mardi 27 mai 2014

La cité sans aiguilles Marc Torres - éditions Viviane Hamy – 2014


La cité sans aiguilles Marc Torres - éditions Viviane Hamy – 2014



Un premier roman qui tient à la fois de la fable, du conte et du livre de sagesse, une véritable réussite.. Si vous avez gardé des souvenirs émus des romans d'Italo Calvino comme Le château des destins croisés et le chevalier inexistant, ou bien du personnage de Sinbad le marin, dans les sept voyages de Sinbad le marin il vous faut lire à tout prix La cité sans aiguilles.

Une ville dont on ne sait si elle est réelle ou imaginaire,la Cité sans Aiguilles, dont on ne connaîtra le secret qu'aux deux tiers du roman. Trois personnages à la recherche de leur vérité, qui doivent gagner, aux deux sens du terme, atteindre et triompher, cette cité, sans savoir ni pourquoi ils doivent atteindre ce lieu,ni où il se trouve. Nous suivons d'abord l'itinéraire de chacun des trois: l'horloger qui est passé maître dans l'art de construire et de régler les machines à dominer le temps:«non je ne vais pas t'apprendre mon métier, je vais t'apprendre mon art.», le guerrier, maître dans l'art du temps du combat , «elle ne rôdait jamais très loin de la cité ,la guerre. A la salle venaient parfois des hommes durs, aux visages absents, et lorsque ceux-là se battaient, on sentait que c'était contre leurs souvenirs qu'ils le faisaient.» et l'écrivain , maître des mots qui permettent à leur tour de dominer le temps: «On dit que tu sais dessiner les mots. C'est vrai? C'est une idée de ce genre, admit l'écrivain. On appelle cela écrire. C'est comme pour le nom des étoiles; dessiner les mots faisait peur, alors on inventé un mot pour se rassurer: écrire».
Un quatrième personnage affleure le cours du récit à divers moments: le roi blanc. Ce dernier, dont l'auteur conte toute l'histoire, fut d'abord un palefrenier qui, simplement armé de son bâton, chercha à obtenir la victoire pour épouser la fille du roi, Elvira: «Qu'aurait-il pu répondre? Qu'elle était la fille d'un seigneur des environs? La plus belle, la plus souriante, celle dont le rire s'élevait en cascade jusqu'à faire s'éteindre le chant du rossignol? Que, lorsque ce rire s'accrochait dans le cœur des garçons, il était impossible de s'en défaire?» Cette histoire du roi blanc que l'on reconstitue peu à peu est tellement proche du conte de fée traditionnel que l'on ne peut que douter de sa véracité, et surtout de l'intérêt dans la compréhension du récit. Et pourtant:«Quand on sait où l'on va, ce sont les chemins qui vous trouvent. Mets toi en route et ta route apparaîtra.»
Il faut être gré à l'auteur de nous avoir fait partager ce «road movie» fantastique où chaque étape du récit, tel un parcours initiatique, apporte un nouvel éclairage sur l'objet de cette quête et nous emporte à la découverte d'une autre réalité.

« Oui, dans le vent j'ai entendu cette légende. Croyez la si vous voulez. Toutes les histoires sont vraies, il suffit de le décider. »

mardi 20 mai 2014

La trilogie de Corfou – Ma famille et autres animaux / Oiseaux, bêtes et grandes personnes / Le jardin des dieux – Gerald Durrell – éditions La table ronde – 2014.


La trilogie de Corfou – Ma famille et autres animaux / Oiseaux, bêtes et grandes personnes / Le jardin des dieux – Gerald Durrell – éditions La table ronde – 2014.


Il est des livres dont on a envie de parler à la première personne du singulier, d'oublier le temps d'une chronique la distance que l'on s'efforce de prendre avec un ouvrage afin d'atteindre une soi-disant objectivité, des textes qui résonnent autant par leur qualité inhérente que par l'écho qu'ils évoquent dans votre propre histoire.
Du naturaliste Gerald Durrell, jusqu'à la publication de l'intégralité de la Trilogie de Corfou par les éditions de La Table Ronde, je connaissais le visage fait de bonhomie entraperçu au hasard d'une émission de télévision et un livre: Le naturaliste en campagne. Ce dernier se présentait comme un «guide pratique pour découvrir la nature avec Gerald Durrell et Lee Durrell». Cet ouvrage publié alors aux éditions Bordas a été pour ma mère un livre de chevet tout au long son existence. Pour elle, institutrice en école maternelle, qui avait la volonté de faire découvrir «le monde du vivant» à des jeunes enfants, ce livre était une source inépuisable d'informations, mais également d'apprentissages à se mettre en situation d'émerveillement. Car c'est bien cela l'enjeu des ouvrages du naturaliste anglais: nous amener à être attentif au moindre frémissement de la vie, et cela passe sans doute par le fait de retrouver une curiosité toute enfantine.
L'auteur a passé sa jeunesse à Corfou, dans une vieille demeure de style vénitien, entouré de sa mère, de sa sœur Margo et de ses frère Leslie et Larry (Lawrence Durrell le frère aîné écrivain). A cette fratrie, il convient d'ajouter les nombreux animaux ramenés au foyer par le futur naturaliste alors âgé d'une dizaine d'années: un lérot, une huppe, des chiots arrachés à la mort... et d'innombrables insectes. Comme il l'écrivait lui-même dans son ouvrage Le naturaliste en campagne: «Chaque fois que je m'approchais de cette demeure, que ce soit de jour ou de nuit (…) je me prenais à regretter qu'elle ne fût pas vraiment une ancienne maison de poupées; j'aurais pu alors l'ouvrir en grand afin d'observer tous les êtres vivants tapis à l'intérieur». Le livre entier est résumé dans cette citation, tant c'est avec une joie et une émotion sans cesse renouvelées que nous suivons les mésaventures de cette incroyable famille, qui semble prendre vie sous la plume de l'auteur comme autant d'acteurs d'un petit théâtre.
Bien sûr, on y découvre foule d'anecdotes quant à la faune et la flore de Corfou, mais c'est avec ce même souci du détail et de l'émerveillement qu'il décrit également chacun des protagonistes issus du cocon familial ou invités à leur rendre visite (Jeejee, Kralefsky, Loulou et Harry, Theodore Stephanides, le colonel Ribbindane...). Foule de personnages, plus exubérants les uns que les autres, animent la vie au sein de l'île et sont prétextes à des scènes burlesques et irrésistibles. On pense souvent à un rapprochement possible avec ces lointains cousins cinématographiques que sont les beaux films de Bruno Podalydès ou Wes Anderson.
D'un bout à l'autre, cette Trilogie de Corfou réussit à vous émerveiller, à inventer une empathie inouïe envers ses personnages. Gerald Durrell nous offre une œuvre qui nous accompagnera longtemps, dans laquelle on se replongera régulièrement avec délice afin de reprendre contact avec ses amis, qui auront été les nôtres durant les quelques 1000 pages que composent cette éblouissante fresque. L'auteur ne s'est pas trompé en clôturant son dernier opus avec un chapitre intitulé Les joies de l'amitié dans lequel il nous convoque à une grande fête pleine de magie réunissant nombre des acteurs entrecroisés précédemment. On a qu'une hâte: inviter d'autres lecteurs à nous rejoindre dans cette prodigieuse demeure qui, on le sait, nous accueillera bien volontiers.
Pour finir, je laisse la parole au plus beau personnage du roman, à savoir la mère de l'auteur:
«Non, non, mon chéri, ce n'est pas ce que je veux dire, simplement cette maison paraît si rarement normale. Je fais de mon mieux, mais allez savoir pourquoi, nous ne semblons pas capables de vivre comme tout le monde».
Tout comme pour ma mère avant moi, L'oeuvre de Gerald Durrell est désormais devenue un de mes livres de chevet.

lundi 19 mai 2014

Le livre d'un été – Tove Jansson – éditions Le livre de poche /Biblio – 2014.


Le livre d'un été – Tove Jansson – éditions Le livre de poche /Biblio – 2014.




«Tout existe si on prend le temps de le chercher, ou plutôt si on a les moyens de le chercher. Et pendant qu'on cherche, on est libre et on trouve un tas de choses auxquelles on ne s'attendait pas. Parfois les gens sont sans surprise, par exemple en juin ils vous demandent un petit chat, et le premier septembre cherchent quelqu'un pour le noyer. Et on s'arrange. Mais il arrive aussi qu'ils aient un rêve et désirent quelque chose qu'ils conserveront.»



vendredi 16 mai 2014

Kaboom n°5 / Magazine de bande dessinée – Mai/Juillet 2014.


Kaboom n°5 / Magazine de bande dessinée – Mai/Juillet 2014.



On a dit tout le bien que l'on pense de Kaboom dans un précédent article. Alors que nous pensions qu'après quatre numéros parus, Kaboom avait atteint son apogée, force est d'admettre que le numéro 5 hausse encore son niveau d'excellence. Rien que son sommaire laisse pantois le passionné de bandes dessinées que je suis.
Laissez-vous rêver à l'énoncé des entretiens contenus dans ce numéro : Moebius avec une interview inédite de vingt pages (par l'important et incontournable Benoit Mouchart), entretien croisé Art Spiegelman / Paul Auster / David Mazzucchelli / Paul Karasik, Makoto Tezuka, Mokeït, Stanislas, Joe Sacco...mais aussi des articles de fond consacrés à Prince Valiant, Monsieur Choc dans Tif et Tondu, Pogo, les univers de Leo ou l'inclassable Bonten Taro.
Chacun des articles laisse non seulement la part belle aux auteurs mais est travaillé par une volonté de mettre à jour ce qui rend fascinant leurs créations. Il est peu de dire que Kaboom est LA revue que non seulement nous attendions... mais qu'elle réussit en outre avec ce nouvel opus à dépasser nos espérances. 

 

mardi 13 mai 2014

La collectionneuse – Pascal Girard – éditions La Pastèque – 2014.


La collectionneuse – Pascal Girard – éditions La Pastèque – 2014.




De l'auteur québécois Pascal Girard, on avait apprécié Conventum (éditions Delcourt-2011) et été totalement séduit par la délicatesse et l'humour du merveilleux Jimmy et le Bigfoot (éditions la Pastèque – 2009). Aujourd'hui, il nous revient avec La collectionneuse, album en noir et blanc racontant les (més)aventures d'un auteur de BD en mal d'inspiration, que la compagne vient de quitter et qui se trouve ainsi dans l'obligation d'être logé momentanément chez un couple d'amis avec bébé. Un jour, flânant dans une libraire, il aperçoit une jeune femme qui consulte son livre Jimmy et le Bigfoot. Alors qu'il s'apprête à lui révéler qu'il en est l'auteur, elle camoufle la bande dessinée dans son sac puis sort de la librairie. Pris d'obsession pour cette voleuse, qui elle se définit comme «collectionneuse», il met tout en œuvre pour mieux la connaître.
Avec cet album, Pascal Girard confirme toute les qualités inhérentes à ces précédents propositions. Son trait léger et délicat exprime à la perfection les doutes et les névroses de ses personnages. Quant au portrait que fait Pascal Girard de lui-même, on ne peut qu'être touché et amusé par cet exercice de dépréciation permanente. Son récit, tout comme son graphisme, sont imprégnés d'un même souci du détail combiné à une fragilité subtilement maîtrisée. Oscillant entre autobiographie et comédie américaine, La collectionneuse ne cesse de nous séduire.


lundi 12 mai 2014

La fille de femme-araignée – Anne Hillerman – éditions Rivages – 2014.


La fille de femme-araignée – Anne Hillerman – éditions Rivages – 2014.


Tony Hillerman est décédé en 2008 laissant ses personnages emblématiques Joe Leaphorn et Jim Chee sans espoir de nouvelles enquêtes. Pourtant, sous la plume de la fille de l'auteur Anne Hillerman, l'oeuvre semble à nouveau pouvoir se poursuivre.
Ne nous cachons pas que l'annonce de cette suite a dans un premier temps déclenché plus de réticence et de circonspection que d'enthousiasme de notre part. Toute œuvre doit-elle continuer ad vitam aeternam et surtout n'est-elle pas irrémédiablement reliée à la personnalité de son auteur d'origine?
La grande intelligence d'Anne Hillerman consiste à avoir imaginé une suite dans laquelle dès l'ouverture du roman, le charismatique lieutenant Leaphorn, retraité de la police, est entre la vie et la mort victime d'un mystérieux coup de feu. Si Jim Chee est chargé de l'enquête, la véritable héroïne est en fait sa femme Bernadette Manuelito -également membre de la Police de la Nation Navajo- qui a promis à un Leaphorn mourant de retrouver ceux qui ont commis ce geste.
Ce décalage de focale permet à l'auteure de poursuivre l'oeuvre de son père tout en s'y inventant une nouvelle voie. La fille de femme-araignée est un roman solidement construit, qui nous permet d'explorer avec intérêt la culture Navajo et dont la principale qualité réside dans la découverte progressive de Bernadette Manuelito. La transmission du duo Joe Leaphorn/Tony Hillerman à Bernadette Manuelito/Anne Hillerman est non seulement touchante mais surtout réussit l'exploit d'échapper à une quelconque exploitation mercantile. 

 

vendredi 9 mai 2014

Hilda et le chien noir – Luke Pearson – éditions Casterman – 2014.

Hilda et le chien noir – Luke Pearson – éditions Casterman – 2014.


Jusqu'alors publié en France par les précieuses éditions anglaises Nobrow, la série Hilda de Luke Pearson nous revient avec un nouvel opus, désormais chez Casterman. En attendant la réedition -proche- par ces derniers des trois aventures précédentes dont nous avions dit le plus grand bien ici, c'est avec véritable joie que nous découvrons Hilda et le chien noir. Si la série nous a habitué à un parfait équilibre entre la beauté du graphisme, l'inventivité de ses mises en page et le merveilleux de son propos, c'est avec une pointe d'appréhension que l'on se lance dans cet album, tant nombre de séries nous ont déçus en ne vivant que sur leurs acquis initiaux.
Dès l'ouverture de cette nouvelle proposition, on est rassuré tant Luke Pearson parvient à invoquer le merveilleux qui sommeil dans tous le moindre interstice de notre réalité. Une des plus belles découvertes réside cette fois-ci dans le personnage de Tontu, qui fait partie de la famille des Nisses. «Dans chaque maison, il y a beaucoup de place perdue. L'espace derrière les bibliothèques, les fentes entre les lattes du parquet, le haut des armoires qu'on ne peut pas voir, ce genre d'endroits. Dans chaque maison, toute cette place s'accumule pour former une pièce supplémentaire, dans laquelle seul un Nisse peut entrer. C'est là que nous construisons notre nid». Cet être est symptomatique de la manière dont Luke Pearson décrit le banal quotidien -un salon, une chambre d'enfant...- pour l'amener vers le fabuleux, l'étonnant. Les albums d'Hilda nous amènent à appréhender notre quotidien sous un nouveau jour, à ré-enchanter notre imaginaire.
Devant un tel bonheur de lecture, une évidence s'impose : la série est une des toutes meilleures créations bande dessinée-jeunesse de ces dernières années. Souhaitons que grâce au travail des éditions Casterman, elle acquiert très vite la notoriété qu'elle mérite.



mercredi 7 mai 2014

Au revoir maman – Rebecca Cobb- éditions NordSud – 2014.


Au revoir maman – Rebecca Cobb- éditions NordSud – 2014.


«Il y a quelques temps, nous avons dit au revoir à Maman. Je ne sais pas très bien où elle est partie. Je l'ai cherchée partout. Mais tout ce que j'ai trouvé, ce sont ses affaire. Elle a dû oublier de les prendre».

Très bel album jeunesse sur la disparition de la mère d'un jeune enfant. De l'enterrement, à la prise de conscience, en passant par la culpabilité, chacun de ces épisodes est traité avec pudeur et délicatesse. Concis et évitant tous les écueils, Au revoir maman surprend par sa justesse et son émotion contenue.

mardi 6 mai 2014

Telegraph Avenue – Michael Chabon – éditions Robert Laffont – 2014.


Telegraph Avenue – Michael Chabon – éditions Robert Laffont – 2014.


«-(...)Brokeland Records, c'est tellement plus qu'un magasin. C'est une institution du quartier. Je sais que pas mal d'entre vous, les gars, ont perdu pas mal de temps et pas mal d'argent dans cette boutique au cours des ans.
-Beaucoup plus de temps que d'argent, commenta Archy
-C'est le genre de boutique indépendante, accueillante, originale..., poursuivit Abreu d'une voix chevrotante, comme s'il captait la friture politique qui parasitait les ondes entre les associés.»


lundi 5 mai 2014

La fille maudite du capitaine pirate / volume premier – Jeremy A.Bastian – éditions de la cerise – 2014.


La fille maudite du capitaine pirate / volume premier – Jeremy A.Bastian – éditions de la cerise – 2014.


Les éditions de la cerise ont été fondées en 2003 par l'immense Guillaume Trouillard. Outre les indispensables albums de ce dernier (Le cas Lilian Fenouilh, Colibri, La saison des flèches ou le récent Welcome), elles nous ont permis de découvrir les travaux du talentueux Grégory Elbaz, ou du un jour incontournable Vincent Perriot, notamment à travers les cinq numéros de la revue de création Clafoutis.
La «dernière fournée» nous est offerte par Jeremy Bastian, auteur né dans le Michigan, et se présente comme une série dont le titre générique est: La fille maudite du capitaine pirate. La traduction est réalisée par Patrick Marcel, tandis que l'énorme travail de lettrage a été exécuté par Guillaume Trouillard lui même.
Dès la prise en main de l'ouvrage, une évidence s'impose: l'objet-livre lui même est d'une beauté rare et inédite. De la maquette, en passant par le lettrage et la texture du papier, tout a été mis en œuvre pour offrir le plus bel écrin au travail de Jeremy Bastian. De ce dernier, on découvre avec fascination le graphisme minutieux, les mises en page inventives et ornementales.
Il est vrai que cette profusion de détails finement ciselés, dans un premier mouvement semble nuire à la lecture tant on est happé par la richesse des planches. Puis, après avoir contemplé l'album avec délectation, on en entame la lecture et on est séduit par la quête de cette jeune fille parti à la recherche de son père Capitaine pirate sur les mers d'Omerta. Le récit qui semble évoquer l'Alice de Caroll ou les aventures du Baron de Münchhausen, ne cesse de rebondir, de s'inventer en s'appuyant sur le bestiaire invraisemblable et inquiétant proposé par Jeremy A Bastian.
Assurément, La fille maudite du capitaine pirate fait partie de ces albums qui osent proposer d'autres possibles à la bande dessinée, et qui par cette foi en leur médium se révèlent les plus motivantes et nécessaires. 

 

jeudi 1 mai 2014

L'Arbre d'or. Vie et mort d'un géant canadien – John Vaillant – éditions Noir sur blanc – 2014.


L'Arbre d'or. Vie et mort d'un géant canadien – John Vaillant – éditions Noir sur blanc – 2014.



Il est des livres que l'on a envie de lire sans trop savoir pourquoi. Des ouvrages qui nous attirent sans même en avoir entendu parler. Une couverture, une phrase, un thème et on a qu'un désir: celui de se plonger irrésistiblement dans la lecture. C'est ainsi que j'ai découvert L'arbre d'or, récit mêlant documentaire sur l'abattage des arbres en Amérique du Nord, historique de l'archipel Aida Gwaii au large de la Colombie Britannique, légendes des Indiens Haïdas et réflexions sur la civilisation occidentale. A cela s'ajoute le destin de Grant Hadwin, bûcheron au physique évoquant Clint Eastwood, qui a commis en 1997 le sacrilège d'abattre le légendaire épicéa de Sitka, vieux de 300 ans, aux aiguilles étonnement lumineuses : l'Arbre d'or. Cet acte fou, il l'expliquera par courrier : «Je n'ai pris aucun plaisir à massacrer cette superbe vieille plante, mais vous avez manifestement besoin pour vous réveiller d'un message, d'une alarme (…) Mon message n'est pas de manquer de respect à la nation haïda, par mes actes, non plus qu'à l'environnement naturel de Haida Gwaii. Néanmoins, je revendique cet acte comme une expression de ma rage et de ma haine envers les élites formées à l'université et les extrémistes qui les soutiennent (…).» Ouvrage passionnant de la première à la dernière page, L'Arbre d'or n'est pas un roman mais comporte en lui un souffle romanesque inouï, fait de personnages emblématiques, de descriptions grouillant de vies et qui n'hésitent pas à nous amener à mettre en perspective les choix opérés par nos sociétés occidentales. Au final, les amoureux de littérature américaine des grands espaces, tout comme les lecteurs de réflexions englobant protection de l'environnement et droits humains devraient être conquis par ce livre attachant, passionnant et devenu une pièce essentielle de ma bibliothèque.