lundi 13 février 2017

Rencontre avec Benjamin Flao le 28 Février à la médiathèque le Singuliers (Belleville-69)


La prochaine  séance « le coin de la BD » aura lieu le Mardi 28 Février à 17h30. Le thème abordé sera le reportage dans la BD. A cette occasion, nous aurons comme invité Benjamin Flao,  auteur de La ligne de fuite ou encore Kililana Song, et collaborateur à la Revue Dessinée. Nous évoquerons son travail de dessinateur, ses livres, ses voyages et ses projets.

Nous serons ravis de vous y retrouver et vous y attendons avec impatience.

plus d'informations sur Benjamin Flao ici


Jirô Taniguchi (1947-2017)

Jirô Taniguchi (1947-2017)

Benoit Peeters in Jirô Taniguchi, l'homme qui dessine -  entretiens - éditions casterman - 2012:

"Jirô Taniguchi est devenu l'un des principaux passeurs entre le monde des mangas et celui de la bande dessinée. Mais il est surtout, tous domaines confondus, l'auteur d'une des œuvres  les plus fortes et les plus universelles de notre temps."


 

lundi 6 février 2017

Quelques questions à Fabien Vehlmann à propos de Satanie (Fabien Vehlmann / Kerascoët – éditions Soleil / collection Métamorphose– 2016). :


Quelques questions à Fabien Vehlmann à propos de Satanie (Fabien Vehlmann / Kerascoët – éditions Soleil / collection Métamorphose – 2016): 

Au mois d'octobre 2016, Fabien Vehlmann et Kerascoët nous offrait une des plus belles lectures de l'année 2016. Nous décrivions notre fascination pour ce livre ici
Satanie était une nouvelle fois la confirmation de la pertinence du travail de son scénariste à multiple facettes Fabien Vehlmann. Du Marquis d'Anaon, en passant par Paco les mains rouges, Les derniers jours d'un immortel ou sa reprise réussie de Spirou et Fantasio, chacune de ses propositions fait preuve d'une rigueur mêlée à un désir constant de se confronter à de nouveaux territoires.
Ce que l'on ne cesse d'admirer aussi dans ce travail, c'est la place laissée aux différents graphistes qui l'accompagnent.
Est née alors en nous l'envie de poser quelques questions à Fabien Vehlmann afin de découvrir d'un peu plus près son travail de scénariste.
Le coin de la limule tient à remercier Fabien Vehlmann qui a, malgré un emploi du temps extrêmement chargé, bien voulu répondre à nos questions, tout en acceptant de nous ouvrir un peu les secrets de son atelier en nous fournissant une part du scénario de Satanie 2 (dont vous découvrirez un extrait en réponse à la question 4).

Voyage en Satanie paru en 2011 (éditions Dargaud) était annoncé en deux parties. Aujourd'hui, l'album a changé de titre -désormais Satanie- et propose en un unique volume ce qui aurait sans doute dû correspondre aux deux tomes (aux éditions Soleil, collection Métamorphose). Une nouvelle naissance pour ce beau projet. Le deuxième tome était-il déjà réalisé à l'époque de la sortie du premier ou a-t-il été réalisé ultérieurement lors de l'assurance de sa nouvelle vie éditoriale ?


J’avais déjà terminé le scénario du tome 2 quand la sanction est tombée : les résultats insuffisants du premier tome rendait la suite inenvisageable… Un coup dur, dans la mesure où je trouve toujours très difficile d’admettre que les lecteurs n’auront pas la fin d’une histoire ! C’est d’ailleurs pour cela que j’avais fini par annoncer que j’allais mettre mon script en ligne sur mon blog, pour celles et ceux que cela intéressait. Et c’est le moment qu’ont choisi Clotilde Vu et Barbara Canepa pour me contacter en me demandant de les rencontrer avant de faire quoi que ce soit… Une aubaine inespérée, pour moi !


Satanie est votre seconde collaboration avec les Kerascoët, après le marquant Jolies ténèbres (2009 aux éditions Dupuis). L'univers graphique proposé par les Kerascoët y est d'une grande puissance. Saviez-vous avant l'écriture du scénario que vous collaboreriez avec eux ? Votre scénario s'est il nourri de leurs propositions ? Pourquoi cette volonté de travailler ensemble ?


Comme souvent quand j’écris, mon scénario s’est nourri des discussions que nous avons eu ensemble. Et si j’ai apporté la structure de départ (un scientifique voulant prouver l’existence de l’enfer grâce à la théorie de Darwin), les personnages principaux sont clairement issus de nos discussions, ainsi que le look organique de cette "satanie" multicolore !


3°Votre scénario glisse progressivement vers le fantastique, mais n'oublie jamais d'être plausible. Ainsi, dès l'entame de l'expédition souterraine, un cadre "scientifique" nous est offert: «Savez-vous qu’à ce jour, aucun savant n’a su expliquer la disparition de l’homme de Néandertal, contemporain de notre aïeul, l’Homo-sapiens ?". Vous souvenez-vous de comment vous est venue l'idée initiale de ce scénario, et quelle en était la ligne directrice ?


L’idée m’est venu de mon intérêt pour les articles scientifiques de tout genre (je suis un grand fan de Jules Vernes, mais aussi de publication de vulgarisations telles que Science et Vie Junior !!). A mon sens, il existe un « merveilleux » scientifique, résidant dans la rencontre du génie humain et de l’ingéniosité folle de la Nature. Comprendre les mystères du monde continue à me passionner ! Et c’est dans ce cadre que j’ai dévoré tous les articles concernant les néandertaliens – ainsi que les théories inspirées de Darwin, que je considère comme un des plus grands génies qui soit. Ensuite, j’ai par contre tenu à connecter ce versant « savant » à mon imaginaire : la théorie de Constantin est ici un pur produit de mon esprit étrange, un concept amusant que j’ai juste tâché de rendre crédible par un vernis technique !


4°On voit souvent le travail préparatoire des dessinateurs de bandes dessinées à travers les étapes que sont les croquis, le découpage, les planches... et peu celui des scénaristes. Pour se référer à une autre génération, on sait que Goscinny pensait jusqu'au découpage des planches tandis que Charlier fournissait des feuilles uniquement dactylographiées. A quoi ressemble un scénario de Fabien Vehlmann ?







5°Pour moi, vous faites partie des rares scénaristes qui parviennent à faire œuvre d'auteur (ceux dont le nom devrait apparaître dans la sélection du Grand Prix d'Angoulême!). Vous alternez des projets aussi divers que la série phare Spirou et Fantasio ou Seuls, avec des one-shot inclassables tels L'île aux 100 000 morts ou Les derniers jours d'un immortel... Et vous réussissez la gageure de ne jamais produire un livre qui paraisse "fabriqué". On sent à la fois votre plaisir dans l'envie de raconter, mais aussi la volonté de toujours surprendre, de jouer avec les possibles d'un scénario. De plus, le lien entre votre travail d'écriture et celui des dessinateurs qui l'accompagnent (aux styles extrêmement variés) semble à chaque fois inextricable. Que se soit pour Satanie, Paco les mains rouges ou autre Marquis d'Anaon, on aurait du mal à imaginer une autre collaboration que celle qui s'offre à nous... les deux sont d'égales force. Entrez-vous en contact avec un dessinateur parce que vous avez une idée d'histoire qui vous semble pouvoir accompagner son univers ou est-ce le dessinateur -ou son éditeur qui vous contacte et vous amène à l'écriture d'un scénario ?


Tout est possible en matière de début de collaboration : de la rencontre « facilitée» par la rédaction de Spirou à mes débuts (Bodart pour Green Manor), à la demande d’aide sur une idée de départ (Marie Pommepuy, sur Jolies Ténèbres), en passant – la plupart du temps – par des discussions et rencontres entre auteurs sur des festivals… J’aime varier les plaisirs et ne pas me cantoner à un seul genre. Le risque de cette stratégie ? Ne pas être immédiatement reconnaissable en librairie (un « livre de Vehlmann » ne ressemble pas forcément au précédent, au risque de décevoir ou de brouiller les pistes). L’avantage ? Ne jamais m’ennuyer, prendre des risques, expérimenter des choses, m’amuser, varier mes collaborations…J’ai clairement choisi !


6°Pouvez-vous nous citer des livres (bande dessinée ou pas) qui ont une importance dans votre parcours ? Y-a-t-il des scénaristes (quelque soit le pays d'activité) dont vous admirez particulièrement le travail ?


En BD, j’ai clairement une affection pour Goscinny, Franquin, Christin avec Mézière (et tellement d’autres). En littérature, des gens comme Ray Bradbury, Richard Matheson, Fredric Brown, Fritz Leiber – le livre Sa Majesté des Mouches  de Golding,  Ravage de Barjavel… Les feuilletons de Gaston Leroux, les premiers livres de Stephen King… (et tellement d’autres). En cinéma, un scénariste comme Charlie Kaufman m’inspire un grand respect, ainsi qu’Alain Resnais pour l’ensemble de son œuvre… La team d’écriture de  The Wire, pour la télévision… Actuellement, je reste très fan de David B, en matière de scénario, ou de Daniel Clowes aux USA… Des sources disparates, comme on le voit !

dimanche 22 janvier 2017

Jérémie - Paul Gillon – éditions Aaapoum – 2017


Jérémie - Paul Gillon – éditions Aaapoum – 2017 
La librairie Aaapoum Bapoum publie en ce début d’année l’intégrale en un volume de la série Jérémie (ex Jérémie dans les îles) parue de 1968 à 1973 dans le journal Pif-Gadget, puis reprise par la suite en quatre tomes aux Humanoïdes associés.

En plus de son élégance évidente, l’édition qui s’offre aujourd’hui à nous a l’immense avantage de se proposer exempte de toute colorisation. Or, quiconque a eu la joie de contempler l’œuvre de Gillon en noir et blanc, sait que c’est là que se mesure l’ampleur de son ambition.

Malgré le classicisme apparent de son travail graphique, renforcé par l’utilisation d’un texte cantonné à des cartouches, laissant craindre un aspect «roman-photo» éloigné de la narration de la bande dessinée, on est vite subjugué par chacune des images qui s’offre à nous : force des compositions, anatomie totalement maîtrisée, virtuosité du trait, mais aussi acceptation de l’imperfection du trait de pinceau et prise en compte du vide comme élément moteur de son vocabulaire plastique.

Chaque case est habitée du désir de Paul Gillon de proposer le «signe» parfait, alliant raffinement, dynamisme, tension et équilibre. Chaque case réussit également la gageure d’appeler la suivante, de nous inviter à nous délecter de l’ensemble de la planche. 

Avec ce livre, Paul Gillon, déjà auteur d’une œuvre conséquente à l’époque, s’initiait au scénario au long cours, et trouvait dans la déambulation de son personnage le pendant évident à son appétit graphique.

Il faut remercier la librairie Aaapoum Bapoum, ainsi que Stéphane Beaujean et Fréderic Poincelet auteurs d’une postface parfaite, de rendre à cet auteur essentiel de la bande dessinée du XXème siècle la place qu’il mérite.