jeudi 19 avril 2018

Le coin de la BD: "La BD au féminin, le retour", mardi 24 avril à 18 heures.

 Le coin de la BD: "La BD au féminin, le retour", mardi 24 avril à 18 heures / Médiathèque le SingulierS


Lors d'une séance précédente du Coin de la BD, il a été évoqué la place des auteures femmes dans l'histoire de la BD.
Il est temps désormais de découvrir une sélection de bandes dessinées parues ces dernières années, preuve de la vitalité et de la richesse de la BD au féminin.

On y parlera entre autres de: Pénélope Bagieu, Nathalie Ferlut, Aude Samama, Marion Montaigne, Judith Vanistendael, Leela Corman, Isabel Greenberg, Sandrine Revel, Lisa Mandel, Chloé Cruchaudet, Catherine Meurisse, Anne -Caroline Pandolfo, Ulli Lust, Lorena Canottiere...  

Venez découvrir « LA BD au féminin, le retour » le mardi 24 avril 2018 à 18 heures.

jeudi 5 avril 2018

Essence - Fred Bernard / Benjamin Flao - éditions Futuropolis - 2018

Essence - Fred Bernard / Benjamin Flao - éditions Futuropolis - 2018

 
"Comment je sors d'ici, moi, maintenant? Je suis arrivé par où, déjà?" C'est par cette question à l'allure anodine que démarre le livre issu de la collaboration de Benjamin Flao et Fred Bernard. A la recherche de carburant, Achille arpente un bâtiment aux dimensions irraisonnables semblant avoir été vidé de toute forme de vie. Pourtant, un jouet mécanique représentant deux singes ,opposé de la poupée humaine  qui dit "maman" dans la Planète des singes, rappel que ce lieu a été autrefois habité. Une fois la précieuse essence récoltée, Achille sort de la luxuriance colorée de l'établissement afin de rejoindre son véhicule dans lequel l'attend celle que l'on est autorisé à appeler uniquement "mademoiselle".
On entame les premières pages d'Essence avec l'agréable sensation de lire une bande dessinée d'un autre temps, où le rythme de lecture était dépendant d'une parution au long cours.Une époque où  graphisme et  narration pouvaient changer en fonction des évolutions psychologiques des personnages, mais aussi des envies des auteurs qui s'y employaient. On pense  beaucoup aux errances auxquelles s'adonnait l'inoubliable Moebius. Comme chez ce dernier, il y a la thématique du désert bien sûr, mais aussi les machineries enfouies, les colorisations exubérantes, un fil narratif qui semble se découvrir page après page. Au coin d'une planche, les toiles abstraites réalisées par un personnage rencontré  rappellent celles, si organiques, de l'auteur du Monde d'Edena.

Des références à des auteurs emblématiques, à des univers remarquables, Essence en est parsemé: Hergé, Franquin, Miyazaki... on ne sait parfois plus très bien si les clins d’œil existent ou si on y attache nos propres souvenirs, nos plus intimes réminiscences. Les auteurs parviennent à canaliser ce trop-plein, ce bouillonnement d'histoires, de désirs d'hommages afin d'inventer un récit sombre fait d'émotion et d'interrogations existentielles. C'est par une liberté formelle doublée d'une rage de donner du sens à l'existence que Benjamin Flao et Fred Bernard parviennent à retrouver la luxuriance de ce qui animait les plus belles pages de Métal Hurlant.



lundi 26 mars 2018

Le coin de la BD: Rencontre avec Camille Jourdy

Le coin de la BD: Rencontre avec Camille Jourdy

En quelques livres dont Rosalie Blum et Juliette, les fantômes reviennent au printemps, Camille Jourdy a réussi à inventer parmi les personnages les plus attachants de la bande dessinée.

Venez rencontrer Camille Jourdy lors d'une séance exceptionnelle du Coin de la BD le mardi 27 mars 2018 à 18 heures.


Le SingulierS Médiathèque
3, BOULEVARD JOSEPH ROSSELLI, 69220 Belleville

dimanche 18 mars 2018

Œuvres 1 - Le labyrinthe - Zil Zelub - Annalisa et le diable - L'interview - Guido Buzzelli - éditions Les cahiers dessinés - 2018.

Œuvres 1 - Le labyrinthe - Zil Zelub - Annalisa et le diable - L'interview - Guido Buzzelli - éditions Les cahiers dessinés - 2018.

 
Découvert dans Charlie Mensuel au début des années 70, les bandes dessinées de l'auteur italien Guido Buzzelli bénéficient d'une réputation d'excellence jamais démentie auprès d'un cercle d'initiés. Pourtant, le lecteur curieux se heurte depuis des années à la quasi impossibilité de se procurer ses livres en librairie. Sans que l'on ne connaisse le pourquoi de cette omission, il faut louer les éditions Les cahiers dessinés de rendre enfin accessible cette œuvre si longtemps introuvable. 

Le premier opus- outre une indispensable préface de Frédéric Pajak intitulée Le grand art de l'anxiété et un cahier graphique en fin d'ouvrage - regroupe quatre titres traversés d'une égale noirceur et d'un même génie graphique : Le Labyrinthe, Zil Zelub, Annalisa et le diable et L'interview.

Histoire après histoire, Buzzelli utilise ses propres traits physiques afin de nous offrir un personnage en prise à la déliquescence du monde tout autant qu'à ses propres tourments. 

Dans Le labyrinthe, notre "héros" traversera une ville, dévastée par une explosion, envahie d'êtres hybrides mi hommes mi chiens et dont la seule chance de salut viendra d'une séduisante jeune femme extra terrestre du nom d'Aunona. La mission de cette-dernière est de "sauver les personnes dignes de survivre" et il n'est pas sûr que ce survivant possède les qualités requises pour être élu.

Puis vient Zil Zelub, anagramme de Buzzelli, musicien dont chacun des membres ( bras, jambe, tête ) semble avoir acquis une vie propre, au point de s'assembler ou de se séparer de leur tronc à l'envie. L'être ainsi composé ne ménagera pas ses efforts afin de reconquérir son unité physique. Médecin, chirurgien, psychanalyste et autre magicienne astrologue sont alors consultés avec comme résultat des situations plus rocambolesques les unes que les autres. 

Annalisa et le diable nous positionne dès son ouverture en témoin de l'auteur en mal d'inspiration, mêlant sans discernement son imaginaire morbide et le lieu de villégiature choisi pour amorcer un nouveau départ. Dans ce récit, le personnage n'hésite pas à se cacher derrière une case afin de "faire des choses qu'on ne peut pas dessiner". L'autofiction atteint alors des sommets d'intelligence et d’ambiguïté...


Quant au court récit L'interview, il démarre par un point de vue subjectif des mains de l'auteur en train de dessiner, avant que des personnages étranges n'apparaissent afin d'établir une interview nocturne avec lui. S'en suit une conversation baignée d'hallucinations dans laquelle l'artiste se livre à un travail d'introspection déchirant de sincérité.


"Tu vois, on peut faire tout ce qu'on veut dans une bande dessinée... en quelques minutes, tout devient beau..." affirme le personnage d'Annalisa et le diable. Et il est vrai que sous la plume de Guido Buzzelli, même les histoires les plus invraisemblables, gorgées des plus terrifiants effrois, acquièrent une inédite beauté.
Tant par son écriture que par son graphisme, l'auteur sait nous surprendre page après page. Il se rêvait avant tout peintre, et pourtant il utilisait la forme bande dessinée comme personne. Si on ne peut que louer sa maestria graphique, digne d'un Jean Giraud ou d'un Alexis -dans le sens où ils ont inventé un vocabulaire formel unique et où chaque trait force l'admiration-, on ne peut non plus occulter la virtuosité et la liberté qui innerve chacune de ses mises en page.
Par cette grâce constante, il parvient à donner l'apparence de la réalité à des récits qui ne sauraient être contés dans un autre médium. Les pages publiées dans Œuvres 1 font ressentir à celui qui s'y plonge des émotions rarement ressenties. Elles prouvent de quoi est capable un artiste dans notre société. En quoi son rôle est essentiel dans nos vies.  

 "-Tu devrais faire des histoires dont le héros serait un gars fort et courageux qui triompherait de tous les dangers.
   - Ah! Je ne saurais pas dessiner ce genre d'histoire. Je n'y crois pas..." 

jeudi 15 mars 2018

Istrati - 1. Le vagabond - Golo - éditions Actes Sud BD - 2017

Istrati - 1. Le vagabond - Golo - éditions Actes Sud BD - 2017


Après avoir proposé en 2007 une passionnante biographie de l'écrivain Bernard Traven, Golo nous offre aujourd'hui celle de Panaït Istrati, écrivain roumain du début du 20ème siècle. 
Si le premier affirmait "Ma vie m'appartient, seuls mes livres appartiennent au public", c'est à une toute autre conception de la littérature que se confronte Golo. Celle d'un écrivain dont les livres sont gorgés du vécu de leur auteur. C'est cette vie emplie de rebondissements, de rencontres et de voyages que nous découvrons dans ce premier tome intitulé Le Vagabond.

Le livre démarre par l'annonce de la mort de l'écrivain en 1935, qui amène le journal L'Humanité à écrire dans sa chronique "(...)cet ex-écrivain révolutionnaire est mort en Roumanie dans la peau d'un fasciste". Panaït Istrati, homme défendant le peuple, s'était permis de critiquer le régime soviétique dans un livre tiré d'un voyage en URSS. La presse communiste ne le lui pardonnera pas. C'est à la lecture de cette peu flatteuse éloge funèbre qu'une journaliste, Juliette Pary, décide de mener une enquête sur ce que fut réellement la vie de l'écrivain.

C'est cette vie avant l'écriture que Golo nous conte avec enthousiasme et force romanesque. Si le récit peut se prévaloir de nous faire voyager de la Roumanie à la Turquie, en passant par la Grèce et l’Égypte, nous offrant un véritable éloge du dépaysement, il puise sa beauté dans les nombreuses rencontres qui vont forger l'identité de Panaït Istrati: Codine, le capitaine Mavromati, Kir Nicolas ou Mikhaïl. Autant de personnages qui apparaissent complexes, intransigeants, blessés mais magnifiques. L'amitié n'est pas un vain mot dans ce parcours sinueux. Passer un moment avec l'autre y devient un véritable engagement. "Je ne reconnais qu'une seule naissance, une seule fraternité: celle des hommes qui sont mus par des sentiments semblables, dans le bien ou dans le mal".

Golo est un véritable conteur. Lire ses Mille et une nuits au Caire suffit à s'en convaincre. Il atteint avec Istrati une fluidité narrative inouïe. On est happé de bout en bout par cette lecture, qui avance à la manière d'une discussion à la richesse insoupçonnée. Le flot de parole semble ne jamais cesser, et le dessin devient écriture afin de mieux l'accompagner. Aucune interruption ne vient ralentir cette vie faite de passion, de compromission, d'errances. On est subjugué par l'intelligence, la légèreté et l'esprit de synthèse dont a su faire preuve Golo pour transformer une œuvre dense en un plaisir de lecture aussi délicat. 

Plus encore qu'une biographie d'un écrivain, Istrati, 1. Le vagabond, se lit comme un récit bouleversant sur l'existence et le sens que l'on cherche à donner à celle-ci.