dimanche 27 novembre 2011

Alec de Eddie Campbell-éditions Ca et Là/ Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi-2 volumes, éditions Cornélius.





Alec de Eddie Campbell-éditions Ca et Là/ Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi-2 volumes, éditions Cornélius.

Pour moi, de loin, mes deux lectures BD de l'année. Moi qui en avais marre des gros pavés du type objet intellectuel qui aura un prix sûrement...et que finalement, on ne relit que rarement. Ici, j'ai été happé, bouleversé par ces deux ouvrages qui ont comme premier point commun de sortir en France en 2011, mais qui ont en fait été réalisés sur de nombreuses années.

Ces deux bandes-dessinées sont autobiographique, et toutes deux ont la particularité d'être racontées par le biais d'un alter ego : Eddie Campbell devient Alec Mc Garry, tandis que Yoshihiro Tatsumi devient Hirsoshi Katsumi.

Ce qui unit également ces deux ouvrages, c'est leur passion pour le médium bande dessinée. Tatsumi a travaillé 11 ans afin de nous raconter ses débuts dans la bande dessinée de 1945 à 1960, tandis que Campbell nous narre 30 ans de sa vie.

Tatsumi nous raconte ses souvenirs de jeune auteur émergeant dans le sillage du maitre Tezuka. On y découvre les fonctionnements, les genres, les systèmes de vente, les studios de cet art alors émergeant. Tout comme son protagoniste, nous apprenons à découvrir un milieu fait d'incertitude, de compromis et de passion.

Campbell lui, nous raconte 30 ans de sa vie, presque au jour le jour. Certes, il deviendra auteur de BD, mais nous découvrons aussi son travail en usine, ses années de pub du Vendredi où la paye est dépensée, où les amis sont proches, mais où tout peut basculer si vite. Avec une question sous-jacente : peut on être un artiste juste pour soi ? Tout ceci est passionnant. Puis, les années passent Alec Mc Garry passe par le fanzine, les rencontres avec de jeunes auteurs ( Alan Moore dit "le Mage" pour le plus préstigieux), des festivals, des conférences...avec toujours cette impression « d' être à côté », d'avoir besoin de cette double vie, entre Auteur et homme.

C'est ce double parcours que Campbell nous conte. Tatsumi, lui nous conte la vie d'un auteur qui ne vit que pour être auteur de bande dessinée, et dont la vie ne tourne qu'autour de cela – on effleure juste une histoire d'amour, des relations fraternelles compliquées..., mais tout ceci est balayé tant le mouvement du personnage est tourné vers l'idée de révolutionner son médium. Il y a un côté très « Manga » dans cette idée...on imagine très bien le personnage le crayon levé vers le ciel disant « j'y arriverai, promis » !

Chez Campbell, l'ironie vis à vis de lui même, le doute, l'effacement font qu'il évoque toujours une distanciation face au monde qui l'entoure. Paradoxalement, c'est ce même mouvement qui le rend plus auto-centré. Tatsumi lui, raconte son histoire comme étant imbriquée dans celle du japon d'après guerre (divers documents viennent ajouter à cette touche journalistique), il participe à une volonté collective de redresser le Japon.

Deux points communs me rendent ces deux ouvrages particulièrement bouleversants :

  • Tatsumi (dans les 70 ans au moment de la réalisation de l'album) est bouleversant lorsqu'il nous explique la beauté d 'un dessin de Tezuka. Campbell est passionnant lorsqu'il raconte les Comics de son enfance. Dans les 2 cas, ces lectures d'enfance ont changé leurs vies.
  • Ces ouvrages ont comme autre point commun leur humilité. La bande dessinée y est vécue comme une pratique exigeante. Tatsumi et Campbell vivent dans la passion des grands auteurs de leur enfance, des grands maîtres sans doute inatteignables (Tezuka, Pratt, Eisner, Kirby …), et des confrères dont ils reconnaissent l'apport.

vendredi 11 novembre 2011

Part Company – Babar.



Part Company – Babar – éditions Green United Music. Novembre 2011

Comment écrire un texte sur de la musique ? Cet exercice est d'autant plus difficile que les paroles sont en anglais, et que je suis à peu près incapable de les traduire. Alors comment écrire pour dire pourquoi on aime une chanson ?

J'avais déjà voulu écrire pour dire, à l'occasion de la sortie de Bad as me, pourquoi Tom Waits est important dans ma vie...et je n'ai pas su comment faire. J'ai pensé que la meilleure solution était sans doute de dresser la liste de ses chansons qu'il faut absolument avoir écoutées dans sa vie. Car oui, une chanson peut avoir cette importance qui fait que notre vie n'est pas complétement pareille si on ne l'a pas écoutée. J'en suis convaincu.

Babar par Part Company. J'imagine que malgré l' année anniversaire du célèbre animal, le titre n'a rien à voir avec la chanson. Déjà, je ne sais pas trop pourquoi le film de Gus Van Sant s'appelle Elephant, ni même l'album des White Stripes. Je me souviens aussi du magnifique Elephant Shoe d'Arab Strap.

Faire référence à un éléphant, s'est sans doute parler d'une démarche lourde et massive. Et puis surtout, c'est évoquer sa mémoire. On dit que celui-ci n'oublie jamais ni les chemins empruntés, ni celui ou celle qu'il a côtoyé pendant une période de sa vie. Babar est lui même une figure de ce passé.

Tout ceci correspond aux sentiments que provoquent en moi ce morceau : déambuler au rythme de la musique, de façon régulière, comme une boucle puis soudain, on est submergé... tous ses souvenirs...le rythme s'accélère, nous dépossède...puis on reprend le chemin. En 3'34, cette chanson me bouleverse, me ramène à moi, puis m'aide à prendre mes distances afin de repartir.