mercredi 27 février 2013

Mon ami Dahmer - Derf Backderf - éditions çà et là - 2013.


Mon ami Dahmer - Derf Backderf - éditions çà et là - 2013.


Derk Backderf a passé son enfance dans une petite ville de l'Ohio dans les années 70. Collégien, lui et ses amis côtoient un de leur camarade de classe: Jeffrey Dahmer. Ce dernier, solitaire, marginal, et se comportant de façon étrange, devient vite l'attraction de leur petit groupe d'amis. "Attraction" est le mot qui convient, car bien que passant du temps avec lui, peu de discussions et de sorties communes ne viennent émailler leur relation. Dahmer fera partie de leur quotidien jusqu'à la fin de leurs années de Lycée. En 1991, il sera arrêté pour 17 meurtres et sera surnommé le "cannibale de Milwaukee", puis assassiné dans sa cellule.

Un album dérangeant mais d'une force inouïe. Plus qu'un livre sur un homme qui va devenir un serial killer, il s'agit d'un beau et terrible livre sur l'adolescence. A aucun moment l'auteur n’essaie d'expliquer, et encore moins de justifier, les actes à venir de cet adolescent isolé et tourmenté. Ce qu'il nous dresse, c'est un portrait sans complaisance de l'adolescence. Celle de Dahmer bien sûr, mais également la sienne, la nôtre. Le portrait est violent et totalement dénué d'angélisme. Tout le monde a vu Dahmer et son mal-être, mais personne n'a cherché à entrer en contact avec lui, ni ses fréquentations adolescentes, ni les adultes. Cela aurait-il été possible ? L'auteur ne le sait pas... mais l'interrogation reste là, telle une fêlure dans la cuirasse.

mardi 26 février 2013

Philémon tome 16 - Le train où vont les choses - éditions Dargaud - 2013 du message


Philémon tome 16 - Le train où vont les choses - éditions Dargaud - 2013



Philémon et Monsieur Barthélémy rencontrent Joachim Bougon, chauffeur d'une "lokoapattes". Cette dernière est bien mal en point, embourbée, elle ne parvient plus à avancer..."Heureusement elle fume, c'est signe qu'il lui reste encore un peu d'imagination". En effet, la lokoapattes ne marche ni à bois, ni au charbon, mais à la "vapeur d'imagination".

Le dernier album de Fred était sorti en 1999 (L'histoire de la dernière image) . Le dernier Philémon était paru en 1987 (Le diable du peintre). Récemment, on a pu le voir au festival d'Angoulême et le retrouver dans un magnifique livre d'entretien L'histoire d'un conteur éclectique ( Marie-Ange Guillaume - Dargaud - 2011). Les retrouvailles avec Fred, surtout lorsque ses apparitions se font rares, sont toujours un moment d'émotion et d'immense plaisir. On savait -il l'affirmait- que viendrait un jour cet ultime album de Philémon, cette série majeure de la bande dessinée. Si un auteur est la preuve que la distinction bande dessinée / roman graphique n'est qu'illusoire, c'est bien Fred, tant son travaille est cohérent, inventif, et s'étend sur de nombreuses années (Philémon naît dans Pilote en 1965).
Que dire de cette nouvelle et ultime aventure? Tout d'abord, qu'elle est parmi ce que Fred nous a proposé de plus beau. Graphiquement, les planches sont toujours inventives, vivantes, débordantes. Le travail de mise en couleur de Isa Cochet (dont on admire également l'apport chez Andréas) est remarquable tant il préserve l'univers de Fred tout en y ajoutant une sorte de brume de nostalgie. Quant à l'histoire, elle est à la fois drôle, les dialogues sont savoureux "le train où va les choses va simplement où on lui suggère d'aller, monsieur", et surtout terriblement émouvante. Qui peut s'empêcher de voir dans ce monsieur Bougon et sa "lokoapattes" un Fred miné par sa difficulté (pour diverses raisons) à terminer cet album. "Des idées, toujours de nouvelles idées! Des histoires, toujours de nouvelles histoires! Sinon la lokoapattes s'emmêle les pattes et s'arrête (...) eh oui, dur métier que le nôtre". La grande beauté de cet album réside dans le fait de voir le grand artiste réussir à terminer son projet, et ce de la plus belle des façons. Sans  révéler la fin majestueuse de ce Train où vont les choses, Fred réussit ce que peu ont eu la force, la volonté ou le courage de faire: "boucler" sa série phare.

lundi 25 février 2013

Maurice Rosy (Novembre 1927 / Février 2013).


Maurice Rosy (Novembre 1927 / Février 2013).



On doit -entre autre- à Maurice Rosy l'invention du classieux Monsieur Choc, et de certains des albums de Tif et Tondu qui nous ont le plus fait rêver. On peut citer La villa du Long-Cri, Le réveil de Toar, les flèches de nulle part ou encore Le grand combat.
Avec Franquin, il réalisa le scénario de l'inoubliable Spirou et fantasio: Le dictateur et le champignon puis Les pirates du silence.
Bien d'autres albums sont à mettre à son actif (Jerry spring, Yucca Ranch avec Jijé, certains Boule et Bill avec Roba, quelques Bobo avec Deliége...)
Mais pour moi, Maurice Rosy restera irrémédiablement relié à cette douzaine d'albums de Tif et Tondu, avec Will, de haute volée, faisant la part belle à la fantaisie, à l'humour et à l'imaginaire. Le genre de lecture qui a marqué mon enfance et que je relis encore aujourd'hui avec plaisir.

Stan Lee, Homère du XX° siècle – Jean-Marc lainé- éditions Les moutons électriques -2013.



Stan Lee, Homère du XX° siècle – Jean-Marc lainé- éditions Les moutons électriques -2013.



La collection Bibliothèque des Miroirs s'enrichit d'un nouvel opus. On avait déjà trouvé passionnant leurs ouvrages consacrés à Jack Kirby, Steve Ditcko..., on a même la prétention de penser que celui consacré à Alan Moore est sans doute un des plus grands livres existants consacré à un auteur de bande dessinée...
et maintenant Stan Lee donc... le controversé Stan Lee!
Jean-Marc Lainé nous propose un ouvrage incroyablement documenté, présentant l'ensemble des éléments qui ont fait la réputation du grand scénariste (dialoguiste?), de ce qu'il apporta de nouveau au monde du comics ("Il y a dans ses personnages une dimension "passant innocent" qu'on ne retrouve pas dans les personnages DC (...) Les Fantastic Four sont fragiles." ) à sa façon de ressentir les tendances du moment, sans négliger les querelles légitimes quant à l'origine de chacun des personnages dont il s'est attribué la paternité (notamment avec Jack Kirby).
Le livre est passionnant, dense, foisonnant.

dimanche 24 février 2013

Fred in L' Histoire d'un conteur éclectique -propos recueillis et rédigé par Marie-Ange Guillaume – éditions Dargaud – 2011.



« Tout ce que je fais viens de là : de ce personnage en porte-à-faux qui essaie de survivre et ne comprend rien à rien. C'est ce frisson-là, entre le rire et les larmes que j'essaie toujours de retrouver. »


 Fred in L' Histoire d'un conteur éclectique -propos recueillis et rédigé par Marie-Ange Guillaume – éditions Dargaud – 2011.

jeudi 21 février 2013

La véritable histoire de Spirou, 1937/1946 - Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault- éditions Dupuis - 2013.


 
La véritable histoire de Spirou, 1937/1946 - Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault- éditions Dupuis - 2013.



Pour tout amateur de bande dessinée -et d'histoire de celle-ci - ce livre est un objet admirable. On y découvre la grande aventure du "journal Spirou" à travers ses dix premières années d'existence. De Jean Dupuis (imprimeur) à la création du "journal Spirou" et de son personnage phare, à son rôle pendant la guerre (avec de magnifiques anecdotes concernant Jean Doisy), jusqu'à l'après-guerre et l'arrivée de nouveaux auteurs emblématiques (André Franquin, Morris...). Le livre est incroyablement documenté et nous propose énormément d'archives jamais publiées jusqu'alors. Si le plaisir de redécouvrir foule de témoignages d'auteurs essentiels au 9°art (l'immense Jijé!) est bien présent, si les révélations sont là (la complexité du partenariat Rob-Vel - Blanche Dumoulin - Luc Lafnet), si la chronologie est respectée scrupuleusement, ce qui emporte véritablement l'adhésion à cet ouvrage, au-delà de son érudition, c'est la passion des auteurs, Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, pour leur sujet. Comme eux, on vit cette enquête avec émerveillement et une joie enfantine. A cela s'ajoutent une maquette et une qualité d'impression irréprochables propre aux intégrales Dupuis depuis quelques années. Quel plus bel hommage pouvait on rendre à ce personnage à la longévité exceptionnelle?



lundi 18 février 2013

Étranges rivages - Arnaldur Indridason - Métailié noir – 2013.


Étranges rivages - Arnaldur Indridason - Métailié noir – 2013.


Nous avions conseillé le précédent roman d'Indridason, La muraille de lave, roman dans lequel le personnage habituel, le commissaire Erlendur, n'apparaissait point. Tout juste apprenions nous qu'il était parti dans un fjord de l'ouest de l'Islande, sur les lieux de son enfance. Cette fois-ci, Erlendur est de retour, du moins dans l'écriture sinon à Reykjavik. Plus que jamais, il est hanté par la disparition de son jeune frère, happé par une tempête de neige et disparu sans laisser la moindre trace, accident survenu dans son enfance. Il garde toujours l'espoir de retrouver un indice qui lui permettrait de commencer à faire son deuil. Au cours de cette quête, il va croiser une autre affaire de disparition, celle d'une femme, cinquante années auparavant et dans des conditions semblables. La réalité historique, économique -comme toujours dans les romans d'Indridason- est bien là, en toile de fond : «  en quoi est-ce gênant de voir des lieux désertés par l'homme ? [...] ils étaient inoccupés lorsque nous sommes arrivés ici, pourquoi ne retourneraient-ils pas à l'abandon quand nous disparaîtrons ?». Pourtant, une multinationale produisant de l'aluminium est venue s'installer en ce lieu de bourrasques, roches nues et lichens. Le domaine des renards qui détiennent involontairement une partie de la vérité ? Mais de quelle histoire ?
Une écriture sombre comme le climat et les longues nuits en ces terres islandaises : « On ne voyait pas le soleil depuis des jours. Les fjords reposaient sous la brume, un temps plus froid et des chutes de neige étaient prévus au cours des prochaines journées. La nature était plongé en hibernation. »

dimanche 17 février 2013

David, les femmes et la mort – Judith Vanistendael – éditions Lombard – (réédition en cartonné) - Janvier 2013.


David, les femmes et la mort – Judith Vanistendael – éditions Lombard – (réédition en cartonné) - Janvier 2013.


Il est des livres qui se vivent, dont on n'a pas envie de parler. Des livres dont la lecture commune va créer une complicité et une émotion. On ne peut ni les résumer, ni les raconter sous peine de les atténuer. David, les femmes et la mort est de ceux-là. L'histoire est « simple » mais ne dit rien de la beauté de l'ensemble : David, libraire, apprend qu'il a une tumeur au larynx. Le livre raconte sa lutte contre sa maladie, mais nous fait également découvrir les vies de son entourage, essentiellement féminin, bouleversé par cette irruption. Bien sûr, ce livre est triste et douloureux. Mais où Judith Vanistendael impose son talent, c'est que jamais le propos ne sombre dans le pathos. Page après page, elle nous émerveille par des trouvailles scénaristiques, graphiques, de mise en page... Chaque élément devient prétexte à une découverte : une rampe dans un escalier, une vitrine éclairée la nuit, un rouge-gorge, une écharpe... tout nous apparaît sous un jour nouveau. Dans de ce douloureux cheminement, chaque détail devient essentiel. Ni le temps, ni les événements n'ont la même importance. Cette traversée, qui pourrait n'être que douloureuse, se révèle alors un agglomérat de sensations dont on sort transformé. Un client-lecteur, dont les avis sont précieux, m'a dit que ce livre fait partie des ouvrages qui « peuvent changer une vie ».

jeudi 14 février 2013

Frederick Exley – A l'épreuve de la faim – Journal d'une île froide – éditions Monsieur Toussaint Louverture – 2013.


Frederick Exley – A l'épreuve de la faim – Journal d'une île froide – éditions Monsieur Toussaint Louverture – 2013.




Frederick Exley est l'auteur d'un magistral roman considéré comme un classique de la littérature américaine : Le dernier stade de la soif (1968). Son second roman, Journal d'une île froide, sorti en 1975, est publié aujourd'hui aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. Exley est souvent décrit comme l'homme d'un premier et unique roman. Force est d'admettre que dès les premières pages, on retrouve tout ce qui fait la force de l'écrivain : humour, dérision, foi en l'écriture, sens de la formule... Pourtant, quelque chose est nouveau ici : sous les dérives alcoolisées, sous les mésaventures sexuelles, sous cette insoumission constante -qui pourrait nous l'approcher d'un Bukowski- pointe une véritable émotion. Car plus qu'un roman d'errance, A l'épreuve de la faim – Journal d'une île froide, est un bouleversant ouvrage sur un livre qui ne se fait pas, qui aborde de nombreuses pistes, s'égare, se recentre, parle de lui même (de nombreuses fois, l'auteur parle du manuscrit de son livre qui n'avance pas), interroge, épouse la vie, mais ne parvient pas à prendre forme. Ce sont tous ces défauts d'un livre qui lutte pour exister, obligeant l'auteur à se mettre à nu, qui rendent le second livre d' Exley essentiel, unique.


«  - Votre véritable vie littéraire, lançai-je, commencera le jour où vous accepterez que l'exclusion, le chaos, la solitude, le travail, et le travail et le travail sont les conditions sine qua non de l'écriture ; »
(…) Et c'était un homme qui avait compris trop tard ces choses -après que l'alcool, les rêves idiots et les déceptions de la vie aient sapé l'élan ambitieux de sa jeunesse- qui leur demandait d'accepter ces paroles. » 

mercredi 13 février 2013

Craig Johnson – Dark Horse -éditions Gallmeister – 2013.


Craig Johnson – Dark Horse -éditions Gallmeister – 2013.




Une femme s'accuse d'avoir tué son mari. Malgré cet aveu, le shérif Walt Longmire ne peut se résoudre à accepter cette version. Il se rend hors de sa juridiction, dans la petite ville d'Absalom, afin de découvrir la réalité de cette affaire.
Avec ce nouveau roman, Craig Johnson continue à nous émerveiller grâce à son écriture et à son jeu constant d'avec ce qui fait les grands mythes de l'Amérique.
La nouveauté est que, cette fois, Longmire doit enquêter incognito et (quasi) seul. Le récit se déroule comme sur un ring, sans cesse au corps à corps. On ressent les usures, les failles et les tensions de ce corps sans cesse en mouvement. Longmire devient alors lui même un paysage fascinant.
«  Nous faisons tout ce que nous pouvons pour protéger ceux que nous aimons, à n'importe quel prix, et ce n'est pas assez. Contrairement à l'os, une fois que ce cercle magique et illusoire de sécurité s'est brisé, il ne peut jamais être complètement réparé et il n'est pas plus fort au point de fracture. »


mardi 12 février 2013

L'autobiographie de Mark Twain - Une histoire américaine – éditions Tristram – 2012.




L'autobiographie de Mark Twain - Une histoire américaine – éditions Tristram – 2012.


L'autobiographie de Mark Twain se picore : on la traverse, on la lit avec boulimie, on s'y ennuie parfois... mais on est surtout émerveillé par son ampleur et son intelligence.


«  Ce livre n'est pas un registre de vengeance. Quand j'y mets quelqu'un sur le grill, je ne le fais pas simplement pour le plaisir que j'ai à le voir frire, mais parce qu'il en vaut la peine. Cela devient alors un compliment, une distinction ; qu'il me remercie et se tienne tranquille. Je ne mets pas à frire le fretin, le banal, ceux qui n'en sont pas dignes. »


lundi 11 février 2013

Franck Bill – Chiennes de vies – Chroniques du sud de l'Indiana – éditions Gallimard – 2013.


Franck Bill – Chiennes de vies – Chroniques du sud de l'Indiana – éditions Gallimard – 2013.


« Ce qui lui était arrivé lui revenait peu à peu, par bribes – comme si elle récupérait puis dépliait une à une des pages arrachées à un magazine, roulées en boule et jetées à la poubelle. Pour reconstituer pièce par pièce un puzzle déformé, effarant. »