect accueillant et chaleureux de cette entreprise qui fidèle aux critères en cours de management évalue et contrôle le moindre geste de ses employés : Le planton à l'entrée : « il devait, se sentir comme Saint Pierre si on avait organisé simultanément une journée portes ouvertes et une Happy hour au paradis. »...même le logo de l'entreprise mérite une réflexion acerbe :  «  C'était à cette fin que les entreprises investissaient des sommes faramineuses dans des gribouillages et autres barbouillages baptisés logos. Pour inciter les gens à convoiter ce qu'ils ne possédaient pas encore. »
Martti Linna au travers d'un récit critique , et plein d'humour , touchant le comportement de ses contemporains, nous conduit à regarder derrière l'apparence policée du monde du travail pour découvrir la misère psychologique et les comportements obscènes qui s'y cachent.