dimanche 28 juin 2015

Quelques questions à Edith concernant Le jardin de minuit aux éditions Soleil / Noctambule – 2015.



Quelques questions à Edith concernant Le jardin de minuit aux éditions Soleil / Noctambule – 2015.

On a découvert le travail d'Edith avec la très belle série Basil et Victoria. On a suivi d'autres titres tels le Trio Bonaventure, l'adaptation des Hauts de Hurlevent ou le récent La chambre de Lautréamont. Chacune de ces propositions se caractérise par un même désir de raconter des histoires, par une recherche incessante quant aux possibilités offertes par la couleur, par une vivacité du trait et une captation originale du sentiment d'enfance. Avec Le jardin de Minuit, Edith adapte un roman important de la littérature jeunesse anglo-saxone, Tom et le jardin de minuit, paru en 1958. C'est peut-être parce que ce Jardin de minuit est la première réalisation d'Edith sans scénariste qu'une place si grande est laissée à la contemplation du paysage, à la lumière qui inonde l'espace, à des images qui n'ont d'autre fonction que celle d'être là, sans contrainte de texte. On est séduit par le sentiment, entre mélancolie et plénitude, que provoque en nous cet ouvrage. Si le livre est raconté du point de vue de l'enfant, et évoque avec sensibilité l'enfance, il s'adresse aussi -surtout ?- aux adultes. C'est pour évoquer ce bel ouvrage, jalon dans l’œuvre de l'auteur, que l'envie nous est venue de vous proposer un entretien avec Edith. Celle-ci a accepté avec gentillesse et enthousiasme de répondre à nos questions, qu'elle en soit ici remerciée. On la remercie également de nous avoir confié des illustrations inédites pour accompagner cet entretien.


1° Dans votre parcours d'auteure de bandes dessinées, vous avez travaillé de façon récurrente avec deux scénaristes, Yann (Basil et Victoria, Les Hauts de Hurlevent) et Corcal (Le trio Bonaventure, Eugène de Tourcoing-Startrec, La chambre de Lautréamont). Le jardin de minuit, même s'il est une adaptation d'un roman existant, me semble être votre premier ouvrage entièrement en solitaire. Pouvez-vous nous raconter comment est née l'envie de cet ouvrage ?

Suite à une proposition de la directrice de la collection Noctambule, Clotilde Vu, de travailler sur une adaptation, j'ai choisi le roman jeunesse de Philippa Pearce, Tom' s Midnight garden, que j'avais découvert adulte et qui m'avait profondément marquée. Je l'avais relu plusieurs fois depuis, avec toujours le même plaisir. Du coup l'adaptation en a été facilitée car j'avais une idée assez précise de ce que je voulais montrer de l'histoire. Et j'ai découvert le plaisir de travailler seule la narration et le découpage. Du coup, je me suis sentie très libre sur le rythme et l'écriture de l'album .

2° Vous avez fait partie de l'atelier Asylum dans lequel on retrouvait également Riff Reb's, Cromwell ou Qwak. Au début des années 90, vous publiez avec Yann les premiers tomes de la série Basil et Victoria (Alph-Art du meilleur album à Angoulême pour le second opus en 1992), tandis qu'en même temps Riff Reb's nous offrait l'inoubliable Myrtil Fauvette, Cromwell Minettos Desperados et Qwak Le soleil des loups. Pouvez-vous nous parler de cet «atelier Asylum», et nous dire s'il regroupait des caractéristiques et des désirs communs entre les différents auteurs qui le composaient ?

Quand je suis arrivée à l'atelier Asylum, Riff, Cromwell et Qwak étaient sur des projets personnels ou de commande. Pour ma part, je squattais une place dans l'atelier mais n'avais pas encore de projet d'album. J'ai donc fait mes débuts en BD là-bas et ai beaucoup appris de ces trois dessinateurs, pas seulement en dessin et en narration, mais aussi en culture Bd et illustrations, culture que j'avais abordé tardivement avec toutes les lacunes que cela entraînait. Le principal désir commun était sans doute de bousculer les codes, de créer dans l'énergie. C'était un état d'esprit en phase avec l'époque, avec nos goûts musicaux et artistiques en général... Après, chacun avait ses propres références qui, si elles n'étaient pas très éloignées, ont fait que la personnalité de chacun est bien présente dans les albums . 

 
3° Une des caractéristiques de votre travail est de nous offrir des livres dont la frontière entre bande dessinée dite adulte et jeunesse est poreuse. Ainsi, Basil et Victoria, le Trio Bonaventure ou Les Hauts de Hurlevent sont de magnifiques ouvrages sur le thème de l'enfance, mais ne se cantonnent pas à ce public. Avec Le Jardin de minuit, aviez-vous l'intention de réaliser un album «jeunesse», «adulte», ou cette question ne rentre-t-elle pas en compte lors de la réalisation ? En quoi ce thème de l'enfance si présent dans la plupart de vos livres est-il source d'inspiration et que vous permet-il ?

J'ai adapté Tom's Midnight garden en pensant d'abord à un public adulte. Le thème du souvenir des images d'enfance ne semble évidemment perceptibles qu'avec le recul. Mais j'espérais aussi qu'une lecture par des plus jeunes lecteurs soit possible. Et de fait, il semblerait, à entendre les retours sur cet album, que ce soit réellement un album tout public et je suis fière d'avoir réussi ça. Pour cet album, comme pour la série Basil et Victoria, il y a un malentendu possible au départ, du fait de réaliser des albums pour ado/adultes avec des personnages d'enfants. Mais je n'ai pas vraiment choisi. Je dessine mieux les enfants que les adultes, je me sens plus à l'aise avec les proportions, et pour les faire bouger ....

4° Depuis vos premiers albums, votre utilisation de la couleur est extrêmement personnelle et séduisante. Se replonger dans La chambre de Lautréamont (2012) est un bon exemple des audaces dont vous êtes capable en ce domaine. Avec Le Jardin de minuit, on est à nouveau séduit par les contrastes des constants allers-retours entre scènes d'intérieur et d'extérieur, les uns froids et lisses, les autres gorgés de lumière, de variété. On imagine difficilement un de vos ouvrages colorisé par un autre que vous. Quel rôle lui prêtez-vous ? Pouvez-vous nous parler des techniques que vous employez à cet effet ? 

Effectivement, je ne peux pas penser le dessin sans la couleur. Pour être plus précise, je ne peux pas penser le dessin sans la lumière. La couleur vient juste après. Et donc, sauf pour un challenge, une expérience (ça pourrait être marrant de voir ce que ça donnerait), je ne me vois pas confier la couleur à quelqu'un d'autre .
Ma technique a beaucoup évolué. Dans les premiers albums de la série Basil et Victoria, j'ai travaillé en couleurs directes sur des papiers couleur. Puis je suis passée aux couleurs directes (en mode bricolo, encre acryliques, crayons, gouaches...) sur papier blanc. Et sur les deux derniers albums, La Chambre de Lautréamont et Le Jardin de Minuit, j'ai "encré"(bic ou roller) sur papier et posé la lumière avec un lavis couleur, ensuite j'ai scanné, monté les planches si nécessaire et la couleur est réalisée sur ordinateur.


5° Votre travail d'auteure de bandes dessinées est accompagné de la publication d'albums jeunesse réalisés majoritairement en collaboration avec Rascal (voir le magnifique et récent Ogre vole), mais également d'illustrations de romans. On découvre également dans Anita Bomba comics (uniquement sur commande sur le site : www.akileos.com) de savoureux strips que vous mettez en scène sur des scénarios de Catmalou. Pouvez-vous nous parler de vos différents projets ou envies en cours dans l'ensemble des domaines dans lesquels vous exercez ?

J'aime bien alterner, quand cela est possible, la réalisation d'un album BD et celle d'un album jeunesse. Pouvoir passer de la bande dessinée à l'illustration est un vrai plaisir. Je profite des projets d'albums jeunesse pour expérimenter graphiquement, ce qui est plus difficile en BD. Pour le moment je travaille sur un album jeunesse avec Rascal, L'œuf du loup . Parallèlement à ça, j'ai effectivement un projet de strips, Les brèves de Mimosa, avec Catmalou,  la scénariste du Dernier de Mohicans de Cromwell. Pour l'instant, je me constitue une provisions de strips et enclencherait réellement le projet quand j'en aurais quelques dizaines dans les cartons. Quant aux projets BD c'est encore assez flou, même si je ne dirais pas non à un nouveau projet d'adaptation. Mais je n'ai, pour l'instant, pas encore trouvé un livre aussi inspirant que Tom et le Jardin de Minuit. Je cherche ...


mercredi 24 juin 2015

Eclaircies sur le terrain vague - Christian Rosset – éditions l'Association – 2015.


Eclaircies sur le terrain vague - Christian Rosset – éditions l'Association – 2015.


«Ecrire sur la bande dessinée, ou plutôt écrire avec, en proximité, en affinité, c'est donner du grain à moudre à qui ambitionne de ne pas limiter le champ et ainsi accorder de l'air à ce qui pourrait périr étouffé par trop d'affection, étranglé par trop de passion. Rien à voir avec une entreprise de légitimation d'un genre, c'est, essentiellement, affaire de plaisir à naviguer dans une carte où les rencontres les plus incertaines offrent du viatique à l'esprit du lieu.»


mardi 23 juin 2015

Seuls sont les indomptés – Edward Abbey – traduit par Laura Derajinski et Jacques Mailhos – éditions Gallmeister – 2015 (1956).


Seuls sont les indomptés – Edward Abbey – traduit par Laura Derajinski et Jacques Mailhos – éditions Gallmeister – 2015 (1956).


«(...)tandis que sur la vaste quatre voies à côté d'eux, les voitures rugissaient, sifflaient et tonnaient, acier, caoutchouc et chair, visages sombres derrière les vitres, coeurs battants, mains froides – la folie des hommes et des femmes emmurés dans leurs machines». 

 

lundi 22 juin 2015

Arq tome 1 à 18 (fin) - Andreas - éditions Delcourt - 1998/2015.

Arq tome 1 à 18 (fin) - Andreas - éditions Delcourt - 1998/2015.


http://lecoindelalimule.blogspot.fr/2011/10/andreas-de-son-vrai-nom-andreas-martens.html

Une réelle émotion de lire le mot "fin" après dix huit années d'une série exigeante et inventive comme rarement.

dimanche 14 juin 2015

Quelques questions à Nicolas Debon concernant L'Essai - éditions Dargaud 2015.



Quelques questions à Nicolas Debon concernant L'Essai - éditions Dargaud - 2015.
 
Depuis 2009 et son premier ouvrage de bande dessinée Le tour des géants, on attend avec impatience chacune des nouvelles parutions de Nicolas Debon. Suivirent L'invention du vide (2012), puis L'essai, nouvelle proposition parue au mois de mai 2015 et dont on dit tout le bien que l'on en pense ici.
Nicolas Debon a la particularité de parvenir à mêler ouvrage documenté et souffle romanesque tout en laissant une place importante à la simple contemplation de ses images. Ainsi restent en notre mémoire les sommets enneigés de L'invention du vide ou les saisons modelant les paysages et ponctuant l'activité des hommes dans L'Essai. Autant de paysages qui deviennent de véritables acteurs de son récit. Nicolas Debon est un auteur qui compte pour nous. Et c'est une grande joie de vous proposer l'entretien qu'il a accepté de nous accorder avec gentillesse et attention.


1- Votre premier livre de bande dessinée (hors ouvrages collectifs) date de 2009. Pouvez-vous nous raconter votre parcours pré-bande dessinée et nous expliquer ce qui vous a amené progressivement à ce médium ?

Ma carrière dans la BD a démarré sur le tard… Après des études à l'école des beaux-arts de Nancy, j'ai travaillé comme assistant dans des organismes culturels, en France puis au Canada. Après quelques années, j'ai pris l'habitude de dessiner le soir, en rentrant du travail. Un éditeur auquel j'ai montré mes illustrations m'a proposé d'illustrer un livre pour enfants, puis un second. Un jour, j'ai sauté le pas et suis devenu illustrateur à temps plein… C'est en essayant d'écrire une histoire pour les enfants que j'ai commencé à utiliser le langage de la bande dessinée, car je n'arrivais pas à écrire un texte sans dessins. D'une part, l'emploi des bulles me semblait supprimer une distance entre le texte et l'image ; et puis, l'aspect séquentiel qu'offre la BD me semblait permettre d'apporter plus de nuances, d'épaisseur à une histoire ; en tout cas il me convenait mieux !

2- Vos deux premiers ouvrages (Le tour des géants/ L'invention du vide) avaient un ancrage documentaire commun : nous conter un «exploit sportif» (le Tour de France / la naissance de l'alpinisme moderne). Votre nouvelle proposition s'intéresse à une aventure communautaire, celle initiée par l'anarchiste Fortuné Henry à proximité d'Aiglemont en 1903. Avez-vous abordé cet abandon de «l'événement sportif» comme un véritable virage dans votre travail? Quelles étaient vos intentions en abordant ce «pan» de l'Histoire ?

Chacun de mes albums m'apparaît rétrospectivement comme une sorte de "laboratoire" dans lequel plusieurs axes de recherche cohabitent de manière plus ou moins consciente, et que j'aurai envie de continuer à creuser dans l'album suivant… C'est vrai que les deux premiers albums étaient construits sur le récit d'exploits sportifs, mais je considère L'Essai comme leur continuité : il y est à chaque fois question de la réalisation d'un projet un peu fou, du rapport entre quelques êtres humains, de l'interaction des éléments… Un des défis que représentait L'Essai est la situation de huis-clos : cette fois-ci, les personnages resteraient à la même place ; seul le passage du temps, que j'ai tenté de représenter par le défilement des saisons, les aménagements progressifs de la colonie et l'évolution de la psychologie des personnages, fait progresser le récit.

3- Une des grandes forces de votre livre est de réussir à faire coexister forte teneur documentaire et souffle romanesque. Vos personnages semblent fait de chair, jamais prétexte à nous raconter l'Histoire. S'en suit une véritable implication du lecteur dans le récit qui lui est proposé. Quelles sont les étapes d'élaboration dans l'écriture de votre scénario ?

Je commence par un gros travail de documentation. Je prends beaucoup de notes, même si les trois-quarts n'entreront pas dans l'album. J'ai aussi eu la chance de pouvoir visiter la "clairière des anarchistes", rencontrer des habitants du village… A un moment donné, à force de tourner autour des personnages "historiques", ils commencent à acquérir une voix, un caractère, une démarche : c'est à ce moment que je commence à écrire le scénario (plus exactement une esquisse dessinée de chaque planche), qui donne quelquefois l'impression de se composer en écriture automatique… J'oublie alors momentanément la documentation pour laisser les personnages dessinés évoluer selon leur propre dynamique.

4- Une autre grande force de votre travail est la grande place que vous laissez à la sensation, au ressenti, notamment dans l'utilisation que vous faites des paysages. Il n'est pas rare de s'y abandonner à la contemplation. Un sommet montagneux bercé de lumière ou un champ labouré peuvent ainsi devenir motif d'émotion. Il me semble que cette «vie propre» laissée aux paysages, aux choses comme elles sont, est la donnée la plus spécifique -et originale- de votre travail. Pouvez vous nous parler de votre rapport à l'utilisation de ces paysages, et quel est leur rôle dans la construction de vos récits ?

Comme vous le suggérez, je suis attiré par l'expression des sensations. Je pense être influencé par la peinture française grosso modo contemporaine de mes personnages, de l'impressionnisme aux nabis, qui eux aussi cherchaient à suggérer plutôt qu'à représenter… Par cette attention particulière que vous soulignez portée aux paysages, aux lumières, je crois être intéressé par la représentation des "vides" situés entre les personnages et le monde qui les environne, et aussi celle de l'espace et des distorsions qui existent entre le temps de l'histoire vécue et celui de la narration dessinée… Une sorte de recherche du temps perdu en quelque sorte !

5- Vos planches allient «synthétisme» des formes et beauté picturale. Pouvez-vous nous expliquer vos techniques employées ? Travaillez vous la planche comme une unité ou case par case? Quels sont les formats employés ?

Comme on l'évoquait plus haut, je suis venu à la bande dessinée avec un bagage d'illustrateur jeunesse. J'y ai apporté des techniques très traditionnelles et relativement fastidieuses (gouache, crayons de couleur et encrage à l'encre de chine), tout cela en couleurs directes sur papier de format A3. D'un autre côté, l'illustration jeunesse m'a appris à simplifier ou éliminer ce qui ne me semble pas indispensable à la narration, notamment les formes et les détails. Je n'ai jusqu'à présent jamais utilisé l'ordinateur pour assembler ou recadrer les cases, du coup j'ai une approche globale de chaque planche.

6- Quelques mots pour terminer sur les livres (bandes dessinées ou autres), auteurs, dessinateurs, peintres… qui ont une importance particulière pour vous.

La BD m'a accompagné depuis l'enfance sans en être à l'époque un lecteur assidu. J'ai beaucoup été influencé par d'autres univers : l'art contemporain, la peinture classique et moderne, la photographie, la littérature, le cinéma, mais aussi les voyages, les rencontres, les sports que j'ai pu pratiquer… A l'âge adulte, la lecture de Maus, d'Art Spiegelmann, m'a donné une véritable claque, en me montrant qu'il était possible d'exprimer des choses très personnelles dans une bande dessinée. Je me souviens également de l'influence d'un auteur anglais atypique, à mi-chemin entre BD et illustration : Raymond Briggs, dont j'adore l'apparente simplicité de narration.

jeudi 11 juin 2015

Les sauvages - Mélanie Rutten - éditions Memo - 2015.


Les sauvages - Mélanie Rutten - éditions Memo - 2015.


Autant le dire tout de suite, Mélanie Rutten nous offre avec Les sauvages un ouvrage qui se hisse à la hauteur de classiques du livre jeunesse. De cette catégorie d’œuvres qui, tout en s'adressant aux enfants, parvient à séduire et fasciner l'adulte qui l'a en sa possession. La nuit, deux ombres s'enfuient et se glissent au milieu de la forêt immergée. Là, en se glissant dans un arbre creux, ils découvrent une clairière luxuriante habitée par "Les sauvages" et dans laquelle "chacun y avait sa place". Expérience sensorielle autant que narrative, le livre nous dévoile petit à petit toute sa splendeur. Si l'inquiétude, la colère et la peur ne cessent de roder, chacun des êtres en présence apprend à s'en défaire, à aimer être ensemble. Les décors mouvants abolissent toute velléité simplement illustrative pour laisser place à la fascination et au pouvoir imaginatif du lecteur. Ouvrage fait de sensations, dont la beauté du texte ("Tant de choses, le jour, se taisent") alimente la splendeur visuelle, Les sauvages est un grand livre que l'on se plaira à lire et à relire.


mardi 9 juin 2015

Journal de la Kolyma – Jacek Hugo-Bader – traduit du polonais par Agnieszka Zuk - éditions Noir sur blanc – 2015.


Journal de la Kolyma – Jacek Hugo-Bader – traduit du polonais par Agnieszka Zuk - éditions Noir sur blanc – 2015. 

 
«A la Kolyma, il y a moins de touristes qu'au pôle-Nord ou sur le mont Everest. Je n'en ai pas rencontré un seul.» 

 

lundi 8 juin 2015

L'art de voyager léger et autres nouvelles – Tove Jansson – traduit du suédois par Carine Bruy – éditions Le livre de poche / biblio – 2015.


L'art de voyager léger et autres nouvelles – Tove Jansson – traduit du suédois par Carine Bruy – éditions Le livre de poche / biblio – 2015.


«Un jour sans vent de Novembre, au lever du soleil, elle repéra un écureuil près du ponton. Il était immobile, près de l'eau, à peine visible dans la faible lumière, mais elle savait que c'était un écureuil vivant et elle n'avait rien vu de vivant depuis très longtemps. Les goélands ne comptent pas, car ils sont toujours sur le départ; ils sont comme le vent au-dessus des vagues et de la prairie.»


samedi 6 juin 2015

Si Dieu existe – Joann Sfar – éditions Delcourt – 2015.


Si Dieu existe – Joann Sfar – éditions Delcourt – 2015.


Débuté sur le site du Huffington Post le 6 Février 2015, ce retour de Joann Sfar à ses célèbres carnets fait suite au choc que fut la journée du 07 Janvier. Par ces quelques mots démarre ce nouvel opus: «Si dieu existe, il ne tue pas pour un dessin». Puis le chat, ce personnage si emblématique de l'univers de Sfar continue à s'adresser à l'auteur: «Il faut se remettre au travail». Ces retrouvailles se feront donc sous le signe de la douleur et du doute. Il serait restrictif néanmoins de ne savourer ce carnet sous ce seul axe de l'actualité. Certes, l'auteur, y revient sans cesse, s'interroge sur ce qui fait que nous en sommes là, se confronte à des témoignages extérieurs (de Marceline Loridan à des rencontres de passage) et questionne son propre rapport à la religion. Mais comme dans chacun de ses carnets, il parvient avec une liberté inouïe à alterner réflexion sur l'amour, l'enfance, le dessin... La narration s'y déroule avec une fluidité et une énergie constante et nous offre certaines des plus plus belles pages de son auteur.


jeudi 4 juin 2015

L'invisible dehors – Carnet islandais d'un voyage intérieur – Pierre Cendors – éditions Isolato – 2015.


L'invisible dehors – Carnet islandais d'un voyage intérieur – Pierre Cendors – éditions Isolato – 2015.


«Magnus Morland, quatrième commentaire: Souvent, c'est en faisant quelques pas inutiles qu'un homme se rejoint. Nous mutile, en ce monde, tout ce qui ne relève que de l'utile.»

lundi 1 juin 2015

Billie Holiday – Munoz / Sampayo – éditions Casterman - 2015 (1991).

Billie Holiday – Munoz / Sampayo – éditions Casterman - 2015 (1991).


Editée pour la première fois en 1991, après avoir été pré-publiée dans le mensuel (A suivre) l'année précédente, Billie Holiday est une œuvre centrale dans la carrière de Munoz et Sampayo. Ils nous y content la douleur et la grâce de la chanteuse de Strange fruit en travaillant la matière même de leur ouvrage avec une maîtrise du découpage et une beauté des images confondantes. Le racisme ambiant est ressenti par le lecteur comme rarement grâce à une richesse des niveaux de lecture qui n'appartient qu'au duo argentin. Le corps même de Billie Holiday devient un enjeu graphique pour José Munoz: du visage blessé, vieilli, boursouflé par les excès et les humiliations, à ses apparitions lumineuses, d'une intensité majestueuse. C'est tout l'album qui se révèle imprégné de cette dualité entre douleur et beauté, dans une émouvante proximité avec l' oeuvre de l'interprète.
 «Je vais vous chanter une chanson qui parle d'un fruit...un fruit étrange qui pousse sur les arbres du Sud. Du corps d'un pendu, une grande gueule de nègre...comme moi.».