lundi 27 août 2012

Chère Patagonie - Jorge Gonzalez - éditions Dupuis – 2012.


Chère Patagonie - Jorge Gonzalez - éditions Dupuis – 2012.


Chère Patagonie raconte le destin de plusieurs générations vivantes, exilées ou issues de la terre de Patagonie. Le récit démarre en 1888 et se termine en 2009. Il se découpe en neuf chapitres scénarisés soit par le dessinateur, soit par différents scénaristes  (Alejandro Aguado, Herman Gonzalez, Horacio Altuna), le tout dressant un portrait de cette terre de Patagonie. Le résultat est totalement fascinant. Ne vous attendez pas ici à une fresque historique et didactique, narrant l'histoire d'un continent peu connu. Ici nul fourmillement de dates, de faits, d'événements , d'anecdotes, de volonté encyclopédique. Jorge Gonzalez nous livre un album palimpseste où le récit, comme les planches, sont construits par strates et nourrissent l'ensemble de l'ouvrage. On peut être dérouté par la structure non linéaire de l'ensemble. On peut inversement être fasciné par la puissance de l'ouvrage qui vous saisit, vous emporte et vous submerge grâce à sa beauté et à sa cohérence. Un des grands albums de cette année 2012.

A l'ombre de la gloire - Denis Lapière et Aude Samama- éditions Futuropolis - 2012.


A l'ombre de la gloire - Denis Lapière et Aude Samama- éditions Futuropolis - 2012.



Allers-retours de 1909 à 1945, destins croisés de deux "gloires" de l'avant guerre : Victor Perez dit Young Perez, champion du monde de boxe poids-mouche en 1931 et Mireille Balin, actrice star du cinéma français des années 30 (Pépé le Moko, Gueule d'amour...). Ensemble, ils auront une courte liaison au sommet de leurs carrières respectives.
L'album raconte un déclin, celui de ces deux «étoiles» d'avant-guerre. Déclin de leur propre fait, mais également déclin exacerbé par la page sombre dans laquelle ils s'inscrivent (l'un sera déporté à Auschwitz, tandis que l'autre devra faire face à l'épuration de l'après-guerre). Mais leur histoire va bien au-delà de ce faits dramatiques. Denis Lapière (à qui l'on doit entre autre les très beaux Bar du vieux français ou la Dernière des salles obscures) livre un scénario tout en retenue et non-dit autour de ces personnages en quête de reconnaissance, mais qui se perdent inexorablement dans leurs propres failles. Portrait sans concession ni angélisme de cette période faite de tensions et de décisions porteuses de conséquences. Cette bande dessinée n'est pas qu'un scénario. Les planches d'Aude Samama sont juste magnifiques, jamais dans la démonstration, toujours au service du récit. Elle décrit avec force cette période d'avant-guerre mêlée de tension et d'insouciance. Elle parvient également à éviter les pièges de la représentation des camps, d'un viol... toujours à la recherche de l'image juste, sans jamais se complaire dans l'attendu ou le marquant. Toute sa mise en page est faite pour épouser au plus près le récit.