mardi 18 octobre 2011

Andréas, de son vrai nom Andréas Martens.


Andréas, auteur de BD. Pour ne citer que quelques uns de ses nombreux albums : Rork, Capricorne, Arq, Coutoo, Cromwell Stone, Raffigton Event...

J'ai découvert Andréas avec le numéro 5 de la série Rork. Je devais avoir 15 ans. Cet album était vendu dans des bacs de solde de la FNAC pour le prix de 10 FF parce que sa couverture était abîmée. Ce qui m'a tout d'abord fasciné chez lui, c'est son dessin : les visages des personnages, les décors de ville...je me suis alors tourné vers Cromwell Stone et son graphisme en noir et blanc proprement hallucinant.

A la différence d'autres auteurs, Andréas reste un amoureux de la BD. Jamais dans son travail, on ne ressent l'auteur frustré par son médium, qui souhaiterait sortir des cases, faire des films, des toiles. L'auteur, album après album a synthétisé son trait afin de pousser au plus loin ses recherches narratives. Dans Andréas-Une Monographie, éditions Mosquito, il dit :  « (...)ce vers quoi j'ai envie d'aller dans mon travail(...)vers une sorte de simplification, c'est à dire de trouver des signes qui communiquent l'histoire ».

Se plonger dans l'oeuvre de Andréas, c'est accepter de jouer avec les codes de la Bande Dessinée. L'auteur aime la BD, et son oeuvre ne fait que tourner autour de la question « Qu'est ce que la narration en BD ? »

Pour autant, Andréas fait toujours de la « série », avec des personnages, une histoire, des rebondissements. Il ne produit pas une oeuvre abstraite. Par exemple l'album n°12 de Capricorne, ne possède ni dialogues, ni titre, car le moindre bruit risquerait de provoquer une avalanche dans les paysages couverts de neige. Un jeu abstrait qu' Andréas transforme en véritable enjeu de son histoire. Ni exercice de style, ni gratuité. L'enjeu narratif se double de l'enjeu scénaristique.

Par ses interrogations sur le médium Bande dessinée, l'auteur est pour moi extrêmement proche de la BD dite indépendante des années 90. Mais Andréas s'en démarque, une fois de plus, en faisant de la BD réflexive et romanesque. C'est cette ambivalence qui fait qu'il reste pour moi pas assez reconnu dans le milieu Indépendant, et trop peu lu par les lecteurs de Série du type éditions du Lombard. Dès ses débuts dans le journal TINTIN, fin des années 70, l'auteur était déjà situé dans cet espace.

L'oeuvre d'Andréas est exigeante et nécessite de nombreuses lectures, tant elle fourmille d'informations, et de renvois entre albums. Cependant, il serait faux de s'imaginer que c'est une oeuvre difficile. On peut très bien aimer Andréas sans avoir perçu toutes les clés de son travail. Il m'est moi-même arrivé de lire une nouveauté, de Arq par exemple, et de ne plus me souvenir des tomes précédents de la série. Pour autant, l'inventivité, et la liberté de l'auteur font que la lecture de l'album se révèle tout de même enchanteresse. Puis, on relit l'ensemble de la série afin de se plonger dans ce puzzle scénaristique. Un plaisir en deux temps en quelque sorte.

20 ans après que j'ai découvert ses albums, je continue à guetter toute nouveauté d'Andréas, et reste à chaque fois surpris par leur invention, leur exigence et leur singularité. 

Cet auteur a l'immense qualité de garder son oeuvre éveillée, tout autant que ses lecteurs.
 


mercredi 12 octobre 2011

Un troisième visage – Samuel Fuller – éditions Allia. Août 2011.



Un troisième visage – Samuel Fuller – éditions Allia. Août 2011.

Un troisième visage est l'autobiographie de Samuel Fuller. Je n'ai vu que deux films du cinéaste : Le port de la drogue, Shock Corridor.
Cependant, cette autobiographie est juste un très grand roman. Non seulement parce que sa vie est digne d'une ample fresque, mais également parce que l'écriture y est forte, sans fioritures. Fuller écrit comme il filme, parle et vit. Tout y est direct.

Sa description du milieu du journalisme dans les 20's/30's nous fait retrouver l'ambiance des romans noirs de Chandler. Il y évoque des noms qui ont croisés son histoire (Hearst, Al Capone...). Plus loin, on le voit photographier et écrire sur les bidonvilles (« Hoovervilles »), les mouvements de grève...

Puis, Fuller s'engage comme volontaire dans l'armée pour partir en Europe, refusant d'y servir en tant que journaliste. Il intègre « the Big Red One » et débarque en Afrique du Nord, en Sicile, puis à Omaha-Beach. Je crois que je n'avais jamais ressenti avec autant de force ce qu'a pu être l'horreur du débarquement en Normandie.

Il n'acceptera de reprendre, caméra au poing, sa fonction de journaliste que lors de la découverte du camp de Falkenau... Tout ce passage est boulversant.

Il raconte notamment l'histoire d'un sergent qui découvre, au camp de Falkenau, le corps décharné d'une jeune fille. Il décide de s'occuper d'elle, pendant que les équipes médicales s'occupent des autres survivants. Il la porte jusqu'à son campement, puis jour après jour, il la nourrit et lui fait écouter une boite à musique trouvé dans le poste de commandement SS. Petit à petit, elle semble retrouver vie, et puis :
« La jeune fille est morte quelques jours plus tard. Le sergent a refusé que nous l'aidions à l'enterrer (…) il a fabriqué lui même un cercueil. Il a habillé la jeune fille morte avec une robe rose et des chaussures (…) il l'a allongée soigneusement, a placé la boîte à musique sur son ventre et ses mains autour. Elle souriait. Il a alors refermé le cercueil, creusé une tombe non loin du Konzentrationslager et y a déposé le cercueil. De loin, nous l'avons regardé combler la tombe, une pelletée de terre après l'autre. Une fois enterrée, le sergent n'a plus jamais parlé de la fille. Nous non plus. » (p.267/268).

La suite du livre raconte comment Fuller se bat pour que chaque film porte sa vision ( refus de faire tourner John Wayne dans un film de guerre « Avec Wayne, ce ne serait plus qu'une histoire simpliste et moralisatrice. »), et corresponde à sa vision complexe des rapports humains.

Dans l'ossature du livre, transparait sans cesse le déchirement d'un homme qui a survécu à l'irracontable.

dimanche 9 octobre 2011

Alfred Hitchcock - Une vie d'ombres et de lumière de Patrick McGilligan.

Alfred Hitchcock - Une vie d'ombres et de lumière de Patrick McGilligan - éditions Actes Sud /Institut Lumières. Janvier 2011.


1120 pages relatant la vie d'Alfred Hitchcock qui se dévorent d'une traite. Son histoire est tout d'abord celle du cinéma : des films réalisés de 1922 à 1976. Passant, du muet, au parlant, à la couleur, avec une maestria, et toujours la volonté d' utiliser la technique pour servir au mieux ses histoires.

Le livre est avant tout passionnant parce que l'on y découvre la fabrication de chacun de ses films : des compromis avec les studios au travail d'adaptation avec les scénaristes, castings, tournages, promotions... tout nous est expliqué, et nous montre à quel point Hitchcock pensait son métier de A à Z.

Le réalisateur se pense avant tout comme un « travailleur ». Il sait que le film doit faire de l'argent, qu'il y a des compromis à accepter (acteurs imposés, relectures de scénarios, budgets réduits) et que si un film n'est pas totalement réussi, il est au mieux de ce qui est réalisable au moment de son exécution. Pour autant il parvient, malgré ce système, à réaliser des films personnels et innovants.

Le livre parvient en outre, malgré sa profusion de détails techniques, à nous émouvoir. A la fin de sa vie, Hitchcock fait partie d'une époque passée. Lui qui a toujours su s'adresser à son époque est dépassé. Il ne se reconnaît pas dans les nouveaux acteurs (il ne rêve qu'à Carry Grant) et s'enferme dans ses propres obsessions.

Ce retrait progressif du réalisateur s'accompagne de l'évolution de la maladie qui touche sa femme, qui fut longtemps sa moitié de travail. Elle survivra un peu plus de 2 ans à son mari, dans l'incapacité de réaliser que son mari a disparu. Sa fille raconte que lorsqu'on lui demandait où est son mari, elle répondait « il est dans la pièce à côté », ou bien « il est au studio, ne vous inquiétez pas, il va bientôt rentrer » ».

Mine d'information et portrait émouvant d'un personnage hors du commun.