samedi 2 décembre 2017

L’enfant et le maudit – Nagabe – éditions Komikku - 2017



L’enfant et le maudit – Nagabe – éditions Komikku -2017 
  
La cohabitation entre deux êtres qui ne devraient pas pouvoir se rencontrer est le principal enjeu de ce manga de Nagabe. Une petite-fille humaine est protégée par un être maudit, sorte de créature sombre arborant des bois majestueux. Tentant d'isoler l’enfant des dangers qui l’entourent, il s’évertue à l’accompagner, à la mettre en garde, tout en sachant que le danger vient autant des autres que de lui-même.

Le récit inventé par Nagabe sait tout à la fois nous subjuguer par sa beauté, tout en nous laissant pressentir une menace constante. C’est cette même dichotomie que l’on retrouve dans son graphisme : parfois dépouillé, fragile, puis soudainement saturé de noir, gorgé de zones d’ombres. Constamment, à l’image de la narration entre beauté et effroi, ces deux sensations semblent lutter. Si on ne sait vers quelle extrémité se conclura L’enfant et le maudit, ce que l’on sait par contre, c’est que sa lecture nous aura offert une émotion constante.

« -Pardonne-moi petite…un jour je devrais tout te révéler…pardonne-moi d’être un lâche priant pour que ce jour vienne le plus tard possible… »

vendredi 1 décembre 2017

Imbattable, Justice et légumes fruits - Pascal Jousselin – éditions Dupuis - 2017

Imbattable, Justice et légumes fruits - Pascal Jousselin – éditions Dupuis - 2017

 

Apparu dans le numéro 3920 du journal Spirou en 2013, Imbattable, pour peu qu’on y jette un œil trop superficiel, s’apparente à une bande dessinée humoristique mettant en scène un drôle de super-héros bedonnant. Le trait est rond, souple. La colorisation est agréable, vive mais pas trop. On commence à lire la première page dans laquelle Imbattable « saute » au secours d’une mère et de son enfant en proie à deux voleurs. Il y saute littéralement d’une case à une autre et parvient à les assommer en s’attaquant à eux de toutes parts, ou plutôt de toutes cases. Car là est le super-pouvoir, et pas le moindre, de ce nouveau super-héros : il peut évoluer comme bon lui semble au sein de la page – ou des pages - dans lesquelles il se trouve. Si à la lecture de toute page de bande dessinée, notre œil peut « flâner » avant d’entamer la lecture proprement dite, permettant de connaître en amont des éléments à venir dans la narration, Pascal Jousselin en fait le principe même de son travail : la même page devra être lue plusieurs fois, dans différents sens, avant d’avoir révélé tous ses mécanismes. Ce dispositif, proche voisin de l’Oubapo proposé par des auteurs des éditions l’Association dès 1993, va se complexifier de page en page afin d’obliger le lecteur à être constamment actif dans son expérience de lecture. Le tour de force de Pascal Jousselin est de se saisir de ce point de départ a priori théorique pour inventer une bande dessinée ludique, drôle et grand public.