lundi 17 décembre 2012

Mickey Newbury - Help me son - 2002/03


                           Le sublime et trop méconnu Mickey Newbury.
                                

dimanche 2 décembre 2012

Edmond Baudoin à la librairie Cadran Lunaire le 16 Décembre 2012 à partir de 15 heures.



 Je suis né à Nice. En 1986, mon père m'offre une bande dessinée pour mes 10 ans. L'album se nomme Un rubis sur les lèvres aux éditions Futuropolis. Malgré mon jeune âge,l'album me fascine... non par son histoire, mais par son graphisme. J'y découvre qu'un auteur a la possibilité d'utiliser tous les moyens dont il dispose pour raconter une histoire : écritures comme des notes, journaux, espaces blancs plus importants que les traits qui s'y dessinent, taches qui deviennent oiseaux... Tout cela me paraît d'une liberté incroyable.
En 1991, avec Couma aco toujours chez Futuropolis, je me prends de plein fouet l'histoire. Je découvre que l'autobiographie peut être un sujet immense pour une bande dessinée. En 1992, Edmond Baudoin obtient le prix du meilleur album pour ce même ouvrage.
Depuis, j'ai découvert les anciennes parutions de cet auteur, ainsi que celles qui ont suivi. Régulièrement, un nouvel album de Baudoin produit en moi un nouveau choc, une nouvelle excitation. Je me souviens ainsi de la lecture de Piero, Terrains Vagues, Travesti ou l'Arleri.
Raconter un album de Baudoin, c'est avant tout raconter la relation que vous entretenez avec celui-ci. Dans ses livres, tout est abordé : le goût du dessin, des relations humaines, la paternité, l'amitié, l'amour, le temps... Parler d'un album de Baudoin, c'est parler de la vie.
Lorsqu'il adapte Travesti de Mircea Caratarescu (l'Association, 2007) dans un de ses albums les plus inventifs formellement, il se met lui-même en scène en train d'adapter l'ouvrage... Tous les personnages qui traversent l’ouvre de l'auteur, que ce soient Victor, Paul ou le vieux peintre, semblent n'être qu'un : Edmond Baudoin. Si ce dernier nous raconte des épisodes de sa vie (son enfance à Villars-sur-Var, son grand-père, ses relations de dessin avec son frère, sa mère...), c'est toute son œuvre qui transpire son être et sa vie. Comme l'écrit Edmond Baudoin dans Eloge de la poussière (l'Association, 1995) : "J'ai toujours l'impression de faire le brouillon d'une œuvre à venir".
La marginalité de Baudoin dans le monde de la bande dessinée vient de cette particularité. Ses textes, tout comme son dessin, épousent la vie en en rendant sa flamboyance et sa mouvance . Son style évolue sans cesse : comparez Un rubis sur les lèvres(1986) avec l'Arléri (2008) pour vous en faire une idée. Dans ce dernier album, il nous parle du rapport du peintre avec son modèle, mais aussi de désir, de sentiment amoureux... Son travail graphique y est exaltant et semble gorgé de cette passion et de cette vie qu'il insuffle dans son texte.
Un des moments forts de l’œuvre de Baudoin se trouve dans Terrains Vagues (l'Association, 1996). Dans une case ouverte d'une simplicité confondante, Baudoin dessine deux traits parallèles : un au pinceau, plein d'aspérités, de pertes, d'irrégularités ; l'autre, droit, régulier, constant. Un texte accompagne ces deux traits. Le premier est : « POURQUOI CE TRAIT EST PLUS BEAU. » Le second est : « QUE CELUI CI. »  Une partie de la clé de l’œuvre de Baudoin est inscrite dans cet exercice métaphorique.

lundi 19 novembre 2012

Dali par Baudoin- Edmond Baudoin- éditions Dupuis- 2012

Dali par Baudoin- Edmond Baudoin- éditions Dupuis- 2012


Publié à l'occasion de la rétrospective consacrée à Dali au centre Pompidou du 21/11/2012 au 25/03/2013, Dali par Baudoin révèle une nouvelle fois l'extrême singularité du travail de l'auteur de Couma Aco ou Piero. Qui peut se prévaloir de réaliser un album de bande dessinée contant la vie d'un tel monument de la peinture sans se faire manger par son sujet ? Baudoin y parvient avec maestria. Il paraît imprégné par son sujet, par tout par ce qui le fascine dans son sujet : les obsessions, les images fortes, le fait de porter le prénom d'un frère mort... La première phrase de l'album est « Qui était ce type? » Baudoin s'interroge et tout l'album va tourner autour de cette interrogation, sans jamais y répondre. Il est évident que Dali est parfois loin de lui, picturalement et idéologiquement, pour autant il travaille son sujet, il le malaxe, le rend vivant. Son graphisme s'adapte à son propos, sans jamais singer les toiles du « maître ». Les images emblématiques sont bien là (béquille, œuf, rhinocéros...) mais tout également interroge les albums antérieurs de Baudoin (le crâne s'ouvrant vers l'imaginaire depuis Le premier Voyage...). Même l'irruption de la couleur, qui est motif de réflexion pour ce maître du noir et blanc, fait sens, en tout cas fait émotion car Gala surgit dans la vie de Dali en même temps que la couleur fait intrusion dans l'album. Depuis au moins l'Arleri, Baudoin utilise la couleur comme personne : elle est jet, intrusion, apparition.
Dali par Baudoin est un album fascinant par son sujet mais aussi par son auteur. Ce dernier ne s'y met jamais en avant – une forme d'humilité – tout en y étant dans le moindre détail, preuve d'une singularité artistique. Dupuis ne s'y est pas trompé en intitulant l'album : Dali par Baudoin.

La contrée immobile – Tom Drury – éditions Cambourakis – 2012.

La contrée immobile – Tom Drury – éditions Cambourakis – 2012.


Pierre Hunter vit dans la petite ville de Shale. Jeune homme nonchalant, parfois inconscient, mais qui semble faire partie du décor gelé de cette région du Midwest, même ses errances semblent y être vécues sans gravité. « Quand Pierre repensait à cette période, c'était comme s'il la voyait à travers du verre embué ». Puis le récit éclate, toujours à pas feutré, mais la peur est bien là. La mort et ses exécutants rôdent, hésitant à bouleverser cette émouvante quiétude.
Tom Drury parvient à inventer son propre univers en mêlant les genres les plus contrastés : chronique réaliste, policier, fantastique, conte... Le tout forme un beau roman, sorte de descendant littéraire du Nuit du Chasseur de Charles Laughton.

La Confrérie des Cartoonists du Grand Nord – Seth – éditions Delcourt – 2012.

La Confrérie des Cartoonists du Grand Nord – Seth – éditions Delcourt – 2012.


  A Dominion, un bâtiment abrite la G.B.N.C.C., soit en français "la Confrérie des Cartoonists du Grand Nord". La visite de ce lieu va être l'occasion pour Seth de nous raconter l'histoire et les œuvres de ces auteurs nord-américains jadis populaires et loués. Cet âge d'or passé, Seth se donne comme mission de nous le faire revivre, à travers anecdotes et strips d'anthologie.
 Cet album est un vrai régal pour les amoureux de la bande dessinée, ou plutôt pour ceux qui ont grandi avec la bande dessinée. Seth parvient à nous faire ressentir toutes les joies, les émotions et les moments marquants dans la vie d'un lecteur (passionné) de bandes dessinées. Voici quelques exemples personnels importants dans ma vie de lecteur de bande dessinée : lorsque j'ai enfin eu la collection complète des 31 Lucky Luke brochés j'ai été heureux, la fin de Bidouille et Violette m'a ému, la confrontation Attila / Timour m'a fasciné ou encore lorsque j'ai appris la mort de Franquin, j'ai été bouleversé tant il avait changé ma vie...
 Ce sont toutes ces émotions que l'auteur parvient à nous faire revivre. Sauf que dans l'album de Seth, tout -ou presque- est fiction. Cela rend le travail d'orfèvre de Seth encore plus impressionnant.

dimanche 11 novembre 2012

Arnaud Michniak - Pour qui sonne le tilt - 2012.


L'indispensable album solo d'Arnaud Michniak (Diabologum, Programme, Nonstop...) est disponible à cette adresse:

                                             http://www.michniak.org/

video

dimanche 4 novembre 2012

Stanley Brinks - One Goodbye.



http://www.byrecords.com/fr/artists/stanley-brinks

Le voleur de cadavres – Patricia Melo – éditions Actes Sud – 2012.


Le voleur de cadavres – Patricia Melo – éditions Actes Sud – 2012.



Sur une berge du Paraguay, un homme nouvellement déchu de son ancienne et confortable situation découvre un avion accidenté. Dans un premier temps, il veut porter secours au passager de ce vol, mais il n'y trouve qu'un cadavre... et un sac à dos chargé de drogue. Délaissant ses principes, il décide d'emporter ce triste bagage afin d'en faire un élément déclencheur de son destin.
Polar brésilien d'apparence classique, mais dont la lecture se révèle vite addictive. Éclat après éclat, toutes les valeurs de la population de Corumba semblent s'effriter sous le poids de la corruption. Nul n'est innocent, nul n'est exemplaire. Reste l'affection que l'on éprouve pour ces personnages oscillants, ayant comme seul désir celui d'une autre vie.
« C'était une histoire sordide, de gens immoraux, qui étouffaient des mendiants et puis vendaient leurs corps aux universités. Mais ces crimes sordides avaient un but noble, qui était la science et le progrès (…) On n'a même pas de cause noble »

Mattt Konture, l'éthique du souterrain – Francis Vadillo – éditions l'Association – 2012.


Mattt Konture, l'éthique du souterrain – Francis Vadillo – éditions l'Association – 2012.




Une introduction idéale au travail de Mattt Konture à travers un dvd documentaire et un album qui relate ce même dvd. On y (re) découvre un auteur passionnant, entier et essentiel. Pour tous ceux qui veulent savoir ce qu’est la BD underground en France.

jeudi 1 novembre 2012

Part Company again.


                                    http://label-gum.com/produits/415-2

lundi 29 octobre 2012

Matthias Picard – Jim Curious voyage au cœur de l'océan – éditions 2024 - 2012.

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Matthias Picard – Jim Curious voyage au cœur de l'océan – éditions 2024 - 2012.


Matthias Picard a réalisé en 2011
Jeanine, un des plus beaux albums de l'Association. Aujourd'hui, il nous revient avec Jim Curious. Dans un premier temps, on est surpris : pas de texte et un dessin en noir et blanc flou destiné à la 3D. On se dit que l'album est un peu gadget : voici revenues les inénarrables lunettes 3D avec filtres rouge et bleu. A l'heure d'Avatar ou du Tintin de Spielberg en 3D, on pourrait facilement écarter cet album d'un geste plein d'a priori. Sauf que l'album que vous tenez entre les mains est une véritable expérience sensorielle. Les images réalisées avec une technique dérivée de la carte à gratter se révèlent d'une beauté inouïe, se fondant les unes dans les autres dans des compositions soigneusement pensées. Quant à la 3D, elle y est simplement extraordinaire. On se surprend à écarter ses doigts, ceux qui tiennent l'album, de peur d'empêcher un poisson de surgir.

Hilda et le troll / Hilda et le géant de la nuit / Hilda et la parade des oiseaux – Luke Pearson – éditions Nobrow - 2010/2012.

Hilda et le troll / Hilda et le géant de la nuit / Hilda et la parade des oiseaux – Luke Pearson – éditions Nobrow -
2010/2012.



Hilda est une jeune fille aux cheveux bleus qui vit avec sa mère et son animal de compagnie prénommé Twig. Dans le premier tome, on la découvrait habitant au creux des collines et découvrant lors d'une des ses nombreuses balades un Troll de Pierre à l'air inquiétant mais qui finalement se révélera attentionné. Dans le deuxième tome, elle avait fort à faire avec le peuples des Vallées Elfiques du Nord, qui les menacent d'expulsion. Dans ce nouveau tome intitulé Hilda et la parade des oiseaux, nous retrouvons nos trois protagonistes qui désormais ont déménagés et habitent dans la ville de Trolberg. Hilda regrette ses collines et leurs créatures. Et surtout sa mère ne veut pas qu'elle sorte seule ! « Tu pourrais te perdre...» lui dit elle. Ce à quoi Hilda répond : « Mais J'AIME me perdre ! ». Tout est dit du charme et de la beauté de cette série. Bien sûr, Hilda découvrira dans ce nouvel opus que cette ville lui réserve bien des surprises : une étrange parade des oiseaux se prépare, des fleurs jaillissent des fissures des trottoirs, les clochers sonnent les heures mais servent également à empêcher les trolls des alentours de s'approcher... Comme dira Hilda au sujet de ces rues qu'elle pensait dans un premier temps laides : « chaque porte est différente, avec des formes différentes, des couleurs différentes, des types de bois différents. Elles se ressemblent, c'est vrai, mais elles sont toutes uniques. » Véritable éloge de la découverte, de la rêverie, et de la curiosité, Hilda est une bande dessinée jeunesse (dès 8 ans) passionnante dont chaque planche fait preuve d'une inventivité constante et renouvelée. On a rarement été autant ému par la vision d'un troll des montagnes !

Pepe tome 1– Carlos Giménez – éditions Les échappées – 2012.

Pepe tome 1– Carlos Giménez – éditions Les échappées – 2012.



Après Paracuellos, prix du patrimoine ô combien mérité en 2012, Barrio et Les professionnels, Carlos Giménez nous revient avec Pepe, biographie de José Gonalez, auteur espagnol (1939-2009) peu connu par chez nous si ce n'est pour ses épisodes de Vampirella. Comme dans d'autres œuvres de Giménez, l'album allie la description du monde de la bande dessinée espagnole (avec la folle vie des ateliers, les commandes des magasines...) avec une évocation sous-jacente de l'Espagne de Franco. La première planche démarre par trois cartouches de textes : Barcelone. 1946. Barrio Chino, accompagnées dans une case par la clameur suivante : « Franco ! Franco ! Franco ! Vive l'Espagne ! » C'est dans ce contexte de pauvreté et de Franquisme que nous apprenons à découvrir José Gonzalez dit Pepe, jeune homme surdoué du dessin, mais se lassant vite de ses multiples talents. Comme lui dira un de ses collaborateurs d'atelier : « Essayer pour toi, c'est un jeu...Quand tout va bien ça ne t'intéresse plus... ». Comme dans d'autres albums de Giménez, ce qui surprend et enthousiasme dans l'album, c'est son apparente légèreté. Même Paracuellos, au fort contenu autobiographique, qui nous contait le quotidien d'enfants victimes de brimades et de restrictions dans un orphelinat espagnol de l'après guerre civile, parvenait à nous faire sourire. Ici, même si le sujet est moins lourd et que le personnage de Pepe semble particulièrement insouciant et sûr de lui, certaines césures viennent contredire cette apparente bonhomie. Ainsi, alors que le jeune auteur semble vivre une relation aimante avec sa mère, au détour d'une case, Truffaut, responsable de l'atelier Producciones ilustradas pour lequel travaille Pepe, demande à ce dernier s'il a parlé à sa mère de son non « appétit » pour les filles. Pepe répond « Un jour j'ai essayé de le lui dire...Je n'ai pas réussi à le faire. Tu sais ce qu'elle m'a dit ?   Plutôt mort que pédé. ». Si dans ce tome Giménez se concentre sur la dynamique des personnages, sans nulle doute que les tomes suivants en révèleront les failles.



L'enfance d'Alan – Emmanuel Guibert - éditions l'Association – 2012.

 
L'enfance d'Alan – Emmanuel Guibert - éditions l'Association – 2012.



Entre 2000 et 2008, Emmanuel Guibert proposait les trois volumes de la Guerre d'Alan. Cette œuvre prenait sa source dans les témoignages-souvenirs d'Alan Cope, soldat américain ayant participé au débarquement de Normandie, puis traversé la France, l'Allemagne et la Tchécoslovaquie. Le tout nous dressait un parcours touchant, loin des habituels témoignages sur la Seconde Guerre Mondiale. Cope montre sans cesse une distance sur les événements, un humour et une légèreté de ton. Le tout est magnifié par les graphismes tout en suggestion et en précision de Guibert, donnant ainsi naissance à une des grandes œuvres de la bande dessinée contemporaine. Un classique au même titre que l'Ascension du Haut Mal, David Boring...
Ce travail est né dans un premier temps de la rencontre d'Emmanuel Guibert avec Alan Cope, retraité à l'époque vivant sur l'île de Ré. En plus de ses souvenirs de guerre, le vétéran lui narra également sa jeunesse en Californie. Aujourd'hui, Alan Cope a disparu et Guibert le raconte à nouveau en transcrivant en bande dessinée ce nouveau pan des souvenirs d'Alan.
L'émotion à l'idée de ces retrouvailles est légitime. La crainte de l'album de trop également. Comment succéder à une telle œuvre ? Comment ne pas transformer une histoire forte en une «série» de plus ? Si les souvenirs de la Seconde Guerre Mondiale étaient un matériau infiniment romanesque, qu'en est-il d'anecdotes familiales et enfantines ?
L'enfance d'Alan se lit comme une histoire à plusieurs niveaux. Par exemple, le premier, pas le moins émouvant, raconte les retrouvailles de Guibert avec son ami disparu.
Avec son graphisme, ses magnifiques décors et ses compositions stupéfiantes d'efficacité, Guibert évoque cette Californie des années 30. Son trait dessine l'émotion d'une vieille photographie de famille tout en ne perdant jamais de vu son fil narratif. Sous un couvert extrêmement simple, minimaliste, Guibert parvient à rendre toute la complexité de ces petites choses qui composent une vie, de la grande histoire à la plus petite anecdote. Une photographie de famille n'est pas que ce qu'elle montre, elle enferme également toute une foule d'éléments pour le spectateur concerné : des personnes disparues, des objets aimés, des indices d'une époque.... Cette épaisseur relative à tout ce qui sous-tend une vie est évoquée avec une imposante maestria. Les événements s'y enchaînent avec une rare fluidité, une irrésistible grâce.
Le final est bouleversant et semble donner une clé -et surtout enrichir la Guerre d'Alan- en dressant un semblant d'explication concernant l'apparente distance d'Alan Cope vis-à-vis de ce qu'il traverse durant la Seconde Guerre Mondiale : «  ça me fait penser aussi à ma réaction devant l'énormité de la guerre. Je n'ai pas eu peur un point c'est tout. Sans doute, j'ai eu une peur intellectuelle. Je pouvais me dire chaque jour, en commençant ma journée : « c'est peut-être le dernier jour de ma vie ». Je le pensais, mais ça m'a pas vraiment fait peur parce que c'était trop énorme, trop naturel, si vous voulez ».
Emmanuel Guibert, avec L'Enfance d'Alan, nous propose un album riche, passionnant dans sa forme et son fond, aux multiples relectures possibles malgré son apparente simplicité. Un nouveau classique donc.

mardi 2 octobre 2012

Nombreux sont ceux qui ignorent – Manu Larcenet – éditions Les Rêveurs – 2012 / Blast tome 3: La tête la première – Manu Larcenet – éditions Dargaud – 2012.

 
 

Nombreux sont ceux qui ignorent – Manu Larcenet – éditions Les Rêveurs – 2012 / Blast tome 3: La tête la première – Manu Larcenet – éditions Dargaud – 2012.


La sortie conjointe de Blast tome 3 et de Nombreux sont ceux qui ignorent est l’occasion de rappeler tout le bien que l’on pense de Monsieur Larcenet ici.
On connaît le travail du grand homme depuis de nombreuses années maintenant. On se souvient avec émotion des pages hilarantes de Bill Baroud au sein de Fluide Glacial, série qui, à l’inverse de nombreux de ses compères de publication, parvenait à flirter avec l’émotion au détour d’une case. On n’oublie pas non plus la découverte de ce drôle de format qu’était L’artiste de la famille, le genre d’album que l’on dirait écrit pour soi tant il vous parle et vous remue. Et est-il nécessaire de reparler du Combat Ordinaire, série qui alterne ambition, humour et dépression ? Une série qui vous parle : dans nos mémoires, les yeux embrouillés de Marco croisant ceux des collègues de travail de son père restent indélébiles. Mais aussi Le retour à la terre qui, sous une apparence plus anodine, révèle un vrai talent dans le format court. On y a rarement autant ri. Et on a offert la série à sa compagne parce que tout ça c’est un peu nous.
Et puis en 2009, alors que l’on se demandait si la routine ne risquait pas de s’installer sans qu’elle soit encore là, arrive BLAST. Cette dernière série, sans tourner le dos aux albums précédents de Larcenet, fut un véritable choc, un tour de force. Dans le premier album, on découvre le personnage de Polza Mancini, accusé d’avoir fait « quelque chose de grave » à Carole. Le tout se déroule dans la salle d’interrogatoire d’un commissariat. L’important n’est pas ce qu’il a fait, mais comment il en est arrivé à le faire. « Rien n’est entier, sans nuance (…) Vous cherchez à simplifier mon histoire (…) On pense que tout est explicable (…) Mon histoire n’est pas mathématique! Elle se résume tout entière à la collision entre le hasard et mes obsessions… c’est pas des choses qu’on trouve sur internet! » Autant de phrases fortes qui résument l’ambiance de la série. Les planches sont magnifiques, noirs et blancs rehaussés au lavis, avec parfois l’intrusion de dessins  enfantins et colorées. Les écrits font penser à un lointain cousin de Jean Meckert… rien que ça! Véritable choc, la série l’est autant par son graphisme que par la force de ses textes. Tout comme Jacques Tardi, Larcenet réalise des dessins ahurissants de beauté mais n’oublie jamais qu’il fait de la bande dessinée : tout y sert sa narration.
C’est un an plus tard qu’est paru Peu de gens savent, autre pierre angulaire de l’œuvre de Larcenet. Dans cet album, il s’adonne au dessin libre, sans filet ni ligne directrice. L’imaginaire, l’émotion, l’humour et la folie s’y révèlent avec une densité rare. Chaque dessin va ensuite inspirer à l’auteur un texte révélant un goût pour l’absurde et la provocation totalement inédit, les deux s’enrichissant mutuellement.
Voilà ce que Monsieur Larcenet en disait sur son blog le 12 Février 2010 :
« Il y a deux ou trois ans, j’ai commencé à remplir des carnets, de manière automatique, comme une discipline de travail personnelle. Je travaillais sans réel but, sans pression, sans autre intérêt que d’animer des formes.
Puis j’ai arrêté comme j’avais commencé, du jour au lendemain, sentant très précisément que j’avais vu ce que je voulais voir et qu’il était temps de passer à autre choses.
Ce n’est que plus tard, en me replongeant dans ces carnets que l’envie d’illustrer certains de ces dessins avec un texte me sembla une évidence. Et j’ai pris un plaisir inédit à le faire. »
Aujourd’hui sort le nouvel opus intitulé Nombreux sont ceux qui ignorent. Et ce plaisir prit par l’auteur à la réalisation de l’ouvrage, il le communique également au lecteur. Une des grandes forces de l’album est de ne pas nous écraser sous sa prouesse technique -qui pourtant est bien là- en nous laissant percevoir ce qu’est un dessinateur toujours à l’affût de la surprise, de l’émerveillement, de l’envie… le tout avec une forme de modestie salutaire.
En prime arrive Blast tome 3 : La tête la première, ce 05 Octobre…On se dit qu’on est gâtés !



lundi 1 octobre 2012

Alain Bashung - Angora .


Les enfants pâles – Philippe Dupuy / Loo Hui Phang – éditions Futuropolis – 2012.


Les enfants pâles – Philippe Dupuy / Loo Hui Phang – éditions Futuropolis – 2012.



Un pays dévasté par la crise. Les usines ferment. La nourriture vint progressivement à manquer. « Pour épargner les enfants de la grande famine, les pères et les mères décidèrent de les tuer ». Peu à peu, les enfants disparurent jusqu’au jour où un certain nombre d’entre eux décidèrent de quitter la ville afin d’échapper au sort macabre auquel les condamnent leurs parents.
Dès le départ, le propos est lourd et pesant. Pourtant, par une constante mise en cause formelle tout au long de ses 430 pages, l’album se révèle enthousiasmant et fascinant. Dans sa première partie, la forme fait étrangement penser à des ouvrages de graveurs des années 20 tels que La Ville de Maaserel, Col Blanc de Giacomo Patri ou Destin de Otto Nuckel. On y retrouve la même force brute, la même confiance envers le pouvoir des images. Puis, l’album devient plus onirique: la traversée vers la forêt se révèle à la fois éprouvante quant au propos et captivante quant au graphisme.
L’album joue de sa forme apatride, glissant de pages entièrement dévoués au texte à de pleines planches de graphisme non indexées au récit, à de planches de BD plus classiques faites de cases et de phylactères. L’un ne vient jamais illustrer l’autre. Toutes les formes se complètent, se prolongent, s’alimentent.

Alix Sénator – Les aigles de sang – Valérie Mangin / Thierry Demarez – éditions Casterman – 2012.


Alix Sénator – Les aigles de sang – Valérie Mangin / Thierry Demarez – éditions Casterman – 2012.



Désormais, Alix est âgé de 54 ans et est devenu sénateur tandis qu’Enak n’est plus.
En ce temps où les séries du passé se conjuguent parfois à l’infini afin que jamais la source ne se tarisse, en ce temps de cross-over, de préquelles, de séries dérivées, de one-shot, de retour de… Alix Sénator est une vraie réussite qui gagne le pari incroyable de plonger Alix dans les canons de notre époque tout en nous donnant envie de replonger dans cette grande série.
La grande force de ce Alix 2.0 vient du fait que Valérie Mangin a compris ce qui faisait la grandeur de la série, et qui s’est peut-être perdu avec le temps. Avant de devenir la série pédagogique, prompte à illustrer les manuels d’histoire de nos cours de 5°, avant d’être une série où les spécialistes guettent la moindre erreur quant aux nombres de colonnes qui composent un temple, Alix était une grande série d’aventure, de passion et de mystère. Les albums d’Alix nous faisaient rêver avant de nous donner l’envie d’en approfondir les faits historiques. Que l’on se souvienne de La Griffe Noire, des Légions Perdues, de L’île maudite… autant de titres qui faisaient la part belle à l’imaginaire.
C’est dans cette continuité qu’a décidé de s’inscrire Valérie Mangin. L’album se sert de l’Histoire pour nous faire rêver. Tous les ingrédients sont là : aigles aux serres d’or envoyés par Jupiter, crimes, cruauté…
Le travail de Valérie Mangin fait aussi preuve d’une grande finesse quant aux liens qu’elle noue avec la série originelle. Le lecteur peut découvrir la série avec plaisir sans être appesanti par le poids de cette série aux nombreux volumes. Cependant, le lecteur fidèle sera heureux de découvrir les renvois aux albums de Jacques Martin, notamment au tombeau étrusque.

Au final, Alix Sénator réussit le plus grand défi : nous donner l’irrésistible envie de lire le prochain épisode.

Cleveland – Harvey Pekar – éditions ça et là – 2012.


Cleveland – Harvey Pekar – éditions ça et là – 2012.

Pourtant mort à 70 ans en 2010, beaucoup de lecteurs français n’ont découvert Harvey Pekar qu’en 2003 avec le film American splendor où l’on suit cet auteur au style oscillant entre Bukowski et Carver. Cleveland se présente comme un concentré du travail de Pekar. Il s’agit surtout d’un portrait de cette ville qui l’a vu naître et mourir. L’auteur y déambule, nous en raconte l’histoire, de son état d’étendue de terre à l’élection d’Obama, en passant par le krach de 1929. Une phrase simple la résume : « Aucun jeune couple aisé n’a envie d’y voir grandir ses enfants », et pourtant Pekar s’y raconte. Cette ville est sienne. Tout comme lui, elle semble être toujours au bord de l’implosion tout en étant  pleine de vie, d’envie. L’album se termine par une bouleversante dernière phrase: « J’aimerais bien voir ça ». Comme si ce grand auteur, parfois si tourmenté, se révélait soudain enclin à l’apaisement.

Le monde à l'endroit – Ron Rash – éditions Seuil – 2012.


Le monde à l'endroit – Ron Rash – éditions Seuil – 2012.

Lors d'une pêche à la truite, Travis, jeune adolescent rejeté par son père et ayant abandonné les études, découvre un champ de cannabis à l'abri des regards. Pour lui, il s'agit d'argent facilement gagné, lui permettant de payer son assurance pour la voiture. Il arrache des plants et les revend à Léonard, ex-professeur qui gagne désormais sa vie en dealant dans son mobile-home. L'action est répétée deux fois... avant que Léonard ne le mette en garde contre les représailles possibles si les propriétaires des plans le surprennent. Travis n'écoute rien et se fait surprendre par le propriétaire (Toomey) qui le séquestre et entend lui donner une leçon inoubliable.

Le monde à l'endroit est un grand roman dans la pure tradition américaine, mêlant histoire contemporaine de ces désœuvrés et histoire du sol américain qui s'est construit sur la guerre de Sécession. Travis découvre une sorte de vie de famille faite de marginaux (un peu à la Gran Torino de Clint Eastwood) où personne ne respecte totalement la loi mais où chacun essaye de survivre dans un univers noir et tendu. On est touché par Travis qui veut réussir son histoire en étudiant pour l'obtention d'un diplôme, en découvrant les sentiments grâce à Lori ... mais le poids du sol et des trahisons, comme dans le passé, est toujours là... Est-il possible de s'extraire de cette gangue ? On le souhaite tout au long de l'histoire tant ce roman tendu nous captive et nous touche. «Tu sais qu'un lieu est hanté quand il te paraît plus réel que toi».

Grand maître – Jim Harrison– éditions Flammarion – 2012.


Grand maître – Jim Harrison– éditions Flammarion – 2012.

Sunderson est un inspecteur à l'aube de sa retraite. Celle dernière arrivant, il est obsédé par le fait de résoudre une dernière mission : mettre à jour les agissements de celui qui se fait appeler Grand Maître, gourou d'une secte aux agissements peu clairs, notamment vis-à-vis de la sexualité des mineurs. Sunderson se plonge donc dans cette dernière mission, traversant les États-Unis , passant du Michigan au Nebraska, via l'Arizona. Étape après étape, on découvre un Sunderson désabusé, accro à l'alcool et au sexe.

Le personnage de Sunderson, sorte de flic au charisme indéniable, dont la vie s'étiole, victime de ses frasques et de ses obsessions, est fascinant. Un livre rugueux, fort, vulgaire et élégiaque. Le vieil animal est bien en vie.
«Tout ça ressemble à un mauvais rêve, mais c'est la réalité. Il faut que j'y mette un terme.»

L'expérience Orégon – Keith Scribner – éditions Christian Bourgois 2012


L'expérience Orégon – Keith Scribner – éditions Christian Bourgois 2012

Naomi et Scanlon quittent la côte Est pour s'installer à Douglas, petite ville de l'Orégon. Scanlon y accepte un poste d'universitaire qui, il l'espère, lui permettra de devenir titulaire. Naomi, elle, est nez, mais a perdu son odorat. Elle est également porteuse de leur enfant à venir. Roman fleuve qui va nous permettre à la fois de suivre l'histoire de ce couple en voie d'implosion, mais également la vie de cette communauté, partagée entre soumission, radicalisme politique (anarchisme, sécessionniste). Histoire à la fois d'enquête, de l'intime, également de la vie d'une communauté avec des personnages comme Sequoia ou Clay qui créent un univers fourmillant, attachant... mais toujours tendu. Un roman que l'on lit de plus en plus lentement de peur de le finir trop vite, et de quitter cette ville au bord de l'implosion.

Pike – Benjamin Whitmer – éditions Gallmeister – 2012.


Pike – Benjamin Whitmer – éditions Gallmeister – 2012.

Pike, ex-homme de main, est de retour dans sa ville natale. L’homme a changé. Il est désormais prêt à vivre de petits boulots et à ne plus s’écarter du droit chemin. Sauf que sa fille, qu’il n ‘a pas vue depuis des années, meurt des suites d’une overdose, laissant une enfant de douze ans derrière elle. S’engage alors une quête, de squats en lieux de prostitution, dans le seul but de comprendre ce qui est réellement arrivé à Sarah. Pike est un grand roman noir au style concis et acéré. Le livre de 230 pages se découpe en 75 chapitres coups de poings. L’auteur ne s’encombre pas de détails. Il avance dans une langue crue, directe, mais dont les tournures ne cessent d’imposer l’admiration. Des phrases extraites des chapitres sont indiquées en exergue de ceux-ci, et on se prend à attendre de les lire dans leur contexte afin d’en apprécier toute la force et l’humour. Un véritable florilège dont voici quelques extraits:
-Chapitre 36 ~Il a toute la panoplie de la virilité, sauf les parties importantes ~
-Chapitre  55 ~Son tabassage lui a volé le contrôle de ses entrailles~
-Chapitre 68 ~La bouche comme une tache de sang sur le blanc de sa peau~
Un gigantesque auteur de roman noir est né, entre Pélécanos et Edward Bunker. Son nom mérite autant de marquer vos esprits que celui de Pike: Benjamin Whitmer.




lundi 10 septembre 2012

Mat – Edmond Baudoin – éditions Gallimard – 1996/2012.


Mat – Edmond Baudoin – éditions Gallimard – 1996/2012.

Mat est un adolescent qui habite avec son père entre parkings de supermarchés et voies rapides couvertes de voitures. Il vit en dehors de la ville et en marge de la société. Sa liberté réside dans ses rêves, dans ses errances et dans le foot. Un jour, Mat rencontre Élodie, une autre enfant délaissée, et va essayer de l'amener à mieux supporter ce monde. Elle sera envoûtée par des voyages imaginaires en mer, par des traversées en équilibre sur un simple fil, par le tatouage d'une aile de papillon. Autant d'éléments que Baudoin, par la force de son graphisme, parvient à nous rendre également fascinants. Le fil devient ligne tendue, la canne à pêche se transforme en une courbe qui anime la case, les rêves dessinent des espaces où les décors sont griffonnés, vibrants, tandis que les parties de foot sont abstraction, plaisir pur. Mat et Baudoin parviennent ainsi à transcender ce triste réel.

Le terroriste noir – Tierno Monénembo – éditions Seuil – 2012.


Le terroriste noir – Tierno Monénembo – éditions Seuil – 2012.

Addi Bâ, tirailleur sénégalais, est capturé après la bataille de la Meuse. Il s’évade, erre dans les forêts, avant d’être recueilli dans le village de Romaincourt dans les Vosges. Sa couleur et sa tenue n'étant pas habituelles pour cette population, ce n'est que progressivement qu'il va réussir à se faire accepter par les habitants jusqu'à devenir un personnage clé dans l'existence du village. En 1942, il entre en contact avec la Résistance et crée le premier maquis des Vosges. Les Allemands le surnommeront «le terroriste noir». L'histoire nous est racontée 60 ans après par une jeune fille du village qui témoigne à la fois des rivalités familiales, des règlements internes au village et en même temps de l'attachement réel à ce personnage si singulier pour les habitants. Un roman fort où se mêle humour, révolte, histoire et portrait grouillant d'un village. Essentiel, drôle mais bouleversant au final.

«Nous ne savions rien de cette armée de fantômes. Nous ne savions pas qu'à quelques mètres de nos villages, ces gens-là mourraient ou devenaient fous dans des contrées hostiles et pour une cause qui ne les concernait même pas».

Home- Toni Morrison - éditions Christian Bourgois – 2012


Home- Toni Morrison - éditions Christian Bourgois – 2012

Home raconte le périple de Frank Money, dans les années 50, à travers l'Etat de Géorgie afin de retrouver sa soeur Cee qu'il sait en danger. Frank est vétéran de la guerre de Corée. Sur cette simple trame de chapitres alternant les périples du frère et de la soeur, Toni Morrison réussit un roman grandiose. Le format est court ( 153 pages), les chapitres nombreux (17), et la forme s y retrouve décantée à l'essentiel. Aucun mot de trop, et pourtant une écriture riche, sensuelle, évocatrice. Toni Morrison réussit à nous proposer un chant dont la puissance poétique et émotionnelle ne se dément jamais. Aucune faiblesse, aucun temps morts. On démarre, puis on est emporté. Les grands thèmes de l'auteur sont là: portraits de femmes, enfantement, ségrégation, violence des corps, errance, ...Le tout dans une langue et une intelligence qui force le respect. Un roman qui se ressent, vous imprégne, et devient vite une part de vous comme peut l'être la littérature: une expérience inoubliable.

lundi 3 septembre 2012

Part Company - Out of egypt - éditions G.U.M - 2012


Et un nouveau grand morceau...vivement l'album...

http://label-gum.com/produits/415-2

L’or et le sang – Merwan / Bedouel / Nury / Defrance – éditions 12 Bis – 2012.





Deux personnages, Calixte de Prampéand et Léon Matilo, que socialement tout oppose, sont démobilisés de la Grande Guerre, et ne parviennent pas à réintégrer leur vie d’avant. Ils décident alors de vivre une vie d’aventure et de liberté qui les conduira en terre marocaine.
Sur cette trame simple, les auteurs parviennent à nous faire vivre une aventure exaltante, entre fresque historique et récit d’aventure. On pense souvent à Monfreid, à Burton ou au film inoubliable que fut
L’homme qui voulut être roi. Mais au-delà de toutes ces références, ce qui emporte totalement l’adhésion, c’est la façon dont les auteurs parviennent à maintenir intact, album après album, un même engouement pour le récit et pour ses personnages.
Tout simplement la plus belle série d’aventure du moment.




Sergio Toppi ( 1932 / 2012 ).


dimanche 2 septembre 2012

Autobiographie des objets – François Bon - éditions Seuil – 2012.


Autobiographie des objets – François Bon - éditions Seuil – 2012.

De courtes chroniques nous narrent, dans la majeur partie des cas, des objets qui font référence à la jeunesse de l'auteur. Divers chapitres donc : jouets, machines à écrire, dictionnaires, cartes postales, armoire aux livres... Chaque texte est un modèle de finesse, d'intelligence et d'écriture. A aucun moment l'auteur ne sombre dans la nostalgie rance ou le passéisme soumis. Si son attachement aux objets est fort et est constitutif de ce qu'il est, il a l'intelligence de toujours percevoir ce que provoquent ces changements dans notre rapport aux temps, à la mémoire, à l'érudition. Texte sans doute sur une disparition annoncée, mais également document essentiel pour faire comprendre ce qu'a été notre vie entourée de ces objets.

«On farfouillait dans la boîte. Certains des objets remontaient à mon père, gardés ici dans leur fonction d'occupation pour enfants donc recyclables à échelle de génération- ce que nous avons aussi perdu.»

Cinq Ciels – Ron Carlson – éditions Gallmeister – 2012.


Cinq Ciels – Ron Carlson – éditions Gallmeister – 2012.

Trois hommes (Arthur Key, Ronnie Panellu et Darwin Gallegos) sont réunis afin de réaliser un chantier grandiloquent dans l'Idaho. Autour de cette imposante construction, la vie de ces trois hommes va se raconter progressivement. Personne ne sait pourquoi il est là, mais chacun fuit une histoire personnelle lourde qui les hante. Le roman nous raconte cette triple rédemption sur fond de paysages grandioses, de petites villes endormies et de labeur. Surtout, c'est un roman sur l'amitié qui unit ces hommes, las de leurs propres erreurs. Un grand livre à l'écriture dense et ciselée qui parvient à faire ressentir le poids des silences qui unissent les êtres.
«Ce n'est pas une idée. C'est tout ce qui me reste. C'est une vie et elle m'a été enlevée, et il n'y avait pas de secours. Il n'y a aucun secours.»

Dernière nuit à Montréal - Emily St. John Mandel - Rivages / thriller - 2012



Dernière nuit à Montréal - Emily St. John Mandel - Rivages / thriller - 2012

A New-York, Eli tombe amoureux de Lilia, jeune fille dont une des caractéristiques est de ne jamais s'installer là où elle arrive. Un jour, de façon prévisible, elle disparaît. Eli décide de partir à sa recherche à Montréal.
Au début du livre, on fait la connaissance du personnage de Lilia, puis, tout comme Eli, on est séduit et irrémédiablement marqué par ce personnage en "transit". Et ce n'est que petit à petit que chaque personnage (car il y en a bien d'autres : Michaela, Christopher...) va se révéler, entre enquête et réflexion sur le sens de nos vies.
Dernière nuit à Montréal est un roman noir atypique qui réussit la gageure de vous tenir en haleine de bout en bout tout en vous bouleversant. Polar de l'année?

The Flaming Lips et Erykah Badu - The First Time Ever I Saw Your Face - 2012


lundi 27 août 2012

Chère Patagonie - Jorge Gonzalez - éditions Dupuis – 2012.


Chère Patagonie - Jorge Gonzalez - éditions Dupuis – 2012.


Chère Patagonie raconte le destin de plusieurs générations vivantes, exilées ou issues de la terre de Patagonie. Le récit démarre en 1888 et se termine en 2009. Il se découpe en neuf chapitres scénarisés soit par le dessinateur, soit par différents scénaristes  (Alejandro Aguado, Herman Gonzalez, Horacio Altuna), le tout dressant un portrait de cette terre de Patagonie. Le résultat est totalement fascinant. Ne vous attendez pas ici à une fresque historique et didactique, narrant l'histoire d'un continent peu connu. Ici nul fourmillement de dates, de faits, d'événements , d'anecdotes, de volonté encyclopédique. Jorge Gonzalez nous livre un album palimpseste où le récit, comme les planches, sont construits par strates et nourrissent l'ensemble de l'ouvrage. On peut être dérouté par la structure non linéaire de l'ensemble. On peut inversement être fasciné par la puissance de l'ouvrage qui vous saisit, vous emporte et vous submerge grâce à sa beauté et à sa cohérence. Un des grands albums de cette année 2012.

A l'ombre de la gloire - Denis Lapière et Aude Samama- éditions Futuropolis - 2012.


A l'ombre de la gloire - Denis Lapière et Aude Samama- éditions Futuropolis - 2012.



Allers-retours de 1909 à 1945, destins croisés de deux "gloires" de l'avant guerre : Victor Perez dit Young Perez, champion du monde de boxe poids-mouche en 1931 et Mireille Balin, actrice star du cinéma français des années 30 (Pépé le Moko, Gueule d'amour...). Ensemble, ils auront une courte liaison au sommet de leurs carrières respectives.
L'album raconte un déclin, celui de ces deux «étoiles» d'avant-guerre. Déclin de leur propre fait, mais également déclin exacerbé par la page sombre dans laquelle ils s'inscrivent (l'un sera déporté à Auschwitz, tandis que l'autre devra faire face à l'épuration de l'après-guerre). Mais leur histoire va bien au-delà de ce faits dramatiques. Denis Lapière (à qui l'on doit entre autre les très beaux Bar du vieux français ou la Dernière des salles obscures) livre un scénario tout en retenue et non-dit autour de ces personnages en quête de reconnaissance, mais qui se perdent inexorablement dans leurs propres failles. Portrait sans concession ni angélisme de cette période faite de tensions et de décisions porteuses de conséquences. Cette bande dessinée n'est pas qu'un scénario. Les planches d'Aude Samama sont juste magnifiques, jamais dans la démonstration, toujours au service du récit. Elle décrit avec force cette période d'avant-guerre mêlée de tension et d'insouciance. Elle parvient également à éviter les pièges de la représentation des camps, d'un viol... toujours à la recherche de l'image juste, sans jamais se complaire dans l'attendu ou le marquant. Toute sa mise en page est faite pour épouser au plus près le récit.



jeudi 5 juillet 2012

ou Bob Dylan ?


Neil Young?


En silence- Audrey Spiry-éditions KSTR- 2012.


En silence- Audrey Spiry-éditions KSTR- 2012.



On guette toujours les nouveautés de la collection KSTR. Collection lancée en 2007 par Casterman, et qu'ils définissent eux mêmes par ces termes (voir leur site): "se veut l’équivalent graphique et narratif du rock d’aujourd’hui." N'oublions pas que Casterman a amené certains des plus grands albums de bande dessinée avec ses diverses collections ( Ecritures, A Suivre...). Si KSTR n'est pas toujours à la hauteur de son ambitieux cahier des charges, force est de constater que des albums comme Esthétique et filatures, La Cellule, Le coût du chlore, Vilebrequin, Polina... ont amené leur part de choc et d'admiration. On attend donc toujours une nouvelle parution de KSTR. Et le choc arrive à nouveau cette fois avec En silence de Audrey Spiry, premier album étonnant et totalement hors des sentiers balisés. L'histoire: quelque part en France, des amis se retrouvent pour une journée de canyoning. Cette dernière va être l'occasion, tout particulièrement pour Juliette, de faire le point sur sa vie et ses sentiments. En silence, se lit autant comme une bande dessinée d'aventure, que comme un lent, mais tortueux, chemin dans les profondeurs de nos pensées. Les planches silencieuses, faites d'eau et de déformation des corps, sont tout simplement magnifiques. Tels les personnages luttant dans ces paysages escarpés, Audrey Spiry, parvient à nous immerger totalement dans la profondeur de ces eaux et de nous mêmes. La descente s'y révèle merveilleuse et éprouvante.