vendredi 26 septembre 2014

L'alchimiste de Khaim / Zombie ball – Paolo Bacigalupi – éditions Au diable Vauvert – 2014.


L'alchimiste de Khaim / Zombie ball – Paolo Bacigalupi – éditions Au diable Vauvert – 2014.



Deux nouveaux ouvrages de Paolo Bacigalupi sont publiés ce mois-ci aux éditions Au diable vauvert. De cet auteur américain, on avait été admiratif de La fille automate (2012), puis séduit par le souffle de ses Ferrailleurs des mers (2013).
Aujourd'hui, il nous revient avec deux ouvrages peut-être moins ambitieux mais dans lesquels on ressent le même plaisir évident à raconter des histoires.
D'abord Zombie ball, plus destiné à un public adolescent mais dont l'humour, et les incessants clins d’œil à l'univers des comics (Transmetropolitan entre autre) et du cinéma (on pense à Super 8 de J.J. Abrams) ne peut que nous séduire. Dans ce roman débordant d’énergie, on va découvrir un abattoir de la marque Milrow où les vaches sont parquées dans de gigantesques enclos, avant d'être abattues, puis conditionnées afin de fournir les supermarchés et les fast-foods de sept États. Sauf qu'à force de nourrir les animaux avec des résidus d'autres, une partie de ceux-ci sont devenus des vaches-zombies. Il en va de même pour la population qui s'en nourrit. Bien évidemment, l'abattoir refuse de prendre ses responsabilités et continue à sur-produire sa viande. «Viande Milrow, bœuf de première qualité: de nos ranchs familiaux à votre assiette» disent-ils. Roman hilarant, mais non sans contenu, Zombie ball a l'immense qualité de ne pas prendre ses protagonistes -ni ses lecteurs- pour des décervelés. Sous son couvert «fun» et «déjanté», il nous décrit un monde effroyable dans lequel une bande d'adolescents nourris de culture bis s'échine à défendre des valeurs. Exercice de style peut-être, mais qui démontre une fois de plus son talent de conteur.
C'est cette dernière qualité qui épate dans la deuxième publication, L'alchimiste de Khaim, court texte de 120 pages mais dont la narration vous charme dès les premières lignes. Dans un monde où chaque utilisation de la magie est punie de mort et où l'horizon est bloqué par des ronciers proliférants et vénéneux, un alchimiste parvient à inventer une arme, un balanthast, qui permettrait à la cité de se débarrasser de ce fléau endémique. On est fasciné par la facilité avec laquelle Paolo Bacigalupi parvient en quelques pages à imposer son univers, à en expliquer tous les tenants, et à nous y guider avec une véritable joie. Il faut se laisser emporter par les talents de conteur de Paolo Bacigalupi.
«Le roncier nous dominait en d'innombrables couches emmêlées, l'avant-garde d'une forêt impénétrable qui s'étendait jusqu'à la Jhandpara des contes. A la lumière de nos torches, le roncier lançait des ombres étranges et affamées, semblait avide de nous serrer dans son étreinte soporifique.»

 

mercredi 24 septembre 2014

Dernier jour sur terre - David Vann - éditions Gallmeister - 2014.


Dernier jour sur terre - David Vann - éditions Gallmeister - 2014.



David Vann nous revient avec en plus d'un roman en grand format intitulé Goat Mountain, un ouvrage paraissant directement dans la belle collection de poche des éditions Gallmeister. Si ce dernier ne bénéficie pas d'une publication au format "rentrée littéraire", c'est sans doute qu'il s'agit d'un ouvrage en marge dans l'œuvre de David Vann.

Dernier jour sur terre retrace le parcours de Steve Kazmierczak qui, à 27 ans, commit une fusillade dans son université, tirant systématiquement sur chaque étudiant devant lui, avant de se donner la mort.

En parallèle se raconte la jeunesse de David Vann, entre souvenirs de chasse initiatique avec son père et suicide de celui-ci à l'arme à feu. L'auteur héritera par ailleurs de cette dernière à l'âge de treize ans. Avec inlassablement la même question: "Pourquoi avais-je échappé à cela, et pourquoi pas lui?"

A travers cette enquête, et cette volonté de mettre au jour la vie de Steve Kazmierczak, David Vann dresse le portrait des méandres psychologiques d'un homme, mais également des failles d'un pays tout entier. De la description des traitements (lithium, prozac...) prescrits au jeune homme, en passant par l'absence de compassion de sa famille, le manque d'encadrement de l'administration, et le goût prononcé d'une partie d'une nation pour les armes à feu, le constat est implacable, et ne cesse à la fois de fasciner -la question du voyeurisme n'est jamais loin dans l'œuvre de David Vann- et de révulser.

Si ce texte s'inscrit de plein pied dans les thématiques de David Vann, et si on reste un peu plus réservé quant au parallèle insistant avec sa propre histoire familiale, il est évident que Dernier jour sur terre est un texte qui a toute sa place dans son œuvre et qui mérite autant d'égard que ses précédents romans.

mardi 23 septembre 2014

Nos disparus – Tim Gautreaux – éditions Seuil – 2014.


Nos disparus – Tim Gautreaux – éditions Seuil – 2014.




Suite à l'enlèvement d'une jeune fille dans un magasin dont Sam Simoneaux était responsable de la sécurité, celui-ci va se lancer dans une quête désespérée dans le but de retrouver les ravisseurs. Ainsi s'embarque-t-il à bord d'un vapeur qui le conduira tout du long des rives du Mississipi.

Avec Nos disparus, Tim Gautreaux nous offre un beau roman d'aventure dont l'immense qualité est de nous faire découvrir la vie à bord de l'Ambassador, ce bateau à vapeur, transformé en un gigantesque lieu de spectacle et de beuveries. Progressant de ville en ville, il rencontre des locaux, majoritairement de classe populaire, qui ne viennent en ce lieu que dans l'optique de s'échapper de leur quotidien harassant. Chacune des escales se transforme alors en instant de fêtes, d'oubli mais aussi de tensions.

C'est en campant chacun de ses personnages avec délicatesse et humanité que Tim Gautreaux parvient à transformer son livre en bien autre chose qu'un énième roman sur la rédemption.


«-Par ici, on se mêle pas de ce qui nous regarde pas, mais on sait quand même ce qui se passe. On travaille comme des forçats toute notre vie, un boulot d'enfer dans cette fournaise, mais personne oublie jamais ses cinq premières années, quant on était môme. Quand y avait quelqu'un pour s'occuper de nous, je suppose. Pas un adulte pour nous faire du mal, sauf quand on l'avait mérité.
Il regarda à nouveau du côté de sa grange, et Sam crut un moment que Sally allait se mettre à pleurer. (…)
-Ceux qui kidnappent les enfants, ils nous enlèvent le seul paradis qu'on a sur terre.»

lundi 22 septembre 2014

Fêtes sanglantes et mauvais goût – Lester Bangs - éditions Tristram – 2014


Fêtes sanglantes et mauvais goût – Lester Bangs - éditions Tristram – 2014

 
«-D'accord, petit lécheur de sucettes, je commence à en avoir marre de ce flagrant mépris du respect dû aux anciens. Alors je sors un exemplaire de Transformer: «Tu veux écouter ça?»
-Naaaan, dit-il, méprisant. Je l'ai d'jà.
-Ah bon? Et quelle est ta chanson préférée?
-New York Telephone Conversation. Mais mon frère préfère celle où on dit «s'est rasé les jambes, et il est devenu elle». Son frère a huit ans.
-Et toi, qu'est ce que tu en penses?» J'étais un homme brisé.»

lundi 15 septembre 2014

Quelques questions à Xavier Mussat concernant le beau et essentiel Carnation (éditions Casterman)


Carnation – Xavier Mussat – éditions Casterman – 2014.



Il est des livres qui ne sont pas juste une "lecture de plus". Ces ouvrages-là sont les plus rares, mais sont ceux qui vous accompagnent le plus longtemps dans votre vie. Carnation en fait partie.

En s'immergeant dans cette bande dessinée, on est à la fois fasciné par l'intensité avec laquelle l'auteur se livre et, dans le même mouvement, on est enthousiasmé par l'inventivité, l'ambition et la cohérence du projet.

Carnation creuse la veine autobiographique qui nous a offert des albums jalons tels ceux de Baudoin, David B ou Fabrice Néaud, tout en nous en proposant un autre versant, une réflexion graphique et narrative inédite. De ce fait, Carnation s'impose comme un des albums majeurs de mon panthéon personnel.

C'est à ce titre que m'est venue l'envie de soumettre quelques questions à son auteur, afin d'évoquer la richesse qui constitue Carnation, et de transmettre ce plaisir qu'a été le mien à sa lecture.

Cet entretien a été rendu possible grâce à l'implication de Xavier Mussat, qui a non seulement été d'une immense générosité quant au temps alloué mais qui s'est en plus évertué à nous offrir des réponses passionnantes et porteuses de sens, d'enjeux.

Je tiens à remercier également Kathy Degreef et Marie-Thérèse Vieira, des éditions Casterman, dont l'enthousiasme évident a rendu cet entretien possible.

Carnation est tout simplement un immense album.



Quelques questions à Xavier Mussat concernant le beau et essentiel  Carnation (éditions Casterman) 


1° Vous avez fondé les éditions «ego comme x» en 1994 avec Loïc Nehou et Fabrice Néaud. Cette maison d'édition nous a proposé quelques uns des ouvrages les plus marquants et exigeants liés au champs de l'introspection, du récit de l'intime. On doit à cet éditeur les remarquables albums de Fabrice Néaud, Frédéric Boilet, Kazuichi Hanawa, Yoshiahru Tsuge, Vincent Vanoli, Frédéric Poincelet... En 1994 vous y publiez votre premier album, La sainte famille, dans lequel vous racontez -entre autres- le départ de votre père de votre structure familiale et vos retrouvailles des années après. 

Treize ans après, vous nous revenez avec votre second album Carnation, explorant une nouvelle fois le genre de l'autobiographie.

Pouvez-vous expliquez ce qui  fait selon vous  la force et la richesse du genre autobiographique ?

Ce qui me vient en premier, c'est une certaine envie de relativiser le lien établi dans la question entre "autobiographie" et "force et richesse". La pratique autobiographique n'offre pas en elle-même une garantie de qualité. Cette idée s'est à une certaine époque répandue, encourageant à beaucoup de confessions intimes, malheureusement pas souvent à la hauteur de ce qu'on aurait pu en attendre. Le genre autobiographique est ingrat et piégé. On peut avoir tendance à le pratiquer sans considérer les risques de platitude, d'anecdotique, d'auto-centrage identitaire. 
On peut céder au verbiage monologué, à l'illusion du statut de la "sincérité", saisir la catharsis comme une fin en soi, croire qu'en abordant l'intensité du drame personnel on produira une œuvre obligatoirement mémorable, croire en l'universalité du "moi dans un autre pays" (regard sur le monde)… L'émergence autobiographique a permis ces types de récits, elle n'a fait que parasiter le décor quand la démarche n'en est restée qu'à ces possibilités, quand elle n'a servi aucune autre ambition (et c'est bien dans cette ambition-là que se niche l'intérêt d'une autobiographie qui tente d'en prendre la mesure).
On peut à la rigueur se demander en quoi les grands livres de bande dessinée autobiographiques ont marqué les esprits, ce qui a fait leur force et leur richesse. Les raisons me semblent chaque fois différentes. Chaque auteur marquant a développé ce qui a fait de son œuvre une référence.
D'ailleurs le statut de l'autobiographie en bande dessinée (lieu culturel de toutes les versatilités) a connu bien des mouvements. Disqualifié au départ, il a connu une sorte d'ère d'acceptation et de confusion dans laquelle beaucoup se sont engouffrés, on lui a alors reconnu une intensité, et le mouvement de foule s'étant ensuite déporté sur autre chose, on en est revenu à la suspicion du départ à laquelle s'ajoute l'argument imparable du "daté".

2° L'un des éléments fascinant selon moi de Carnation est son rapport au temps. Déjà parce que vous dites avoir réalisé les premières planches en 2004 et les dernières en 2012...soit huit ans de travail. De plus, dans un entretien accordé à Benoît Mouchart, vous dites que vous avez dessiné votre album La sainte famille entre 1998 et 2001, soit «en vivant au même moment ce qui fera plus tard Carnation.» Vos deux albums semblent se répondre, s'enrichir. Le personnage de Lydie dans Sainte famille vous dit «Alors, quand est-ce que tu pars d'Angoulême? (...)Tu ne partiras jamais.» (p.7) , tandis que Carnation démarre par cette réplique que vous adresse un vautour «Alors c'est vrai? Tu nous quittes?» (p.7). De plus, l'album est fascinant aussi par la confusion qu'il distille entre la «réalité» des événements narrés et votre traduction des faits des années après. On a presque l'impression que l'album se déroule en direct, d'un seul tenant, avec une même nécessité (malgré les changements de psychologie, de point de vue,voire graphique) alors que vous l'avez réalisé sur huit années.

Pouvez-vous dans un premier temps nous raconter ce qui a fait que le travail sur cet album s'est déroulé sur un laps de temps relativement inédit dans la bande dessinée? Le problème de parvenir à conserver une cohérence de l'album a-t-il été une des gageures de votre projet? Suiviez-vous une trame très écrite ou le récit s'est-il développé de façon relativement libre, avec des incidents, des imprévus?

Comme je l'ai déjà dit en d'autres occasions (et pardonnez-moi donc de me répéter), le temps de travail sur Carnation tient à ma décision de ne pas me professionnaliser dans la bande dessinée, de ne pas m'imposer un rythme de parutions lié à des nécessités vitales, de déconnecter ce travail de l'idée même d'en faire un travail "alimentaire". C'était pour moi une solution pour ne pas céder à des mécanismes stylistiques et pour préserver mon désir d'improvisation, d'expérimentation, mon besoin de faire mûrir ce projet chaque fois que j'en sentais le besoin.
J'ai occupé toutes ces années à apprendre des métiers, d'autres activités qui me permettent de vivre, mais surtout de rester en contact avec les autres, d'échanger (l'idée de passer mes journées seul sur ma table à dessin me rebute totalement).
Et je sentais bien que le projet Carnation devait justement engager ce que vous appelez un rapport au temps. Il devait y avoir un cheminement à l'intérieur même du récit, je devais laisser passer suffisamment de temps dans ma vie pour que mon parcours personnel fasse évoluer l'histoire (maturation de mon regard sur les événements vécus). Il n'y aurait eu aucun intérêt à dérouler ce récit selon l'angle qui m'avait poussé à le commencer. Je devais arriver à une fin non prévisible. Il fallait aussi que mon langage se nourrisse de ce que je vivais à côté (illustrateur, puis professeur d'expression visuelle) pour évoluer. Il fallait que le temps passe pour que j'y trouve la matière nécessaire à l'incessant besoin de réinventer.
Forcément, la cohérence graphique a été rudoyée, et j'ai choisi d'en arriver là parce que je ne vois pas l'intérêt de dérouler la même approche graphique sur un livre entier, à part peut-être pour prouver sa grande maîtrise, sa capacité à se répéter soi-même… Je sais bien qu'en cela mon positionnement fait tâche dans le monde de la bande dessinée qui a pour habitude de ne pratiquer que des déroulements stylistiques, mais tant pis, je me serais bien trop ennuyé en faisant autrement.
Concernant la dernière partie de cette question (l'écriture du projet, les imprévus), je savais ce que j'avais vécu et que je sentais par sa complexité sujet à construire une histoire. J'avais à l'esprit ces quelques années de vie, mais je ne savais pas dès le départ ce que je finirai par penser de tout ça, j'ignorais le regard que je finirai par porter sur ce moment de vie et je savais que la longue immersion dans la réalisation de Carnation allait transformer mon point de vue. Je savais que le temps passant, mes souvenirs allaient se fictionnaliser, que l'oubli allait peu à peu produire un tri dans les événements vécus, et c'était ce que je recherchais, cet imprévu justement qui permet d'inventer, de construire, de ne pas subir la nature des événements mais d'y trouver autre chose.

3° Il me semble qu'une des différences/évolutions les plus notables entre vos deux albums réside dans le fait que dans Sainte famille, l'unité était la case. Ainsi, vos planches étaient découpées, majoritairement, en neuf cases, et que celles-ci se lisaient, se découvraient une après l'autre.

Or,dans Carnation, l'unité me semble être la planche. Chacune d'elle fonctionne en elle-même, par son graphisme et par son texte, et possède un début et une fin. Toutes les cases qui la composent (avec de nombreuses variantes quant à leur nombre, leur forme, leur absence) forment un ensemble inextricablement lié.

Partagez-vous mon regard sur cette évolution dans votre travail, et pouvez-vous me dire si non seulement elle a été recherchée, mais surtout quelles sont les intentions qui ont conduit à ce changement stylistique?

Je me souviens que dans Sainte famille, j'étais terrifié à l'idée de ne pas dire tout ce que je croyais devoir dire, j'étais dans un rapport d'urgence avec la narration. Je tentais de faire entrer dans l'espace de la case tout un champ de considérations, je recherchais la densité absolue, chacune devait porter en elle son propre sens, je n'avais pas à l'esprit ces questions de langage narratif propres à d'autres auteurs de bande dessinée qui s'appuient sur l’enchaînement pour produire un mouvement graphique ou narratif. Je ne voulais pas de respiration, je voulais faire suffoquer, et quand bien même j'aurais voulu ménager le lecteur en diluant, en rythmant, je n'aurais pas pu le faire : mes efforts pour poser un dessin étaient tellement énormes qu'il fallait que ce dessin concentre un propos dense. C'était un pari avec moi-même : je me demandais à quel point je pouvais remplir ces cases sans finir par les rendre incompréhensibles.
Sur Carnation, la charge émotionnelle étant "moindre" comparé à Sainte famille, j'ai pu me poser enfin les questions de narration qui m'intéressaient. Et puis il s'agissait de faire vivre ces souvenirs, je voulais qu'il y ait des dialogues, que les personnages prennent vie. Je voulais abolir l'omniprésence de mon point de vue, ma voix intérieure, essayer de faire aussi parler les autres. Il fallait donc déplier cette narration, la faire respirer. J'ai sans doute aussi commencé à prendre confiance, à prendre du plaisir à inventer du langage narratif. Si la planche s'est imposée comme "unité"(s'inscrivant parfois dans des enchaînements séquentiels de plusieurs planches), c'est lié à mon rythme de travail : comme je l'ai dit, j'ai fait Carnation en pratiquant mes autres métiers, donc dans des moments où je pouvais le faire. Ces moments étant chaque fois assez courts, je voulais impérativement aborder un sujet et le conclure avant de passer à autre chose. Je ne supporte pas l'idée de l'inachevé, je me refusais de laisser mon travail en plan en pleine séquence non achevée et m'efforçais donc de concentrer mon propos dans une planche. 

4° Dans l'album vous écrivez dans la magnifique page 130, à propos du dessin/signe représentant le personnage de Sylvia «Ce pictogramme initialement conçu pour la synthétiser finit par ne plus la représenter. Pas par manque de ressemblance mais parce qu'en le déclinant de case en cas, j'applique un système par lequel je cesse de la rechercher. Ma réduction iconographique la remplace donc peu à peu et la fait disparaître». Outre que ce passage est bouleversant et fascinant quant au discours qu'il tient sur l'album que l'on est en train de lire, il est presque annonciateur de la rupture qui va s'opérer par la suite. A partir de la page 175, on a l'impression que le corps de votre personnage semble se dissoudre, lutter pour exister, pour disparaître peu à peu au profit d'images «métaphoriques». Paradoxalement cet effacement invente, peut-être, les planches les plus physiques, organiques et charnelles de l'album faisant résonance au titre: Carnation.

Pouvez-vous nous expliquer ce que sont ces «images métaphoriques», quelles places elles occupent dans votre travail et  quelles ont été les intentions qui ont présidé à cette rupture dans le style de votre album? Pouvez-vous nous expliquer également le sens du titre de votre album en regard de votre travail?

La question des images métaphoriques a fait l'objet de tant de réponses déjà que je préfère l'écarter et revenir sur le début de votre analyse concernant la dislocation de mon personnage. Oui, au moment où j'ai écrit ce que vous retranscrivez sur le visage de Sylvia, j'ai déjà fait beaucoup de planches, et je me surprends dans la répétition de ce pictogramme. Je réalise alors que je ne la recherche plus et je me sens soulagé de me reposer sur cet iconification qui me permet d'oublier le vrai visage qu'il remplace. La stylisation est donc pour moi à ce moment un outil pour trouver l'amnésie que je recherche et je l'utilise pour épuiser, vider le réel de sa représentation. Le personnage de Sylvia m'a permis de remplacer Sylvia, c'était nécessaire. Au contraire, mon propre personnage ne pouvait pas suivre cette même désincarnation : j'étais face à lui, il me faisait face, il ne pouvait pas me permettre d'abolir ma propre présence. Il restait moi. C'est ce premier constat qui m'a poussé à perturber mon iconification, sans doute parce que je cherchais à déserter cette histoire. Et puis, ça me semblait absurde de continuer à me dessiner tel quel alors que les événements que je racontais avaient été vécus avec tant de violence psychologique et qu'il me semblait avoir subi beaucoup de transformations. Je devais me distordre graphiquement pour illustrer ces changements.
A la fin, je cesse de me représenter, de représenter qui que ce soit. La matière vivante me semblant épuisée, j'ai eu le sentiment d'entrer dans la trame de la chaire humaine, dans le microscopique. Le végétal, l'organique, le minéral ont investi mes images comme l'unique recours possible, je ne voulais plus rien montrer, plus rien désigner, juste produire un sentiment de perte de repères visuels, un flottement, une inertie globale et la lente éclosion de quelque chose de nouveau.

samedi 13 septembre 2014

L'île du serment – Peter May - éditions Rouergue noir – 2014.


L'île du serment – Peter May - éditions Rouergue noir – 2014.


Nous avions été transportés à la lecture de La trilogie de Lewis : un écrivain écossais natif de Glasgow nous emportait au nord de l’Écosse dans un cycle policier dont le fond restait toutefois la découverte d'une communauté, sa vie, son histoire. La lecture des publications suivantes de Peter May nous transportait en Chine, avouons que nous n'avions pas été convaincus du voyage. Et là, pour cette rentrée 2014, l'auteur revient à son Écosse natale (la photo de couverture est d'ailleurs magnifique). Ne vous étonnez pas si l'histoire commence sur une île, bien sûr… mais au Canada, vous comprendrez très vite le lien existant entre les habitants de l'île d'Entrée aujourd'hui, et la population écossaise des Hébrides au XIX° siècle. Au travers d' une enquête portant sur l'assassinat de James Cowell, nous suivons l'inspecteur chargé de celle-ci, Sime Mckenzie, qui ne comprend pas pourquoi il a l'impression de connaître la femme de la victime depuis toujours.Qui est Kirsty Cowell ?
Pour beaucoup de lecteurs, cette lecture sera l'occasion de prendre connaissance de cette ignominie que fut les «highlands clearances» où les Anglais , avec l'aide des chefs de clans, chassèrent les populations des terres qu'elles occupaient depuis toujours pour les remplacer par des moutons. Quand aujourd'hui vous visitez le nord de l’Écosse et ses grandes étendues de bruyère que n'occupent que les moutons, pensez que jusqu'au milieu du 19° siècle, ces terres étaient habitées.

«Il devait y avoir eu sur le site entre dix et douze blackhouses. Leurs toits de chaume courbes campés sur d'épais murs de pierre, laissant échapper par leurs lézardes et leurs crevasses la fumée de tourbe qu'emportaient les bourrasques glacées de l'hiver.»


vendredi 12 septembre 2014

Price – Steve Tesich – éditions monsieur Toussaint Louverture – 2014.


Price – Steve Tesich – éditions monsieur Toussaint Louverture – 2014.


Avec ce roman, on découvre Daniel Price, dix-huit ans, vivant dans le quartier prolétaire d'East Chicago. A cet âge où l'avenir peut se trouver bouleversé à la moindre décision, le jeune homme découvre pour la première fois l'amour en la personne de Rachel.

Ce qui ne pourrait être qu'un énième roman initiatique américain, se sublime sous la plume de Steve Tesich en un torrent d'émotion qui ne pourra que vous bouleverser. Le livre ne cesse de se couvrir de multiples strates, de la légèreté de la découverte amoureuse à la passion destructrice, en passant par l'évocation des espoirs perdus par les adultes mais qui pourtant ne peuvent être délaissés par les enfants.

Portrait d'un âge charnière, chronique sociale, mais aussi déchirante évocation de ce qui est enfoui lorsque nous quittons cette adolescence, Price est un livre qui vous happe de la première à la dernière ligne, et dont nombre de phrases résonnent en vous avec une acuité inouïe. Ce texte est parcouru d'un tel désir de vie, que même les plus douloureux événements ne peuvent en altérer l'énergie.

Apparaît alors comme une évidence que Daniel Price est désormais un de nos compagnons de vie au même titre que les protagonistes de Sous le règne de Bone de Russel Banks ou Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf.

«J'essayai de passer devant lui mais il m'agrippa par le poignet. J'eus un frisson. Sa main était froide. Si froide.
-N'espère jamais, me dit-il. Promets-moi de ne jamais espérer.
-D'accord, père.
-Tu me le promets?
-Je te le promets.
-Jamais?
-Jamais, jurai-je.
-ça pourrait te tuer, dit-il.
-Je reviens tout de suite. Je vais juste chercher du lait.»
Il ne lâchait pas mon poignet. Il semblait s'y cramponner, essayer de m'attirer sur ses genoux. Je résistai. Je commençais à me sentir aussi glacé que la main qui me retenait. Je ne savais pas comment me dégager sans le blesser. Alors j'attendais qu'il se fatigue, qu'il desserre son emprise. Mais il tenait bon. Le petit homme tenait bon.»

jeudi 11 septembre 2014

Tristesse de la terre / Une histoire de Buffalo Bill Cody – Eric Vuillard - éditions Actes Sud – 2014.


Tristesse de la terre / Une histoire de Buffalo Bill Cody – Eric Vuillard - éditions Actes Sud – 2014.


Ne pas se tromper, Tristesse de la terre / Une histoire de Buffalo Bill Cody n'est pas (que) un livre pour les amoureux du grand West et de ses grands espaces. Nul besoin d'éprouver de l'intérêt pour le personnage de Buffalo Bill pour être subjugué par ce grand texte.

Bien sûr, la vie de Buffalo Bill y est disséquée avec moult détails. Ou plutôt l'écart entre sa vie supposée et la réalité. Ce que nous offre Eric Vuillard, c'est un extraordinaire texte sur comment Buffalo Bill, et son invention le Wild West Show, puis par extension l'ensemble de la société qui s'est laissé convaincre par ce séduisant leurre, ont inventé, malaxé l'Histoire afin d'en proposer une imagerie plus acceptable qui s'est progressivement substituée aux faits.

Tristesse de la terre est un récit qui vous remue, vous questionne mais aussi vous terrasse par la beauté de son écriture.

«Aimons sa tristesse; son incompréhension, nous la partageons, ses enfants sont les nôtres, son petit chapeau nous irait peut-être! Regardons-le. La nuit est blanche. Souffle-moi ce qu'il faut écrire. S'il te plaît, ne me montre plus ton visage, ne me regarde pas. La terre est triste, le corps est seul. Je ne vois plus rien. Et toi, tu es là, roi pauvre, ayant pioché la mauvaise carte.»

mercredi 10 septembre 2014

L'île du Point Némo – Jean-Marie Blas De Roblès – éditions Zulma – 2014.


L'île du Point Némo – Jean-Marie Blas De Roblès – éditions Zulma – 2014.


Sur une intrigue digne d'un roman de Maurice Leblanc ou de Sax Rohmer – le vol d'un diamant et la course poursuite qui s'ensuit- Jean-Marie Blas De Roblès nous offre une œuvre de pur plaisir dont le véritable sujet est la littérature et les territoires qu'elle invente.
Dès l'ouverture du roman, l'auteur pratique la mise en abyme nous faisant passer de la description d'une scène de bataille ,au côté des troupes d'Alexandre le Grand, au vocabulaire riche et sonore digne du Salammbô de Flaubert à une simple mise en scène faite de soldats en plomb dans un confortable bureau aux fortes odeurs de Baker Street.
C'est par ces trouvailles incessantes, que le roman se révèle fascinant tant il nous offre des possibles de littérature: de la narration des lecteurs officiant dans les fabriques de cigares à Cuba, en passant par l'évocation du Point Némo, ce point de l'océan le plus éloigné de toute terre émergée, à l'extraordinaire description du Barnum's American Museum… Le roman se révèle une caisse de résonance inouïe offerte à l'imaginaire qu'invente la littérature...mais aussi le réel.

«Que la réalité dépasse parfois la fiction, c'était une chose bien connue, mais que la fiction puisse modifier le réel aussi directement, c'est ce que les gens de la fabrique José Lovera apprirent le jour suivant par la bouche du lecteur (…).» 

 

mardi 9 septembre 2014

Le aye-aye et moi – Gerald Durrell - éditions Payot – 2002.


Le aye-aye et moi – Gerald Durrell - éditions Payot – 2002.


«Le début d'un voyage est toujours excitant, mais celui-ci l'était à double titre, puisque non seulement nous devions visiter les coins de Madagascar inconnus de nous, mais en outre nous étions à la poursuite de l'animal le plus étrange de la planète. Que demander de plus?».

lundi 8 septembre 2014

L'insurrection – Tome 1: Avant l'orage – Gawron / Sowa - éditions Dupuis /Aire Libre – 2014.


L'insurrection – Tome 1: Avant l'orage – Gawron / Sowa - éditions Dupuis /Aire Libre – 2014.



«C'était en 1944, le Printemps commençait à peine et la guerre se terminait. Mais ça, on ne le savait pas encore (…) La ville (Varsovie) essayait de retrouver le calme malgré l'occupation allemande...et la tragédie de l'année précédente dans le ghetto juif (…) mais ce calme n'était qu'apparent.»

C'est à travers les personnages de Edward, Alicya, Anna, Krystyna, Zygmunt ou Zofia que Marzena Sowa tisse un récit qui nous plonge au coeur de Varsovie à l'aube de la débâcle de la résistance intérieure Polonaise face à l'armée allemande, en l'absence d'intervention de l'armée russe.
Marzena Sowa, à qui l'on doit déjà la belle série Marzi, nous offre un récit parfaitement construit, dans lequel chacune des trames individuelles semble se fondre et plonger vers le cours inéluctable et tragique de l'histoire. L'ensemble est composé avec fluidité, élégance, et une qualité d'écriture telle que jamais le texte de Marzena Sowa ne frôle le didactisme ou le «romanesque» trop savamment construit. C'est avec une intensité inouïe que chacun des acteurs de cet album semble aspirer à sa propre existence, bien au-delà de sa vie de papier.
L'album bénéfice également du travail d'orfèvre du dessinateur Krysztof Gawronkiewicz -dont on avait admiré la force du magnifique Achtung Zelig! grand album de 2005- dont le graphisme ne cesse de s'inventer tout au long du récit, en n'ayant qu'une logique celle de suivre son propos. Sans jamais être démonstratives, ses planches atteignent parfois une beauté sidérante. Ces efforts de construction se découvrent en particulier dans la mise en avant permanente des cadres de portes ouvertes ou fermées , cadres de fenêtres intérieures ou extérieures, cadres de tableaux au mur, miroirs «recadrant» une scène...On est sans cesse dans l'expectative de ce qui peut se passer derrière ses ouvertures, de qui se trouve derrière ces orifices. Observateur ou observé? Ce n'est pas par hasard que l'album s'ouvre sur une case noire suivie d'une main en ombre qui soulève les rideaux afin d'observer l'extérieur et se termine sur la même scène inversée. C'est sur ce jeu incessant de cadrage/recadrage, sur cette tension, que Krysztof Gawronkiewicz a pensé sa proposition toute entière.
L'insurrection, 1. Avant l'orage est un grand album, bénéficiant de l'investissement évident de ses deux auteurs, et dont la grande force est d'être à la fois d'une exigence rare et d'un accès pourtant aisé. 

 

vendredi 5 septembre 2014

Tram 83 – Fiston Mwanza Mujila – éditions Métailié – 2014.


Tram 83 – Fiston Mwanza Mujila – éditions Métailié – 2014.


Le tram 83, c'est lieu où se rendent tous les habitants de la Ville-Pays à la recherche d'alcool, de sexe, de danse ou de discussions animées. Le tram 83, c'est le centre névralgique où toute la tension d'un pays peut à tout moment exploser.

Tram 83 est un roman infiniment charnel dans lequel chacun des acteurs semble tout à la fois au bord de l'épuisement, mais également animé par une intense volonté de vie. C'est dans une véritable chorégraphie que l'on semble passer inlassablement de Lucien à Requiem, à Malingeau... Chacun se croise, s'évite, influence le destin de l'autre. C'est par son écriture, parfois proche d'un chant, que Fiston Mwanza Mujila nous séduit et invente un monde à la profondeur admirable.

«Le tram gardait sa splendeur de nuit bâclée. Il restait le même, hier, aujourd'hui et après-demain. Les bières étaient servies avec quinze minutes de retard. Les serveuses et les aides-serveuses, soutenues par la Mère supérieure, narguaient le monde. Les canetons, sourires avenants, accostaient les clients sans distinction aucune. Les installations mixtes étaient toujours surpeuplées. Les hommes entraient et ressortaient heureux comme jamais.»

jeudi 4 septembre 2014

Lotte, fille pirate - Sandrine Bonini / Audrey Spiry - éditions Sarbacane – 2014.


Lotte, fille pirate - Sandrine Bonini / Audrey Spiry - éditions Sarbacane – 2014.


Lorsque Lotte s'éloigne de la maison de ses parents pour rejoindre sa cabane dans la jungle et son inséparable ami le Toucan Igor, c'est tout un monde d'aventure foisonnant qui s'offre à elle.

Avec une originalité folle, les deux auteurs inventent un monde aux motifs et à la richesse chromatique inédite. Non seulement le texte vous emmène dans des contrées sauvages et fascinantes mais le dessin ne cesse de vous charmer et de vous perdre dans sa profusion.

Il est à noter que cet album jeunesse confirme tout le talent d'Audrey Spiry déjà entrevu avec sa majestueuse bande dessinée En silence. Un auteur dont on suivra les prochaines propositions avec attention.

mercredi 3 septembre 2014

Et rien d'autre – James Salter- éditions de l'Olivier – 2014.


Et rien d'autre – James Salter- éditions de l'Olivier – 2014.



Avec Et rien d'autre, James Salter nous offre un roman à la fluidité éblouissante, démarrant à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et parcourant notre siècle jusqu'aux années 90, à travers la vie de Philip Bowman, directeur littéraire au sein d'une maison d'édition.

De chapitre en chapitre, il évoque cette vie, avance par strates de temps dans lesquelles les destins de chacun des personnages semblent se compléter, s'écarter ou se renouer à nouveau afin de nous dresser un portrait non pas d'un homme, mais d'une certaine génération.

Roman passionnant dans lequel on évoque à la fois Tolstoï ou Ezra Pound, tout en proposant parmi les plus belles pages de ce que l'on a pu lire sur le sentiment amoureux. Et rien d'autre séduit par sa fluidité et son style d'une rare élégance. Tout y est brillant, distancié et au final porteur d'une si belle mélancolie.

«Sa vie était exceptionnelle: il avait su l'inventer. Il avait rêvé de s'élever jusqu'aux cimes, se précipitant sans peur à l'assaut de la vague au milieu de la nuit, comme un poète ou un surfeur de Californie, comme un fou, mais il y avait aussi la réalité tangible du matin, le monde encore endormi, et Christine qui dormait à ses côtés. Il pouvait lui caresser le bras, la réveiller s'il le voulait. Il en était malade rien que d'y penser. Malade de tous ces souvenirs. Ils avaient fait des choses ensemble qui l'amèneraient un jour à regarder en arrière et à comprendre qu'il était l'amour de sa vie. C'était une idée un peu sentimentale, la trame d'un roman à l'eau de rose. Elle ne regarderait jamais en arrière. Il le savait. Leur histoire ne représentait que quelques pages succinctes. Même pas ça. Il la haïssait, mais que pouvait-il y faire?».

mardi 2 septembre 2014

L'été des noyés – John Burnside – éditions Métailié – 2014.


L'été des noyés – John Burnside – éditions Métailié – 2014.


Liv et sa mère vivent retirées sur une île de la Norvège. Lorsque de jeunes gens disparaissent successivement par noyade, c'est tout l'équilibre inventé autour de ces deux protagonistes qui s'en retrouve bouleversé.

John Burnside, déjà auteur des inoubliables Une vie nulle part, Scintillation ou Un mensonge sur mon père, nous offre sans doute à la fois son roman le plus envoûtant et le plus accessible.

A travers le portrait de cette jeune fille, Liv, et de sa mère artiste peintre, mais également nombre de personnages aussi attachants que mystérieux, il parvient à inventer un roman monde s'imprégnant à la fois du goût de la littérature, de l'art et des légendes de ses personnages. Captivant, touchant et d'une inventivité sans cesse renouvelée, L'été des noyés émerveille par sa langue. Les phrases, que l'on se surprend parfois à lire à haute voix, sont d'une beauté et d'une richesse qui ne peuvent que laisser admiratif. On est subjugué par la force contenue dans chacun des écrits de John Burnside.

«Je ne gardais aucun souvenir de Mère me lisant des livres pour enfants, à l'exception de classiques anglais comme Lewis Carroll et les romans de Noël de Dickens. Quand elle lisait en norvégien, elle choisissait toujours des histoires pour grandes personnes, récits de Vikings, mythes grecs, légendes, tirés de sa propre bibliothèque. Elle ne m'avait jamais lu de bonnes vieilles poésies parlant des mères et de leurs petits.»

lundi 1 septembre 2014

Deux comédiens – Don Carpenter – éditions Cambourakis – 2014.


Deux comédiens – Don Carpenter – éditions Cambourakis – 2014.


Après Sale temps pour les braves et La promo 49, les éditions Cambourakis avaient entamé avec la publication de Strass et paillettes en 2013 le versant hollywoodien de l'œuvre de Don Carpenter. Que les admirateurs de l'auteur se rassurent, nul n'est besoin de s'intéresser au monde du spectacle pour en apprécier les délices.

A travers le parcours de deux comédiens comiques, Don Carpenter nous offre un roman fait d'amitié, d'errance et d'espoirs déçus. Jamais l'auteur ne sombre dans le sensationnalisme, ni dans le grandiloquent. Il semble tout au contraire être à distance de ses sujets, tout comme eux semblent sans cesse n'être que de simples observateurs de leurs vies. Le style de Carpenter, d'une élégance inouïe, entre humour et tragédie, permet à Deux comédiens d'accéder d'ores et déjà au statut de classique.

«Pour moi, Las Vegas est une série de limousines, de garages insondables en béton, d'ascenseurs privés, d'interminables canyons moquettés dans des centres commerciaux éclairés pour qu'à dix heures du matin les gens en tenue de soirée n'aient pas l'air déplacés, et équipés d'un air conditionné qui vous fait transpirer et frissonner en même temps.»