lundi 25 mai 2015

Quelques questions à Matthias Lehmann concernant le fascinant La favorite - éditions Actes Sud BD – 2015.


Quelques questions à Matthias Lehmann concernant le fascinant La favorite - éditions Actes Sud BD – 2015.

Découvert en 2001 avec un déjà séduisant Isolacity, dans la collection Patte de Mouche chez l'Association, suivi d'un très prometteur Gumbo de l'année, éditions Requins Marteaux en 2002, c'est en 2006 avec son arrivée dans la prestigieuse collection Actes Sud BD avec la parution de L'étouffeur de la RN 115 , qu'il apparut comme une évidence que désormais Matthias Lehmann était un auteur indispensable. Virtuose de la carte à gratter, l'artiste la délaissera -en ce qui concerne la bande dessinée- en 2009 avec Les larmes d'Ezéchiel, ouvrage à la richesse inouïe dont on affirme qu'il a sa place dans une «bibliothèque idéale». Aujourd'hui, le si rare Matthias Lehmann nous revient avec La favorite, nouveau jalon dans son œuvre, dont les nombreuses lectures ne font qu'amplifier son étrange pouvoir de séduction. L'ouvrage nécessite de s'y immerger, de se laisser guider par son récit, sa narration, son graphisme. Toutes les composantes de la bande dessinée semblent se combiner avec élégance et surtout goût de l'inédit.
Nous tenons à remercier Matthias Lehmann d'avoir accepté de se prêter à ce jeu de l'entretien.


1° Nous suivons ton travail depuis des années, et nous savons que la bande dessinée n'est qu'une part de tes activités d'auteur. Peux-tu nous parler de ces différents domaines dans lesquels tu exerces ? Induisent-elles des techniques graphiques distinctes (carte à gratter...) ? En quoi la bande dessinée t'est-t-elle encore nécessaire malgré l'immense travail qu'elle implique ?

Je fais pas mal d'illustrations, notamment pour la presse, c'est ma principale source de revenus, bien qu'elle s'étiole dangereusement et je fais aussi des dessins qui sont davantage destinés à être exposés. Pour ces deux activités, je travaille surtout sur carte à gratter, avec ou sans couleur. C'est une approche de la narration qui est différente de la bande dessinée, les choses sont racontées de manière plus diffuse dans le dessin, voire de manière plus synthétique (comme dans le cas de l'illustration où il est nécessaire d'être clair en une seule image).
Dans le fond je crois que je tiens avant tout à raconter des histoires, c'est pour ça que je continue à faire de la bande dessinée, qui est un art fastidieux et assez ingrat, mais c'est très clairement de l'écriture et c'est ce qui m'intéresse avant tout.
J'ai essayé de faire du dessin non narratif à un moment, mais je n'y suis jamais arrivé, il y a toujours un récit qui se cache quelque part, une construction de bouts de choses, d'éléments qui font histoire, d'une manière ou d'une autre. Dans le fond, je suis auteur de bd avant toute autre chose, même si je ne suis pas le plus productif.


2° Dans tes albums de bande dessinée, tu sembles te plaire à enchaîner au sein d'une même planche un registre réaliste, puis un plus humoristique, caricatural. Ce changement graphique dans la représentation même des visages des personnages est rare dans le monde de la bande dessinée (Tezuka en est un maître, je pense). En quoi cette plasticité des corps, des formes, est-elle nécessaire à la narration ? Cela naît-il instinctivement ou est-ce le fruit d'une réflexion ?

C'est le fruit d'une réflexion en amont, pour atteindre une sorte de spontanéité. J'ai peu lu Tezuka, mais son influence est très présente dans la bd japonaise et si je devais citer des auteurs japonais qui m'ont marqué, ce serait plutôt Tsuge, Tatsumi ou Mizuki, chez qui on bascule souvent du réalisme au grotesque en un clin d’œil. C'est très clair chez Tsuge, dans son histoire qui s'appelle Système vissé par exemple, il raconte un cauchemar et on sent qu'à tout moment, on peut basculer du réel vers l'absurde ou le fantasme. Ça crée une vraie tension dans le récit. Chez Tatsumi, le contraste est davantage entre les décors qui sont très réalistes et les personnages qui ont des tronches plutôt caricaturales. On sent que ses personnages sont déphasés.
Si j'ai utilisé cette approche dans La Favorite, c'est principalement parce que ça rythme le récit, on n'est pas dans le même temps de lecture quand on lit une case au graphisme très fouillé ou quand on lit une séquence où les personnages sont plus «élastiques» ou caricaturaux.
Et puis par ailleurs, je voyais vraiment La Favorite comme un récit tragi-comique, donc une séquence mélancolique ne devait pas empêcher un éclat de rire et inversement.

3° Les rapports entre les protagonistes de La favorite sont parfois extrêmement violents. Pourtant, le récit reste empli de vie, de «jeu», et n'est jamais insoutenable à la lecture. L'empathie existe malgré tout envers «Constance» bien sûr, mais aussi Lydie, Mano ou même Émile. Peux-tu nous dire comment est née l'idée de cette histoire (que je ne veux surtout pas trop révéler) et avec quelles intentions ? 
 
Ça naît de l'imbrication de plusieurs éléments. Au départ, il y a l'envie très forte d'écrire un récit, voire même davantage de le construire. L'écriture est presque une transe, le résultat n'est pas forcément bon, mais c'est un moment de passage à l'acte qui est indispensable à la création du livre.
Je suis parti de bribes d'expériences personnelles, de lieux que je connais (d'où la forte présence de la Brie, où j'ai grandi), de travaux de recherches, voire même de sortes d'intuitions (par exemple je voulais rendre l'atmosphère de la France de la fin des années 70, alors que je ne l'ai pas vraiment connue puisque c'est l'époque de ma naissance).
La question du déterminisme social et sexuel était au cœur de tout, mais n'aurait pour moi aucun intérêt sans les personnages ; une fois que les personnages et le lieu ont été plus ou moins définis, le reste a suivi. Et puis il y a une logique temporelle et historique à suivre, vu que c'est un peu une saga familiale et il a donc fallu que je me documente, histoire de ne pas raconter n'importe quoi.
Personnellement, je veux laisser au lecteur la possibilité d'éprouver de l'empathie pour tous les personnages – même pour la grand-mère, d'ailleurs – ce sont autant de points de vue qui vont donner du relief au récit.

4° Tes mises en page (peut-être encore plus dans cet album) semblent échapper à tout systématisme. Pleines pages, absence de cases, gaufrier, strips… se succèdent et forment un ensemble d'une liberté et d'une vivacité éblouissantes qui ont pour finalité de servir au mieux le récit, sans jamais devenir ostentatoire. Ce travail sur la mise en page est-il une de tes préoccupations premières ? Écris-tu l'ensemble de ton scénario préalablement ou te laisses-tu guider par ton récit ? A quel moment intervient cette réflexion sur la mise en page ?

J'écris d'abord un scénario avec des dialogues, des didascalies, mais il manque tout l'aspect dramaturgique de l'écriture, et ça, ce sont le découpage et le dessin qui vont l'apporter.
Ma première préoccupation est d'avoir un scénario bien élaboré, ça ne veut pas dire que je ne reviens pas dessus par la suite, mais ça me tranquillise d'avoir cette première mouture sous la main.
Puis, je fais un premier découpage, qui consiste à estimer le nombre de pages nécessaires à telle ou telle séquence (une estimation qui est en général en deçà de la réalité) puis un second découpage pour mettre en forme chaque page, en tenant compte des doubles pages. C'est là que tout prend forme, c'est l'étape du brouillon. Ensuite, j'essaie de dessiner tout ça au propre en trahissant le moins possible la spontanéité de mon brouillon, tout en le rendant plus sophistiqué.


La Favorite est clairement situé en France en 1975/76, sous le mandat de Valéry Giscard d'Estaing. Tu y multiplies des éléments référentiels à une histoire commune : la présence du Président de l'époque lui-même, la boite d'allumette Gitane, Pif Gadget, Les enquêtes de Ludo, une publicité Dunlop de Raymond Savignac et même Max Pécas !... En quoi cet ancrage «français» et temporel était-il nécessaire à cet album ?

Si j'ose : pourquoi Max Pécas ?

Je dirais même plus, un ancrage seine-et-marnais plus que français ! Paradoxalement, tout l'enjeu du récit était de rendre cet ancrage le plus universel et intemporel possible.
Je ne sais pas si le récit aurait pu avoir lieu ailleurs, mais il fallait en tout cas qu'il soit situé dans quelque chose que je connais et que je comprends, de façon à lui insuffler un véritable sentiment de réel.
Ces éléments référentiels ne parleraient sûrement pas de la même façon à un lecteur étranger qui aurait peu de connaissance de la culture française... Tout le monde ne va pas forcément comprendre la blague de Giscard d'Estaing qui quitte la scène en disant "Au revoir"...
Quant à Max Pécas, il est arrivé là un peu par hasard, suite à une recherche de documentation (son nom apparaissait sur une Une du journal le "Pays Briard" de 1976) mais il symbolisait bien la contradiction d'une époque : cette volonté de modernité ou de liberté de mœurs, finalement très illusoire, face à une culture et une tradition qui plombent tout. Et puis ce prénom, Max, tombait bien par ailleurs. C'est comme si l'inconscient de Constance remontait à la surface !

6° Si tes albums de L'étouffeur de la RN 115 (2006) à La favorite (2015), en passant par Les larmes d'Ezéchiel (2009), se situent en France, ton travail graphique et narratif, voire musical, semble lui peu nourri d'auteurs français. On y perçoit souvent une parenté avec des œuvres américaines ou peut-être même autre. Peux-tu nous raconter ce qui t'a amené à la bande dessinée ? Quelles furent tes lectures inaugurales mais aussi celles qui peut-être encore aujourd'hui te fascinent (dans ou hors du champs de la bande dessinée)?
 
L'étouffeur se situe dans une France complètement fantasmée. Dans le fond, ça résume assez bien l'approche que j'ai eu de mon époque et de mon lieu de vie, ou des diverses zones d'influence qui m'ont constitué : je les ai pendant longtemps rêvées et réécrites, car je me sentais incapable de m'inscrire franchement dans une culture précise, certainement à cause de ma double nationalité (franco-brésilienne). Ça a dû jouer à un moment sur ma fascination pour la contre-culture américaine, qui était finalement destinée à tout un chacun.
J'ai beaucoup lu de bd franco-belge dans mon enfance, c'était la bd disponible à la maison disons, la bd américaine (surtout underground) c'est celle que je me suis appropriée. Le premier auteur américain que j'ai lu, c'est Will Eisner. J'empruntais à la bibliothèque les volumes du Spirit publiés par Futuropolis, puis j'ai lu Maus, de Spiegelman qui m'a ouvert sur toute la bd d'avant-garde : Burns, Crumb, Panter etc. Plus tard, j'ai découvert toute la génération post- Love and Rockets, les Julie Doucet, Daniel Clowes, Chris Ware, Chester Brown ou Joe Matt et je ne m'en lasse pas d'ailleurs.
En matière de musique, que je pratique à un niveau dilettante, pour le coup, je n'ai jamais supporté la chanson française, j'ai pas mal biberonné au blues rural et à la country primitive. Donc quand je chante, c'est vers ça que je vais, je me sentirais un peu bouffon de chanter en français, ce qui est probablement paradoxal.
Je ne sais pas ce qui m'a décidé à faire de la bande dessinée, j'ai toujours dessiné, des dessins très narratifs, souvent avec des bulles de texte, mais ça n'est que vers 12-13 ans que j'ai compris que je pouvais raconter des histoires avec des cases qui se suivent.
Ce qui est pathétique, c'est que c'est la lecture d'une page de bd super mal dessinée et nulle, vue dans un fanzine mal photocopié, qui m'a décidé à passer à l'acte, alors que j'avais passé mon enfance à lire Fred, Franquin, Hergé, F'murrr, etc, comme quoi les plus grandes influences ne sont pas forcément très prestigieuses. 


dimanche 24 mai 2015

Souvenirs de la rencontre avec Mana Neyestani.

La rencontre avec Mana Neyestani fut un moment rare, intense, passionnant, instructif et empli d'émotion contenue.








mardi 19 mai 2015

Murderabilia – Alvaro Ortiz – éditions Rackham – 2015.


Murderabilia – Alvaro Ortiz – éditions Rackham – 2015.

 
Jeune homme ayant terminé ses études, Malmö Rodriguez vit chez ses parents, leur dit qu'il cherche un boulot (mais ne le fait pas) et rêve de devenir écrivain (mais n'écrit pas). Un jour, son oncle Antonio meurt d'une crise cardiaque à l'âge de 55 ans. Malmö se rend alors chez lui et récupère les deux chats sans nom du défunt. «J'aimais bien ces chats, moi.» En navigant sur internet, il découvre par inadvertance des sites de vente d'objets ayant un rapport avec des tueurs en série ou autres morts épouvantables. Or, Malmö le sait, les deux chats recueillis ont une sinistre histoire liée à la mort de son oncle. Il décide alors de les mettre en vente sur un site dédié aux Murderabilia (mot composé du terme latin memorabilia, «souvenirs», et anglais murder pour «meurtre»).
Sur ce point de départ inédit, Alvaro Ortiz tisse une histoire faite de rebondissements, de noirceur et d'humour. Jonglant avec habileté entre différents registres narratifs, du polar à la chronique post-adolescente, le lecteur n'aura aucune idée, jusqu'au dénouement final, des intentions de l'auteur. Glaçant et séduisant, le récit est accompagné de planches fourmillant de cases, elles-mêmes emplies de détails que l'on se prend à scruter avec fascination. Déconseillé aux âmes sensibles malgré la douceur de son graphisme, Murderabilia se plaît à s'inventer dans des eaux non déterminées . 
 

lundi 18 mai 2015

Le bateau-usine – Kobayashi Takiji – éditions Allia (poche) – 2015.


Le bateau-usine – Kobayashi Takiji – éditions Allia (poche) – 2015.


Publié pour la première fois au Japon dans la revue Senki en 1929, Le bateau-usine de Kobayashi Takiji nous est aujourd'hui proposé dans l'essentielle collection de poche des éditions Allia. Outre son importance historique, dans sa description des conditions inhumaines des travailleurs opérant sur des bateaux-usines, lieux de pêche et de conserverie de crabe, le texte n'a aujourd'hui encore rien perdu de sa puissance. D'abord par la puissance d'évocation de cette immense bête qu'est le bateau-usine. Lieu de vie, aux dimensions insensées, composé de différentes strates dans lesquelles chaque corps de métier opère. On est totalement immergé dans cet espace nauséeux dans lequel chaque être embarqué s'épuise au dépend de toute raison. L'individu s'efface face au collectif et ne se définit plus que par sa fonction. La violence présente à chaque page,répondant à une unique exigence de rentabilité, finit par conduire des hommes, exténués, meurtris et humiliés, à envisager ce qui paraît impensable dans la société japonaise des années 2. Par ses qualités d'écriture et les enjeux sociaux qui le sous-tendent, Le Bateau-usine vous accompagnera bien après sa lecture et s'affiche comme une véritable classique de la littérature.

«Des volutes de cendres en suspension indiquaient que le foyer venait d'être vidé des résidus de charbon et lavé à grande eau. Assis par terre à moitié nus, les machinistes bavardaient en fumant. Dans l'obscurité, on aurait pu les prendre pour une bande de gorilles accroupis. La porte du coffre à charbon restée bâillante laissait entrevoir les froides ténèbres tapies à l'intérieur.»

dimanche 17 mai 2015

Perfidia – James Ellroy – éditions Rivages/Thriller – 2015.


Perfidia – James Ellroy – éditions Rivages/Thriller – 2015.

 Le grand retour de James Ellroy dans un roman ample qui se déguste tout au long de ses 829 pages. L'auteur nous immerge avec délice dans ce Los Angeles de 1941. On circule d'un personnage à l'autre, d'une affaire à la suivante avec un bonheur inouï. Sans cesse captivant, le romancier parvient à sublimer et à unir son superbe édifice par une mélancolie née de la force de son écriture.
«Ma voix s'atténue l'espace de quelques chuchotements rauques avant le silence. J'éteins l'enregistreur et j'appuie ma tête sur le volant. Je n'ai pas envie de rentrer chez moi. J'essaie de dormir mais je me raccroche à l'état de veille à chaque fois que je suis proche de sombrer.
Un nombre X d'heures écoulées m'ont apporté l'aube. Les camions de lait font leur tournée; des enfants partent à l'école en gambadant. Une musique me parvient depuis la maison de Claire. Un petit ensemble joue Perfidia.» 

 

samedi 16 mai 2015

Chroniques -Jean-Patrick Manchette – éditions Rivages/noir (poche)-2003.


Chroniques -Jean-Patrick Manchette – éditions Rivages/noir (poche)-2003.

«Ceux qui manquaient de hauteur ont voulu s'élever au-dessus de leur genre. La grandeur de Westlake est de travailler toujours contre sa propre élévation».


vendredi 15 mai 2015

La joie de lire une pleine page consacrée à Mana Neyestani dans le Libération du Jeudi 14 Mai 2015.

La joie de lire une pleine page consacrée à Mana Neyestani dans le Libération du Jeudi 14 Mai 2015.




Tom Waits: "Take One Last Look" - David Letterman- 2015.

Lucy in the sky – Pete Fromm – éditions Gallmeister – 2015.

Lucy in the sky – Pete Fromm – éditions Gallmeister – 2015.



Depuis plusieurs romans maintenant, Pete Fromm ne cesse de nous séduire. Le précédent Comment tout a commencé nous avait accompagné longtemps après sa lecture. Abilene, son personnage principal, s'y révélait aussi attachante que capable d'éveiller en nous une profonde crainte. Aujourd'hui, il nous revient avec Lucy in the sky et sa nouvelle héroïne Lucy Diamond, adolescente de quatorze ans glissant avec une certaine violence dans l'âge adulte. Pete Fromm se révèle une fois de plus un orfèvre quant à la description des relations familiales et des silences protecteurs inventés pour conserver de fragiles équilibres. La violence est latente, diffuse, et menace à tout moment de révéler à l'adolescente que ses parents ne sont pas uniquement ce qu'ils se sont efforcés de lui raconter. Chacun des protagonistes, tour à tour lâche, violent, désespéré, espiègle ou séducteur, se débat dans son existence afin de la faire sienne. Aucun n'est condamné. Bouleversant roman initiatique, Lucy in the sky se lit d'une traite et confirme une fois de plus la force de Pete Fromm à raconter l'humain. 
 
«Maman rentra avant 10 heures, mais j'étais déjà à l'abri dans ma chambre. Je l'écoutais fermer brutalement les tiroirs, monter et descendre l'escalier. Elle ralluma la radio pour bien montrer qu'elle ne me cachait rien. Je guettai le bruit d'autres pas, une autre voix, mais elle était aussi seule que moi. Que pouvait-elle bien faire? Ses bagages? Elle me signalait son intention de partir? Pas moyen de le déterminer, et même si la curiosité me démangeait, je savais que c'était ce qu'elle voulait et il n'était pas question que j'ouvre ma porte pour lui prouver qu'elle me connaissait tellement bien.»

jeudi 14 mai 2015

L'essai – Nicolas Debon – éditions Dargaud- 2015.

L'essai – Nicolas Debon – éditions Dargaud- 2015.


En deux bandes dessinées, Nicolas Debon est devenu un auteur qui compte pour nous. Un de ceux dont on attend chacune des parutions avec l'envie de se replonger dans le souffle de ses récits et la beauté de ses images. On l'avait laissé en 2012 avec le très réussi L'invention du vide, inspiré des écrits d'Albert Frederick Mummery
et dans lequel il parvenait à rendre vibrante cette quête insensée des sommets les plus vertigineux par ce qui furent les initiateurs de l'alpinisme. Au détour de ces pages, se révélait à nous un identique désir de percevoir ces sommets encore vierges. Entre abstraction et réalisme, les décors offerts par Nicolas Debon devenaient source d'émerveillement et d'émotion non feinte.
Avec ce nouvel ouvrage, Nicolas Debon s'inspire cette fois ci d' une toute autre expérience: l'invention d'une communauté dans les Ardennes en 1903, proche du village d'Aiglemont, sous l'impulsion de l'anarchiste Fortuné Henry. Cette colonie se nommera «L'essai». Tout comme dans ses précédents opus, l'aventure humaine est ici au coeur du récit. «La fascination que cette expérience a exercé sur moi vient peut-être de la dimension d'archétype, presque de mythe: des hommes modernes ont tenté de construire, à l'écart de la civilisation et avec des moyens rudimentaires, un nouveau modèle de société.» nous dira l'auteur dans sa postface. Cette volonté, cet enthousiasme devant ce qui reste à accomplir, nous est transmis page après page. Une fois de plus, l'immense qualité de Nicolas Debon est de mêler avec brio l'aspect documentaire au souffle romanesque. Ces personnages sont incarnés, ils ne deviennent jamais de simples intermédiaires à un sujet. On est souvent ému par les parcours de Fortuné Henry ou d'Adrienne. L'auteur ménage son récit en l'emplissant de cases libres, ou le texte se fait succinct voir absent. Dans ces souffles, on ausculte à la manière d'un entomologiste chacun des gestes des membres de la colonie. Un point de couture, le ramassage du bois, le travail de la terre, la découpe des matériaux, et même des poings posés sur une table, deviennent les plus émouvants vecteurs de sa narration. Par son travail, chacun des individus modèle le paysage, le géométrise, et en révèle sa beauté. C'est par cette croyance au pictural que Nicolas Debon atteint le coeur même de son sujet.



lundi 11 mai 2015

Conversations avec Munoz et Sampayo – entretiens réalisés par Goffredo Fofo – éditions Casterman – 2008.


  Conversations avec Munoz et Sampayo – entretiens réalisés par Goffredo Fofo – éditions Casterman – 2008.


«Je ne pense jamais à la page comme un agrégat de cinq dessins ou plus devant former une unité. C'est mon savoir manuel qui rentre en jeu, mon œil entraîné à composer la page de manière à ce que l'équilibre des taches soit plus ou moins harmonieux. Consciemment, je suis ainsi: ou une victoire ou une défaite, vignette après vignette. L'une peut atteindre un équilibre des forces, des éléments qui s'entrecroisent bien entre eux, une autre en revanche échoue, elle sert tout au plus à véhiculer l'information nécessaire.»

dimanche 10 mai 2015

Festival La Manufacture d'idées du 13 au 17 mai 2015 à Chasselas.


                                                              plus d'information ici

lundi 4 mai 2015

Cinématogravures. Gravure sur bois et cinéma d'animation- Olivier Deprez.

Cinématogravures.  Gravure sur bois et cinéma d'animation- Olivier Deprez - 2015.

Un beau projet de l'important Olivier Deprez est à soutenir  ici.



samedi 2 mai 2015