jeudi 31 octobre 2013

Lou Reed Rock and Roll Heart - 1976.



A chanter bien fort!

Annie Sullivan et Helen Keller – Joseph Lambert – éditions çà et là / Cambourakis- 2013:


Annie Sullivan et Helen Keller – Joseph Lambert – éditions çà et là / Cambourakis- 2013:


  Les faits narrés dans cette bande dessinée nous sont déjà connus par un très beau livre de Lorena A. Hickok, L'histoire d'Hellen Keller. Dans ce texte, nous apprenions à découvrir la jeune Helen keller devenue aveugle et sourde suite à une maladie à l'âge de dix-neuf mois. Nous y retrouvions également le personnage d'Annie Sullivan, employée comme préceptrice, qui luttera jour après jour pour que la jeune fille parvienne à établir un contact avec le monde extérieur.
  De cette histoire «vraie», Joseph Lambert invente un récit bouleversant par son propos, bien sûr, mais qui réalise un véritable tour de force en faisant que la forme de sa bande dessinée, malgré une apparente simplicité, révèle un trésor d'ingéniosité qui nous amène à ressentir l'enfermement de la jeune fille et son ouverture progressive à ce qui l'entoure. L'album parvient à nous faire éprouver jusqu'aux sensations les plus intimes, et dépasse ainsi la seule exposition des faits.

mardi 29 octobre 2013

Des comics et des artistes -Christopher Irving (textes) / Seth Kushner (photographies) – préface de Benoît Mouchart – éditions Muttpop – 2013.


Des comics et des artistes -Christopher Irving (textes) / Seth Kushner (photographies) – préface de Benoît Mouchart – éditions Muttpop – 2013.


Tout d'abord, on est séduit par la présence de Benoît Mouchart tant depuis quelques temps, ses propos et ses analyses donnent une vraie perspective à la bande dessinée. Puis, passé la belle préface, on se plonge avec délice dans cette histoire de la bande dessinée américaine contemporaine par ses auteurs. Si la part belle est faite aux comics de super-héros, de Will Eisner en passant par Stan Lee, Frank Miller, Jack Kirby, Jim Lee..., certain des grands noms de la bande dessinée underground sont aussi bien présents avec notamment Art Spiegelman, Harvey Pekar, Jamie Hernandez ou autre Dash Shaw. Le livre se révèle vite passionnant tant il évoque à merveille les œuvres emblématiques des auteurs, mais également leur contexte de création. Sorte de catalogue «d'envie», cet ouvrage est indispensable pour tout individu désireux d'enrichir sa culture comics, mais également pour ceux qui veulent se lancer dans ce monde à la richesse inouïe.

mardi 22 octobre 2013

Un petit retour et autres racontars – Gwen de Bonneval / Tanquerellle - d'après Jorn Riel- éditions Sarbacane- 2013.


Un petit retour et autres racontars – Gwen de Bonneval / Tanquerellle - d'après Jorn Riel- éditions Sarbacane- 2013.


Après la Vierge froide (2009) et le Roi Oscar (2011), Tanquerelle et Gwen de Bonneval nous reviennent avec de nouvelles adaptations de racontars du grand Jorn Riel. Un racontar est selon ce dernier «une histoire vraie qui pourrait passer pour un mensonge. A moins que ce ne soit l'inverse». Outre le plaisir de retrouver ces récits hauts en couleur, les bandes dessinées qui en sont extraites sont porteuses d'une même énergie et d'une même alliance fragile entre beauté des espaces et grotesque parfois des situations. Ainsi dans ce volume, nous découvrirons un frêle canot nommé «la mule» échouant avec son équipage sur le sommet d'un iceberg et dérivant inlassablement un mois durant sans possibilité de s'en dégager. A lire également la lutte acharnée entre un homme et un ours blanc. Tous ces «racontars» bénéficient du talent d'Hervé Tanquerelle. Auteur au parcours de haute volée dont les albums– de La Communauté, en passant par Les faux-visages ou Les voleurs de Carthage- ne cessent de démontrer son aptitude à donner corps à ses récits tout en inventant quelques unes des plus belles trognes de la bande dessinée.

mercredi 9 octobre 2013

Les ombres – Zabus et Hippolyte – éditions Phébus- 2013.


Les ombres – Zabus et Hippolyte – éditions Phébus- 2013.


  Hippolyte, auteur touche à tout dont on attend chaque parution avec désir, nous revient avec Les ombres, sur un scénario de Zabus, adapté de sa propre pièce de théâtre.
Un frère et sa sœur -dont les visages se limitent à de schématiques masques- fuient le Petit Pays qui est ravagé par des cavaliers sanguinaires avides de supposées richesses enfouies. Tous deux vont vers l'Autre Monde. «Là-bas...c'est le pays du bonheur! Là-bas, tu auras une maison avec une rivière qui coule à l'intérieur et qui te donne à boire quand tu as soif (…) Je te le promets.»
Dans ce trajet jalonné de drames, les deux protagonistes se doivent de lutter non seulement pour survivre, mais également pour rester humain. Pour cela, le frère est accompagnée des Ombres, esprits des êtres disparus qui l'obligent à continuer et à raconter la réalité de son parcours. Le récit se terminera par un bouleversant message adressé par celles-ci : «Ne t'en fais pas pour nous maintenant, vis !».
Les ombres est un album à la force exceptionnelle. Graphiquement, Hippolyte s'invente à chaque instant avec le souci de coller au plus près de son propos. Aucune image n'est attendue, aucune scène n'est évidente. La mort d'un personnage, malgré son économie de moyen, devient porteur d'un vrai agglomérat de sensations.
Récit proche d'un conte, d'une fable pour enfant, avec ses scènes de forêts menaçantes, ses ogres, ses sirènes, Les ombres nous parle pourtant avec force de ce qu'est l'exil, de ce que c'est que de devoir s'arracher de son pays, des siens, de vivre avec la peur au ventre et la mort des siens, d'être exploité, trompé, interrogé, soupçonné...
La bande-dessinée Les Ombres – et sa relative abstraction- nous remue bien plus que bien des bandes dessinées de reportages et nous propose un objet dont l'ambition de propos est égale à sa qualité artistique.
Finir et dire que Les Ombres ne se raconte pas, il se vit, et est une de nos plus belles expériences de lecture bande dessinée de l'année 2013.

mardi 8 octobre 2013

Mauvais genre – Chloé Cruchaudet – éditions Delcourt- 2013.


Mauvais genre – Chloé Cruchaudet – éditions Delcourt- 2013.


  La bande dessinée s'inspire de l'histoire vraie de Paul Grappe et Louise Landy qui se marièrent en 1911, puis furent séparés par la guerre. Face à l'horreur de celle-ci, Paul se mutile, déserte puis se réfugie chez sa femme. C'est là qu'il décide, pour échapper aux autorités, de se travestir afin de pouvoir vivre une vie hors de leur appartement. Le secret de son identité, ils le conserveront jusqu'en 1925, date de l'amnistie.
C'est cette histoire, contée dans l'ouvrage La garçonne et l'assassin, que Chloé Cruchaudet nous livre dans un album impressionnant de cohérence. De la rencontre du couple en passant par l'horreur des tranchées, jusqu'à l'ambiguïté des sentiments de Paul devenant progressivement Suzanne...tout y est évoqué avec fluidité, force et sensibilité. Si parfois les personnages cèdent à la volupté, l'inquiétude n'est jamais loin. Témoins ces scènes en forêt qui s'extraient du quotidien et inventent une autre réalité.
Ce qui fait la force de Mauvais genre, au-delà de ses qualités graphiques et scénaristiques, c'est l'incarnation de son personnage principal : Paul/Suzanne. Si dans un premier temps, le travestissement est un «jeu» de couple, très vite Paul/Suzanne prend non seulement l'initiative de ses transformations, mais y prend un plaisir évident. C'est avec une infinie sensibilité qu'on l'observe lissant ses cheveux ou ressentir une étoffe. Lorsqu'il/elle sort de la bouche de métro- devançant ostensiblement sa femme, il/elle est magnifique et sublime l'ensemble du décor.
La bande dessinée finit par cette terrible phrase «Quel gâchis.», car oui toute cette exacerbation est née du terrible conflit et de ses traumatismes. Mais de ce marasme, et le temps d'un album, Chloé Cruchaudet a inventé un personnage flamboyant et terriblement vivant.

vendredi 4 octobre 2013

Comment tirer sa révérence- Malcolm Mackay- éditions Liana Levi - 2013.

 Comment tirer sa révérence – Malcolm Mackay – éditions Liana Levi – 2013.


                                  «Personne ne dure jusqu'au bout.»

Comment tirer sa révérence est le second volet d'une trilogie initiée par Il faut tuer Lewis Winter dont le cadre est Glasgow et le personnage principal le tueur à gages Calum MacLean.

C'est sans lui que démarre ce roman. Jamieson, ponte du milieu, confie à une presque légende du métier, Frank MacLeod et son exceptionnelle longévité, une mission simple : éliminer Tommy Scott, jeune dealer dont l'ambition l'amène à faire de l'ombre à ceux déjà installés. Sauf que ce qui ne devait être qu'une formalité se révèle bien vite un guêpier dont seul le calme et la discipline de Calum MacLean pourront l'extirper. Seulement, une question reste posée : n'est-ce pas faire preuve de sentiment, et donc de faiblesse, que de vouloir sauver celui qui à échoué ?
Tout comme dans l'opus précédent, ce qui éblouit dans le style de Malcolm Mackay, c'est sa propension à nous donner foule de détails quant à la mise en place des événements. Dans cet univers où «tout tourne autour du secret et de l'instinct de conservation», porter attention à la moindre et insignifiante secousse devient vital. Le banal quotidien des protagonistes devient alors porteur d'un suspens aussi intense que les scènes de crimes qui les voient agir.
Frank MacLeod se révèle comme le beau et émouvant portrait de cette «vie à ne rien acquérir». Le final de cette sombre et mélancolique trilogie ne s'en annonce que plus admirable.

mercredi 2 octobre 2013

Mauvaise étoile – R.J. Ellory – éditions Sonatine – 2013.


Mauvaise étoile – R.J. Ellory – éditions Sonatine – 2013.


  Peu épargnés dans leur enfance, Elliott et Clarence sont abonnés aux établissements pénitentiaires pour adolescents dans lesquels ils se débattent pour survivre. Jusqu'au jour où ils sont pris en otage par Earl Sheridan, criminel violent et soumis à ses pulsions, qui tente ainsi d'échapper à la peine de mort. Commence alors une échappée sanglante où villes et commerces deviennent simples terrains de jeux et d'apprentissages.
  Mauvaise étoile est un road-movie captivant qui se plaît à nous surprendre à chaque instant. Les personnages y sont forts et acquierent progressivement leur autonomie. Récit d'initiations croisés mais dont le déterminisme semble annihiler tout espoir de rédemption, ce roman se révèle d'une troublante noirceur.
«Elle n'avait pas été épargnée par la poisse, c'était une certitude. Peut-être qu'elle aussi était née sous une mauvaise étoile. Peut-être qu'ils étaient tous deux nés sous le signe de la malchance, que c'était ce qui les avait rapprochés, et qu'ils étaient destinés à en baver quel que soit le chemin qu'ils prendraient.»

mardi 1 octobre 2013

Le poulpe: La bonne a tout fait- Franz Bartelt - éditions Baleine 2013.


Le poulpe: La bonne a tout fait- Franz Bartelt - éditions Baleine 2013.


  18 années que le poulpe sévit dans des polars qui se doivent de respecter une «bible» mise au point par les auteurs inauguraux: Pouy, Raynal, Quadruppani. Cela fait désormais 196 romans que Gabriel Lecouvreur, dit le poulpe, existe dans des romans inégaux -de certains on se souvient surtout du titre hilarant- mais qui parviennent régulièrement à nous offrir un titre qui sait éveiller notre désir. C'est aujourd'hui le cas avec ce La bonne a tout fait écrit par le talentueux Franz Bartelt et dont l'action se déroule dans un village des Ardennes, terre de prédilection de l'auteur. On y retrouve tout ce qui fait la qualité de son œuvre: des personnages solidement campés, une ironie qui peut surgir à chaque instant et surtout un sens des phrases, des répliques:
  «Pour survivre ici, non seulement il faut y être né, gémissait Bermont, mais il faut y avoir été conçu par des gens dont les ancêtres ont vécu là depuis au moins cinq générations. Si vous débarquez à l'âge de six ou sept ans, il vous manquera toujours six ou sept ans pour vous acclimater».