lundi 26 mars 2012

Enfants de poussière de Craig Johnson, éditions Gallmeister, 2012.


Enfants de poussière de Craig Johnson, éditions Gallmeister, 2012.


Dans le comté d'Absaroka, dans le Wyoming, est retrouvé le corps sans vie d'une jeune asiatique. Le shérif Walt Longmire va devoir mener une enquête le reliant à son propre passé de vétéran. Craig Johnson nous livre un grand roman ample, dans lequel chaque élément parvient à renouveler la grande mythologie de la littérature américaine. 

Trois vautours de Henri Trujillo, éditions Actes Sud, 2012.


Trois vautours de Henri Trujillo, éditions Actes Sud, 2012.



Javier veut quitter l'Uruguay, afin de s'offrir un avenir meilleur. A cette fin, il décide de convoyer un 4 x 4 volé de Buenos Aires à la Bolivie, contre une somme qui lui permettra de quitter définitivement son pays. Etrange roman que ce trois vautours... à la fois roman d'aventure, de misère et d'amour... le tout baigné dans une atmosphère de fièvre et de délire.

lundi 19 mars 2012

L'hiver du dessinateur de Paco Roca, éditions Rackham, 2012.

L'hiver du dessinateur de Paco Roca, éditions Rackham, 2012.
ou pourquoi il y aura encore une bande dessinée espagnole dans ma sélection des meilleurs titres de 2012.


Lorsqu'on lit beaucoup de bandes dessinées et, qu'en l'occurrence, on en vend, on est heureux de lire régulièrement de bons albums : bel objet, graphisme intéressant, scénario construit. Tout pour faire un bel album que l'on a envie de défendre, de conseiller. Et puis, beaucoup plus rarement, on a un album qui nous bouleverse, qui s'impose à nous ... où on ne se demande plus du tout si c'est un album de qualité. Il est devenu notre album, et de ce fait nous accompagnera au moins toute l'année en cours. Pour être tout à fait honnête, de tels albums, on en a 3 à 5 par an ... rarement plus. Et, en même temps, ces albums ne sont pas «bons», ce sont des albums importants.
La difficulté de ces albums, c'est qu'ils ne sont pas forcément «conseillables», tant on entretient avec eux un rapport intime. Parfois, la magie tient de ce que les gens en ressortent aussi bouleversés que soi.
L'hiver du dessinateur est de ces albums-là.
Il s'agit d'abord de l'album d'un auteur passionné par l'histoire de ses aînés dessinateurs. En effet, Paco Roca, né en 1969, n'a pas connu directement la période dont il parle car les événements narrés ici se sont déroulés principalement entre 1957 et 1959.
En 1957, les dessinateurs vedettes de la revue l' Editorial Bruguera, le plus important éditeur de bandes dessinées d' Espagne, décident de quitter cette maison d’édition afin de fonder une revue autogérée, Tio Vivo. « Nous avons constitué une coopérative artistique. Je ne sais pas si vous réalisez, mais nous avons créé le premier magazine fondé et dirigé par ses propres auteurs, une première dans le pays et peut-être dans le monde ».
En 1959, ces mêmes auteurs, confrontés à l'échec de leur entreprise, notamment du fait de leur dépendance à une distribution en kiosque sur laquelle Bruguera a la main-mise, reviennent signer chez leur premier employeur, et censeur d'hier.
L'album alterne ainsi entre épisodes marqués par l'enthousiasme des auteurs qui veulent prendre leur destin en main, et épisodes où les auteurs sont dans l'obligation de réintégrer un système dans lequel ils ne sont qu'exécutants, où les travaux sont régulièrement corrigés par le crayon rouge de la rédaction éditoriale.
Pour autant, aucun manichéisme ici. Le « crayon rouge » en question est tenu par Rafael González. De prime abord, il est un rédacteur impitoyable envers ses employés, mais très vite, on se rend compte qu'il s'agit sans doute du personnage le plus déchirant de cet album. Malgré toutes les mesures qu'il prend pour tenir d'une main de fer son journal, parfois la cuirasse craquelle et laisse entrevoir un personnage brisé, écartelé entre son « devoir » et ses aspirations passées. A un auteur qui veut abandonner l'écriture afin de se consacrer uniquement au travail de rédaction, il répond « Vous avez du talent pour écrire (…) Songez à ce que vous voulez faire de votre vie (…) Pensez-y bien avant de devenir un pauvre type ». On imagine alors qu'il est lui-même devenu ce pauvre type. L'émotion entourant ce personnage est amplifiée en lisant la petite notice biographique en fin d'album qui concerne Rafael González où l'on apprend que, journaliste, il fut « persécuté par le régime franquiste, il dut se réfugier en France. A son retour en Espagne, il vivota en exerçant toutes sortes de travaux (…) En 1946, il fut contacté par la famille Bruguera qui l'appela pour diriger la rédaction de la maison d'édition. ». Le voici implacable censeur, homme lui-même brisé par le régime franquiste et dont le portrait n'est finalement pas si éloigné des auteurs qu'il encadre. L'album est parsemé d'exemples de ce type, faits de complexité et d'émotion.
L'Espagne franquiste est le fond de cette histoire collective. Elle n'est pas traitée en tant que tel, mais se rappelle sans cesse à nous et aux acteurs de ce drame. Ainsi, au détour d'une planche, on entend un discours du général Franco, que l'auteur Joseo Escobar interrompt en disant « Dolors, tu peux éteindre la radio ? Du moins jusqu'à ce que le monde redevienne plus raisonnable. »
Un album touchant, enthousiasmant, drôle, véritable pièce d'orfèvre de ce premier trimestre.



Quelques autres grandes BD ayant pour toile de fond l'Espagne franquiste et qui sont parmi les meilleures BD de ces dernières années :
-L'art de voler, de Antonio Altarriba et Kim, Denoël Graphic, 2011.
-Paracuellos l'intégrale, de Carlos Gimenez, Fluide Glacial, 2009.
-Le piège, de Felipe H. Cava et Frederico Del Barrio, Actes Sud / L'an 2, 2008.




dimanche 18 mars 2012

La tristesse du Samouraï de Victor del Arbol, éditions Actes Sud 2012.


La tristesse du Samouraï de Victor del Arbol, éditions Actes Sud 2012.


La Tristesse du samouraï est un roman noir fascinant. Sous couvert de roman policier, l'auteur dresse le portrait de trois générations, de 1941 à 1982, marquées par l'histoire contemporaine de l'Espagne. Les familles de tous les protagonistes sont unies par des secrets, des règlements de compte enfouis, qui ressurgissent en cette année de veille de tentative de putsch. « Je suis un assassin, c'est vrai. Mais regarde autour de toi (…). Dis moi qui n'en est pas un. »

De bons voisins, Ryan David Jahn, Actes Sud, 2012.


De bons voisins, Ryan David Jahn, Actes Sud, 2012.



De bons voisins s'inspire d'un fait divers : l'agression mortelle de Kitty Genovese en 1964. Ce qui fait l'originalité de ce crime n'est pas l'acte lui-même, mais plutôt l'indifférence des nombreux voisins qui assistèrent à cette mise à mort. Pourtant, ce roman choral ne met pas en accusation ces témoins passifs mais révèle plutôt la complexité de leurs vies qui les conduit à l'égoïsme. Du très grand roman noir.

dimanche 11 mars 2012

Jean Giraud / Moebius (1938-2012). « Désolée pour Moebius ».

Jean Giraud / Moebius (1938-2012). « Désolée pour Moebius ».


« Moebius est mort... »...j'ai reçu plusieurs sms Samedi pour m'annoncer la mort de l'auteur. Ma compagne m'a même envoyé « Désolée pour Moebius ». Elle me connait. Elle sait l'importance qu'a revêtu l'œuvre de certains auteurs dans ma vie. Bêtement, à la mort de Franquin, j'ai pleuré. Cette fois, pas de larmes. On grandit sans doute. Juste l'impression que le monde entier des lecteurs/auteurs de bandes dessinées est en deuil. Certains auteurs sont attachés à une époque. Leur œuvre importante pour l'histoire ne franchit pas forcément l'épreuve du temps. Celle de Jean Giraud / Moebius reste fascinante et unique. Se plonger dans son univers reste un passage obligé de tout amoureux de bande dessinée. Pas pour savoir ce que cette œuvre a apporté à la bande dessinée, mais pour se prendre une claque monumentale ... toujours opérante.
Je pense que la bande dessinée est avant tout narration. Le beau dessin ou la virtuosité technique ne m'intéressent pas en soi. Ce qui est fascinant dans le travail de Jean Giraud / Moebius, c'est cette capacité à nous plonger dans son univers. Oui, il est un dessinateur génial. Il suffit de voir les derniers Blueberry, pas les meilleurs mais ceux où son métier parle le plus, pour s'en convaincre. Nul autre que lui n'a fait à ce point ressentir l'ambiance d'un saloon ou l'aridité du désert. Non seulement son dessin y est virtuose et élégant, mais il ajoute sa propre histoire au scénario proposé. Charlier était un grand scénariste, mais c'est le dessin de Jean Giraud qui fait que des albums comme Chihuahua Pearl ou Le Sceptre aux balles d'or ont marqué la plupart de la clientèle bande dessinée que j'ai pu rencontrer dans mon expérience de libraire.
Si des auteurs comme Tardi, que j'admire par dessus tout, construisent leur « carrière » album après album, Moebius lui a fait œuvre. On peut être déçu par le dernier Monde d'Edena, ou par tel autre album ... mais ceci n'a aucune importance. Ce qui impose le respect, c'est cette œuvre métamorphe capable de toutes les excentricités : surcharge de détails, épuration à l'extrême, absence de texte, violence, mysticisme, trivialité, classicisme … tout ceci ne fait qu'une seule et même œuvre de bout en bout fascinante. Aucun autre auteur de bande dessinée ne peut se vanter d'avoir exploité à ce point les possibilités de la bande dessinée … et ce toujours avec cette même fascination enfantine pour son médium. Dans le très beau Moebius, entretiens avec Numa Sadoul (éditions Casterman, 1991), il dit :
« (…) On croit que telle image est conforme à ce que j'ai voulu ; en fait, pas du tout, il était prévu au départ un machin grandiose ! Mais ça, je peux pas l' écrire en marge, je ne peux pas dire au lecteur : "Ah si vous saviez ce que j'ai rêvé là (…) ". »


Ce Samedi 10 Mars 2012, j'étais triste. Ma compagne avait raison. « Désolée ». Il était rassurant de savoir qu'un homme comme Jean Giraud / Moebius existait. Un génie du dessin, sans doute, mais qui n'eut qu'un souhait : ne jamais se laisser enfermer dans son talent. Le monde de la bande dessinée est en deuil, car Moebius et Jean Giraud sont morts d'un même mouvement.
Dans Moebius, entretiens avec Numa Sadoul (éditions Casterman, 1991), il dit : « (…) De toute façon, il y a peut être des chances pour que je disparaisse un jour réellement sans qu'on sache ce que je suis devenu. Qu'on se dise : ''Tiens, au fait, Moebius, est-ce qu'il est mort ? J'ai pas vu sa nécro " »