dimanche 19 février 2012

Pourquoi la série Images de l'histoire du monde, plus connue sous le nom de Timour, de Sirius reste une des belles séries de mon parcours de lecteur BD (chronique autour des albums 1 à 22) ?




J'ai commencé à lire Timour lorsque je devais avoir 7/8 ans. Mon premier album fut Le Gladiateur masqué. Mon père me l'avait rapporté d'une de ses sorties chez un bouquiniste de Nice - Planète Livres, je pense, à la façon dont le prix est indiqué au crayon sur la page de garde. J'ai tout de suite été fasciné par la couverture de cet album représentant le dit Gladiateur. Mon père est un féru d'histoire, et m'a toujours raconté avoir appris à aimer l'histoire lorsqu'il était gamin en lisant le magasine Spirou. C'est ainsi qu'il pouvait y lire les biographies de Jijé, Les histoires de l'oncle Paul ... et Timour.
Timour remonte le temps et traverse les civilisations, ou plutôt nous suivons des descendants de la lignée des Timour, et ainsi nous remontons avec lui, album après album, le cours de l'histoire : la Préhistoire, l'Égypte, la Rome antique, le Moyen-Âge...
A chacune de ces étapes, nous découvrons une civilisation. Timour a été Gaulois, Romain, Égyptien... Nous y croisons des Chrétiens (j'ai appris le signe du poisson dessiné sur le sol grâce au Gladiateur masqué), des Musulmans... Chacune des civilisations y est traitée avec respect, dignité et sans hiérarchie.
Sirius parvient avec Timour à inventer une série à forte valeur didactique (témoins les différentes cartes et croquis expliquant les mouvements de population, les particularités architecturales ou tout simplement les lampes à huile), mais dans laquelle il n'oublie jamais la part d'aventure que le fait de se plonger dans une époque peut comporter. On est parfois plus proche de l'histoire à la Salammbô de Flaubert que de celle d'un manuel d'histoire. Sirius a conscience de ce qui peut instruire et faire rêver...
Son dessin au pinceau est fait d'élégance et témoigne d'une grande maîtrise de l'équilibre des noirs et blancs. Il attache également un soin particulier aux costumes (gladiateurs, croisés, vikings...) et aux coiffures des personnages, leur insufflant bien souvent une forme de noblesse.
La grande force de Sirius est sa qualité d'écriture. On pourrait estimer que les importants cartouches de texte dans la série des Timour sont les témoins d'une époque dépassée de la BD. Sirius est lui-même né en 1911, et est à ce titre le témoin d'une époque révolue de la bande dessinée. Sauf qu'à l'inverse de bien de ses contemporains, le texte dans Timour est un véritable plus, un support à la rêverie et au mystère, au delà de l'image.
Voici deux extraits de Timour contre Attila, représentatifs du style Sirius :
« Au centre des ruines, une autre odeur, douceâtre et écœurante, domina celle du feu. A l'approche des chevaux, une nuée de corbeaux s'éleva lourdement. »


Suivi un peu plus loin de :


« Quelques jours plus tard, il aperçut une large rivière et de l'autre côté de celle-ci la masse noire des chariots mongols, vaste ville de cuir et de bois. »


L'image qui accompagne le dernier cartouche de texte montre Timour à cheval, de dos, surplombant une vallée au fond de laquelle on voit une rivière ... au loin, on aperçoit ce qui est sans doute une ville. Le tour de force de Sirius est de nous faire rêver à cette «vaste ville de cuir et de bois» sans même la représenter. Pour autant, ce n'est pas le signe d'une infériorité du dessin face au texte. Ce dernier a l'immense qualité de ne pas être redondant avec l'image. Il en révèle les richesses, et en fait un support à l'imaginaire bien plus fort que la simple représentation. Bien évidemment, le graphisme aurait pu également suggérer cela, mais ce n'est pas le style de Sirius.
J'avoue avoir relu cet album de Timour du haut de mes 35 ans, avec la peur de ne pas être transporté comme j'avais pu l'être à 9 ans. Et pourtant si, je vous assure, cela fonctionne !
Sirius ne fige pas les images. Il trouve un équilibre texte / dessin inédit afin de provoquer le maximum d'effet. Il s'agit là d'un véritable choix artistique qui conduit à la création d'une des plus belles BD historiques que j'ai pu lire.